LA REINE, ELISABETH, HAWKINS, RICHARD
dans le fond, S C RO OP, dans le camp, avec le reste des barons. LA REINE, lui retenant le bras.
Betty !
ELISABETH
Dieu est avec nous, ma mère !
(Elle boit.) LA REINE, lui arrachant la coupe.
Oh! assez!
ELISABETH, dans le délire.
Tu as raison. Ah ! . . . c'est étrange ! . . . ma pauvre tête. . . comme elle tourne. .. Je vois mes frères qui me tendent leurs petites mains à travers les nuages... Et Richemond qui me salue en se perdant dans les vapeurs bleuâtres du matin comme une ombre qui fuit le soleil.
(La relue a suivi le délire de sa fille avec une terreur croissante, oubliant de rendre la coupe, qu'elle tend lentement, sans regarder à qui elle l'adresse.)
RICHARD, prenant la coupe avec un sourire froid.
Donnez, ma sœur !
(11 remet lacoupe àDighton.) LA REINE, se retournant.
Richard ! ma fille est morte !
ELISABETH
Ma mère !
RICHARD, à la reine.
Morte ? et qui l'a tuée? Oh! ne cherche pas le coupable!... Qui est allé cette nuit chez Hawkins? toi ; qui lui a commandé ce breuvage? toi; qui lui a donné rendez- vous dans ma lente? loi!... J'en ai la preuve, milords! [A la reine.) Ah! ne joue pas au désespoir : si ta fille se meurt, c'est toi qui l'as tuée !
LA REINE
Mon Dieu! cette dernière infamie lui manquait! (Prenant sa
fille dans ses bras.) Ma fille !... — Miladies, vous êtes des mères,
dites à cet homme qu'on n'embrasse pas les enfants qu'on lue!
— {A Elisabeth.) Ah! défends-moi, ma fille, défends-moi!
ELISABETH, dans le délire.
Vous? qui êtes-YOus? que me voulez-vous ? Je ne vous connais pas!
LA REINE
Elisabeth !
ELISABETH
Ahî si, je vous reconnais... je reconnais la main sinistre qui m'a versé le poison... la voila! la voilai
Sa fille elle-même l'accuse , vous voyez l
QB RICHARD III.
ELISABETH, dont le délire augmente.
Ali! laissez-moi! j'ai assez bu î j'ai assez bu! RICHARD, aux lords.
Sa fille elle-même l'accuse, vous le voyez !
LA REINE
Elisabeth!
ELISABETH
J'ai assez bu!... laissez-moi... laissez-moi... Ah!
(Elle tombe immobile.)
RICHARD, aux barons.
Je VOUS ai parlé d'une preuve, milords, la voilà! [Il leur montre une lettre.) Lisez! — Oh! lisez, lisez !... mais non, je la lirai, moi!... et si celte femme ose me démentir, je consens a être dégradé comme chevalier... tonsuré et cloîtré comme roi! Écoutez! (Lisant.) « L'heure est changée; minuit et demi « au lieu de minuit; — toujours dans la tente du roi ; — « comme signal, deux coups sur le timbre d'argent. Élisa- « belh demandera à boire, tu lui donneras le breuvage con- (( venu. — Je veux en finir! — Signé, la veuve d'Edouard. » [Leur passant la lettre.) Je veux en finir! — Cette phrase monstrueuse y est !
(Il désigne la place. Mouvement d'horreur.)
LA REINE
Et Dieu le laisse parler!
RICHARD, montrant la ligne accusatrice.
La!... la!... Et s'il faut un témoignage de plus, milords... voilà Hawkins, son complice... ce malheureux vieillard qu'elle a ensorcelé.,. Parle, Hawkins! [Bas.) Songe a ta fille! (Haut.) Oui ou non, ai-je dit la vérité? Oui ou non, t'a-t-elle contraint h ce crime ?
HAWKINS
LA REINE
SCROOP, à part.
Cet homme est le génie du crime!
Oui.
Horreur! horreur!
LA REINE, allant à Hawkins.
Vieillard , tu as un pied dans la tombe , tu vas paraître bientôt devant Dieu, regarde-moi en face... Oses-tu répéter ce que lu as dit?
HAWKINS, à part.
Sa douleur me déchire le cœur !
LA REINE
L'oses-Iu!