‹ Richard III, tragédie en 5 actesChapitre 22 sur 23 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Un bois.

^ ICH w ND entre aVec Oxford, sir W. Br and oit ,

sir W. Brackenbury , Blunt, soldats, etc.

Richm. Halte !

g" officier. Halte. - Halte!

Richm. Quelle heure est-il, mes amis?

Ÿ x ,f. Il est prés de quatre heures, milord.

Richm. C’est bien. Je vois à présent que nous sommes matineux.

Oxf. îl me.semble que l’ennemi est moins avancé que nous ne le pensions. Malgré notre fatigue*nous arrivons avant lui au champ de bataille.

.Richm.Tantd’eippressement prouve le courage. Si des rêves pouvaient enflammer une âme résolue, je me réjouirais de ceux que Rai eus cette nuit. J’ai cru voir les ombres de tous les infortunés queRichardafait massacrer.il me semblait qu’elles entraient dans ma tente, et qu'elles m’excitaient à les venger.

Oxf (Test un heureux présage, seigneur.

(Fanfares. — Marche dans le lointain.) Ecoutez la trompette de l’ennemi! Elle appelle au combat !

Jiichnt. Alors, mes amis, faisons face à l’armée. Pendant la paix,rien ne convient mieux à l’homme qu’une conduite sage et modérée. Mais, lorsque la tempête des guerres souffle sur nos têtes, soyons de vrais tigres, et n’écoutons que notre impétuosité. Pour moi, .si je succombe , la rançon qui paiera l’audace de mon entreprise, sera ce corps gisant inanimé sur la froide terre du champ de bataille ; mais si je réussis, le dernier.de vous tous recueillera sa part des fruits de ma victoire. — Avancez vos étendards; tirez vos vaillantes épées.; sonnez trompettes; battez tambours. Courage et confiance! {Fanfares.) Saint-Georges , Richmond et victoire ! ( Ils sortent. )

Glocester entre avec Catesby.

Glo. Qui a vu le soleil ce matin?

Cat. Il n’a pas encore paru, seigneur.

Glo. Il dédaigne apparemment de se montrer. — Car, d’après la saison, il devrait luire à l'orient depuis plus d’une heure. Point de soleil aujourd’hui ! Et que m’importe à moi plus qu’à Richmond? Le même ciel qui me menace est menaçant aussi pour lui.

Norfolk entre un papier à la main.

Nor. Aux armes, seigneur! L’ennemi est dans la plaine.

Glo. Hâtons-nous, hâtons-nous! caparaçonnez mon cheval; allez vers Stanley; donnez-lui ordre d’amener ses troupes. Je conduirai moi-même u es soldats dans la plaine. (Catesbv sort.) Eh! bien, Norfolk, que penses-tu maintenant?

Nor. Que nous remporterons la victoire.— Mais j’ai trouvé ce matin ce papier dans ma tente.

Glo. {lisant.) Jockey de Norfolk , pas trop d'audace ; carton maître Richard est acheté et vendu» Faible stratagème de l’ennemi ! Allons > amis, que chacun se rende h son poste. Avant que de monter nos coursiers écumans, rappelons-nbus à quoi* V;

m^sSmSZ hommes nous avons affaire. A un ramas de vauriens, l’écume de la Bretagne; à des misérables que la terre'surchargée vomit de son sein, et pousse à des aventures désespérées et à une ruine certaine.

Catesby entre.

Que dit lord Stanley *? amène-t-il ses soldats ?

Cat. Seigneur, il refuse de marcher.

Glo. Qu'on tranche la tète à son fils George.

{Une marche.)

JSfor Milord, l’ennemi a passé le marais.—Remettez l’exécution du jeune Stanley après la bataille.

Glo. Soit. Qu’il meure après la bataille. Mon sein est animé par le courage que posséderaient mille braves. Archers , tendez vos arcs jusqu’à l’extrémité ; faites sentir l’éperon à vos nobles coursiers; que leurs pieds soient baignés de sang. Et toi, notre valeureux patron St. Georges, inspire-nous la rage du lion! En avant.—A l’ennemi ! Suivez-moi. (Ils sortent.)

Geocester rentre.

Glo. Holà! I10! jeune Richmond ! Richard t’appelle! Je te hais, Henri; je hais en toi le sang de Ean< astre! Si tu oses te montrer devant mon cpée, tandis que la trompette sonne l’alarme, et que les cris des mourans percent l’air, Richmond, je te le repète, avance et viens me combattre! Richard s’est enroué à t’appeler au combat. {Il sont.)

Catesby et Norfolk entrent.

Cat. Du renfort! du renfort! Milôrd Norfolk, liàiez-vous! Le-roi fait-des prodiges de valeur au dessus des forces humaines. Intrépide, il brave tous les dangers. Son cheval est tué ; maintenant à pied, il cherche Richmond jusques dans le sein de la mort. Du secours, milord : tour nous est contraire. {Ils sortent.) ;o RICHARD III.

Glocester entre avec Kàtcliff.

GIo. Un cheval ! mon royaume pour un cheval î

liât. Par ici, par ici, seigneur !—Derrière ce buisson vous trouverez un rapide coursier. — Retirez-vous seigneur : notre perte est certaine : retirez-vous, la fuite seule peut vous sauver.

Glo. Lâche ! j’ai joué ma vie sur un coup de dé, et j’affronterai toutes les chances du hasard.— Je crois, en vérité, qu’il y a six Richmond sur le champ de bataille ! j'en ai déjà tué cinq : il en reste encore un ! un cheval ! un cheval ! mon royaume pour un cheval !

Richmond entre.

Glo. La dernière heure de l’un de nous deux est arrivée l

JRichm. Ciel favorable! je te remercie ! ma cause est la tienne. Si Richard mérite de vivre, permets que Richmond meure.

Glo. Je pourrais a pp 1 a 11 d i r à ta bravoure, Henri, si, la tache de la reoellion ne souillait en toi la gloire du soldat.

Kichm. Ta valeur, Richard, obtiendrait mes éloges, si tes crimes n’avaient empreint sur ton front le nom de tyran. Que mon épée soit victorieuse, comme elle est appelée à venger la cause du ciel.

Glo. Mon corps et mon àme sont tout à ce combat* JRichm. 1 Terrible gagcûrc! voici de quoi la gagner.

( Jls se battent. Glocester tombe.)

Glo. Que ton bras soit maudit ! tu m’as vaincu. Mais la haute renommée que tu viens d’acquérir en fesant tomberRicbard , me tourmente bien plus que cet instant fatal où mon corps et mon àme se séparent. Que le monde ne soit plus un théâtre d’interminables discordes réduites aux langueurs d’un seul acte ; mais puisse l’esprit du premier né des fils d’Adam régner dans tous les hommes. Que tous les cœurs se consument dans de sanglantes querelles ; et que bientôt cet horrible spectacle finisse dans les ténèbres universelles, qui servent de funérailles au genre humain. (IL meurt.)

Oxford , Lord Stanley et les Soldats

apportent la couronne du roi Richard.

Richm. Soyez les bien venus , mes amis ; mon noble beau-père soyez Je bien venu ! Le ciel et nos armes soient loués î La victoire est à nous ! le cruel Richard n’est plùs !

Stan. Vaillant Richmond, vous avez bien rempli votre tâche. Voici la juste récompense que vous accorde le ciel. Parmi les glorieuses dépouilles du champ deBosworth, nous avons trouvé cette couronne ; elle vous appartient : elle est à vous par le droit de conquête , et par le choix de vos sujets. Vive Henri sept, roi d’Angleterre ! ( Fanfares.)

Richm. Après le ciel, c’est à vous, mes nobles compatriotes , que je dois des reinercimens. Je suis lier de votre attachement, c’est en vous gouvernant bien que je vous prouverai ma reconnaissance. Mais dites-moi, milords, quels sont les amis qué nous avons perdus l . Le jeune Stanley existe-t-il encore ?

Stan. Oui, seigneur, il est en sûreté dans la ville de Leicester, où, si vous le voulez, nous nous rendrons dès-à-préseût.

Un Officier entre.

L’Off. Milord, la Reine et la belle Elisabeth, sa fille, sont à quelques milles d’ici ; elles viennent vous féliciter sur votre victoire.

Richm. Oh! voilà Une douce récompense de mes peines! Allons à leur rencontre, Milords Ensuite , comme nous sommes déjà liés par des sermons solennels, nous entrelacerons la rose rouge «£fvC~: --=ÿssas (5.

et la rose blanche, et toutes deux fleuriront réunies sur la même tige. Trop long-temps 1*Angleterre a été dans le délire, et s’est déchirée elle-même. Le frère versait aveuglément le sang de son frère ; le père massacrait sans pitié son propre fils, et le fils était forcé de tuer son père. Qu’aujourd’hui Henri et Elisabeth , légitimes héritiers des deux Maisons royales , s’unissent ensemble et guérissent ces maux cruels! Et qu’ils soient détestes de tout lé genre humain . les pervers qui chercheraient à ramener ces jours île larmes et de sang ! Que jamais ils ne jouissent de la prospérité toujours croissante du royaume, ceux dont la trahison voudraient en-

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