ACTE IV, SCÈNE XV
ELISABETH
J'aime Richemond, ma mère.
LA REINE
Ah 1 si tu avais eu deux enfants tués dans tes bras, tu comprendrais ma terreur. Tu vois bien que je pleure? Est-ce ma faute à moi si je ne peux pas te voir couchée sur un tombeau ? Oh ! tu auras pitié de ta pauvre mère, qui mourrait de la mort, ma fille, comme elle vivait de ta vie, mon enfant!
ELISABETH, faisant un effort sur elle-même.
•l'aime Richemond, ma mère.
LA REINE, avec désespoir.
Ah! les enfants, ils ont a peine des ailes qu'ils s'échappent du nid qui les a. bercés! Ah ! les ingrats, ils ont à peine un CjDeur que c'est pour oublier celle qui les a nourris ! ELISABETH, à ses pieds.
Oh ! ne prends pas mes paroles ainsi î tu sais bien que je donnerais ma vie aussi bien pour toi que pour lui. Mais ma jeunesse qui est un deuil, mes espérances et mon bonlieur en ruines, celle existence sans but, ces angoisses, cette honte incessante de courber le front sous le fouet d'un tyran qu'on méprise, oh! la mort la plus affreuse n'esl-elle pas préférable à cette vie inquiète et humiliée ? Veux-lu attendre qu'un second Slanghler fasse de moi une fille d'aubergeou une commère de la cité? Songe au nom que je porte , songe à mon père, ce fier et loyal chevalier, songe aux Yorks dont je descends, et tu me diras, ma mère, si ce n'est pas une honte de voir la fille d'Edouard côte a côte avec l'assassin de tes enfants !
LA REINE
D'enfants, je n'ai que toi, et je veux que tu vives!.. (Elle
se laisse tomber sur le pliant.) Ah ! laisse-moi pleurer a mon
aise. Tu es une fille de roi, toi ; tu as ta dignité, ton rang, ta
race, mais moi je n'ai que mon cœur qui me brise a tes pieds î
ELISABETH
Ma mère !
LA REINE
Oh! ces Yorks, ils s'enseveliraient volontiers dans leur orgueil ! — Tu as la douceur et la ténacité de ton père. Je n'étais pas née pour le trône ; j'étais née pour être une bonne mère, voila tout! Ah! que n'es-tu une simple et brave paysanne qui s'en va, sous le soleil ou dans la pluie, labourer son champ le matin, et qui revient le soir en ouvrant ses bras fatigués a sa mère qui l'attend ! — Enfin, embrasse-moi ! {Elle frappe sur le timbre.) Je trouverai toujours un moment pour mourir si lu meurs !
(Ha-svkins paraît.)