‹ Richard IIIChapitre 110 sur 259 · ACTE IV, SCÈNE XVII. 9T · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE XVII. 9T

J'ai dit la vérité !

(Mouvement général.) LA RETNE, aux barons.

Ah! je vous jure que cet homme mentî Mais non, vous ne le croyez pas... milords, vous ne le croyez pas... vous ne pouvez croire à cette monstruosité... Je voulais la sauver! — Ah! si les os de ma mère, si les os de mes fils étaient la, ils vous diraient :Il ment! [Elle presse sa fille dans ses 6?'as.)Mafille!... {Pleurant^ la tête dans ses mains.) Oh! les misérables! [Avec violence.) Eh bien! non, je ne pleurerai pas, je ne me résignerai pas , je ne me tairai pas! — Ce corps ne sortira d'ici que quand mon innocence sera reconnue. Milords, j'en appelle au jugement de Dieu!

Le champ clos est ouvert; comme accusateur, nous le demandons aussi. Mais où est-il le chevalier qui brandira l'épée ou la lance en l'honneur de la mère qui tue son enfant?... Où est-il?

SCROOP, à part.

Oh! l'infâme!

LA REINE

Je suis la veuve d'Edouard, milords... Vous m'avez vue sur le trône et dans l'adversité, et je suis restée digne de ce nom. Mais je suis une mèrecruellement éprouvée, vous voyez! [Elle montre sa fille.) Milords, vous pouvez compter mes plaies par vos blessures; car mon cœur a saigné de tous vos malheurs, car mon deuil a été celui de l'Angleterre... Un seul enfant me restait, et la voilà morte... Et l'on m'accuse de sa mort! {Mouvement de Richard. — La reine avec impétuosité.) Ah ! laisse-moi parler ! est-ce que tu crois que la lionne a peur du tigre ? (Aux barons.) Je suis innocente, milords! — Vous avez trop vu mes larmes pour ne pas les reconnaître! Eh bien! s'il y a parmi vous un homme compatissant, j'en appelle à sa pitié; un homme généreux, j'en appelle à son courage; un fils et un père, j'en appelle au respect de l'un et a l'amour de l'autre! [Se jetant à leurs pieds.) Milords, c'est la veuve de votre roi qui se met sous votre garde ! {On s'éloigne d'elle.) Vous vous éloignez ? [Se levant.) Vous me reconnaissez, je crois? Qui t'a fait duc et comte, Surrey?... c'est moi!... Qui t'a enrichi, William Watz?... c'est moi!... Qui a marié ta fille et sauvé ton fils de l'échafaud, John Howard?... c'est moi! — Vous vous taisez? Ah! les lâches, les lâches, les lâches!

(Elle tombe presque sans vie sur le corps de sa fille en sanglotant.)

SCROOP, aux seigneurs.

Chevaliers félons et discourtois!... si votre silence est une

accusation, vous en avez menti par la gorge! (Relevant la reine.) Kelevez-vous, madame, relevez-vous! [Aux barons.) — Oui, devant Dieu et devant les hommes, je vous défie, vous, vos fils, vos frères, vos neveux... Je vous défie, chevaliers couards et déloyaux... Je vous défie à la lance, au poignard, k l'épée, à la hache, à la vie, à la mort ! — Ouvrez la lice, je suis prêt!

Qu'en dites-vous, milords ? Mon bouffon ! Un bouiï'on pour chevalier? Un bouffon pour défenseur? Allons, vous êtes vengés de leurs injures! [A Scroop.) Ton sabre de bois pour que je te châtie, bouffon!

SCROOP

Roi Richard, tu mens! Je te jette mon gant a la face, et avec mon gant, je te jette mon nom : je suis Raoul de Fulkel TOUS, se précipitant sur le gant.

Raoul !

Arrêtez, c'est le gant d'un traître! — (Appelant.) Le bourreau!

(Un homme rouge entre.) RICHARD, au bourreau.

Ramasse ce gant.;, il est à toi, et cette tête aussi... Va !

(Il désigne Raoul.) RAOUL, se précipitant sur Richard.

Ah! tu neveux pas du jugement de Dieu ? Eh bien ! meurs, régicide, meurs! (// le /î^appe.) Damnation! la cotte de mailles!

RICHARD, froidement.

Décidément, elle est bonne la cotte de mailles. [Aux soldats.) Qu'on l'arrête !

(Scroop se précipite sur sa hache d'armes ; mouvement général pour l'arrêter.)

SCROOP, arrachant son manteau et le jetant dans les yeux de ses

adversaires, en frappant de droite et de gauche avec

sa hache d'armes.

Je suis Raoul de Fulke! je suis Raoul de Fulke, et vous en aurez la preuve, vrai Dieu! — Arrière, bandits!... arrière, mécréants! arrière! arrière! Je suis Raoul de Fulke!... {Il se fait un passage.) Richemond et l'Angleterre! a moi! Je suis Raoul de Fulke!

(Il disparaît. On entend dans le lointain deux fois répéter : Richemond et l'Angleterre, à moi ! )

LA REINE, avec désespoir.

Mon Dieu !

HAWKINS, s'approchant vivement de la reine, bas.

priez et pleurez plutôt pour ma fille, la vôtre vivra, madame! LA REINE, passant du désespoir à la joie.

Ma fille?

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