‹ Richard III, tragédie en 5 actesChapitre 21 sur 23 · SCÈNE y · texte numérisé non relu

SCÈNE y

La tente de Glocestbk.

Glocester sort de sa tente.

Glo. Le calme de la nuit règne autour de moi, et la moitié de l'univers est plongée dans le silence des ténèbres solennelles. Tandis qu’éprouvant les rigueurs du sommeil qui me fuit, je ne puis l’attirer sur ma couche solitaire, en lui offrant l’hommage de mes travaux et de mes pénibles pensées. Les étoiles s’éteignent, comme si elles étaient fatiguées d’avoir trop long-temps veillé. Je veux sortir et marcher quelques instans. L’air est frais, et l’herbe nouvellement fauchée répand un parfum salutaire et doux. Que cette obscurité est imposante! D’un camp à l’autre, le tumulte des deux armées se fait entendre dans le lointain; les sentinelles reçoivent le mot d’ordre mystérieux, qui circule de poste en poste. Les coursiers sè répondent par de belliqueux liennissemens, qui interrompent le repos lugubre des campagnes. Les écuyers terminent: les armures : on entend résonner le marteau qui achève les préparatifs du combat. Quelques hommes, assis en victimes dévouées près îles feux al I uinés, réfléchissent aux dangers q ui les menacent. Par le ciel, mou impatience accuse la marche trop lente de celte nuit, qui 11e s’avance que d’un pas inégal et chancelant, comme une horrible sorcière. Je vais regagner mon lit, pour essayer de dormir jusqu’au matin. ( Ou entend urfgétnissement). Que veut cette voix sinistre ! Est-ce l’écho d’une tombe qui s’entr’ouvre et d’où sort un spectre inattendu? Il 11’y a plus rien. Ce n’était que l’effet île mon imagination troublée, ou peut-être le vent qui souillait dans le creux de quelque caverne. N’importe ; je sens que mes paupières s’appesantissent.

(II s’endort.)

L'ombre du noi Henri vi.

.Le roi Henri. O toi, dont les cruelles.pensées 11e peuvent élever dans ton âme les terreurs que devraient t’inspirer tes crimes; toi dont la conscience liait par s’endormir avec ton corps fatigué, dors; tandis que moi, par un juste décret du ciel, je saurai le réveiller dans des songes terribles. Fixe tes idées en me regardant : voici ces plaies palpitantes dont ta main meurtrière , dans la tour de Londres, osa couvrir des membres consacrés par Ponction sainte. Puisse ta conscience te ronger le sein et venger le meurtre qui me lit périr lâche* meut.

L’o.vtnuE de j.ad y Anne.

Lady A. Pense aux malheurs de ton épouse !

môme au milieu de la bataille sou viens-toi de moi, et laisse tomber ton épée sans force!-Désespère 'et meurs!

Les osiaiiES diŸmixer; Edouard et du oui;

il’York.

lu Prince. Richard, que tes rêves te présentent les ombres de tes jeunes neveux, assassinés dans la tour i Notre jeunesse , notre innocence n’ont pu décider ton cœur barbare à nous laisser la vie 1 a nous, qui y sans ta perfidie, aurions pu jouir d’une longue suite de jours heureux! Il n’y a personne, excepté toi, qui n’ait plaint notre infortnne. Oh ! c’était un crime horrible. Aussi tu mourras délaissé y tu fus sans pitié : la pitié te sera refusée.

Le Loi H. L’aurore me rappelle. Eveille-toi * Richard, et que l’enfer soit dans ton cœur criminel : puisse le farouche désespoir, qui maintenant déchire et dévore ton âme, alarmer l’univers ! Ré? veille-toi, Richard, réveille toi. Donne aux âmes coupables un exemple terrible!

Glo. Donnez - moi un cheval! Bandez mes plaies.... Ciel! aie pitié de moi! Non.... ce n’est qu’un rêve, mais un rêve si terrible, que j’en ai Pâme ébranlée. Une froide sueur couvre mon corps tremblant; mon sang est glacé; je frémis d’horreur! O conscience lâche et tyrannique! comme tu me tourmentes! Quand je regarde en arrière, le passé m’épouvante; je nepuisen supporter l’idée; et je n’ose me repentir. Mais je suis homme enfin. Destin! tu peux disposer de moi. Qui est Jà ?

( IL se lève.)

Catesby entre.

Cal. C’est moi, seigneur. Le coq matin eux du village voisin a déjà salué trois fois l’aurore. Vos amis sont debout, et se hâtent de s’armer.

Glo. O Catesby! j’ai eu cette nuit des rêves cfjfrayans !

Cat. Pures visions, seigneur! indignes de l’attention d’un soldat.

Glo. Non, sur ma vie; les ombres que j’ai vues cette nuit ont jeté plus de terreur dans l’âme tic' Richard, que ne pourraient faire dix mille soldats réels armés de pied en cap, et conduits par l’étourdi Richmond.

Çat. Revenez à vous, mon noble maître : si l’on

ACTE Y. (>7 savait à cjuel point un lève vous épouvante, songez à ce qu’en penseraient vos ennemis acharnés.

Gin. Périsse cette pensée! — Non : il 11e sera jamais (lit (pie le destin lui - môme ait pu intimider Pâme de Richard! — Loin de moi, rêves importuns! vous me menacez en vain. Retire - loi, conscience ! Richard redevient lui-môme ! ( Fanfares). Ecoute! la trompette éclatante sonne le boute-en-selle. — Retire-toi! mon âme est cuirassée., et pleine d’afdeur pour le combat.

( Ils sortent. )

Page 1