‹ Richard IIIChapitre 175 sur 259 · ACTE 1!, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE 1!, SCÈNE X

LA REINE

Expliquez-vous, milord.

A Dieu ne plaise que je veuille vous en faire un crime. Vous avez d'abord été unie à Edouard par un mariage secret. Il entrait par les fenêtres chez vous; un indiscret a tout naturellement pensé que vous étiez sa maîtresse. Le bruit en a couru... bruit injurieux, s'il en fut, que vous avez voulu faire cesser à tout prix.

LA REINE

J'ai tout simplement souhaité que mon mariage fût connu.

Vos souhaits étaient des lois. Clarence et le comte de Warwick vous présentèrent au conseil des lords, à Tabbaye de Reading. Mais voici ce qu'ils ignoraient : c'est que pour mieux agir sur le cœur d'Edouard, vous aviez substitué la fille d'un brasseur de Graftonà votre premier-né, mort en naissant.

ELISABETH, vivement à la reine.

Ne répondez pas, ma mère! ne répondez pas!

LA REINE

Réfléchissez, milord, vous avez trop d'intérêt am'accuser en disant qu'Elisabeth n'est pas la fille d'Edouard, vous vous proclamez l'héritier de la maison d'York.

RICHARD, lui montrant un missel qui est sur une table.

Je n'entends pas vous violenter. Étendez la main sur ce livre sacré, jurez que c'est un mensonge, il suffira, ma sœur.

LA REINE, reculant sous le regard de Ricbard, à part.

Ah ! il la tuerait!

( La reine va résolument à la table.) RICHARD, bas au moment où elle va jurer. Vous jurez ?

ELISABETH

Vous hésitez, ma mère?

LA REINE

Hésiter? moi?

Jurez donc !

LA REINE, à part.

Jurer... jurer qu'Élisabetli est l'hérilièredu trône... Il la tuerait! il la tuerait !

Ma mère ?

RICHARD, à la reine.

Eh bien?... Voire silence est un aveu, prenez garde. LA REINE, à part.

Mon Dieu, mon Dieu !

RICHARD, aux lords.

Vous voyez ?

ELISABETH

Ah! c'est impossible! (Prenant la reine dans ses bras.) Elle n'est pas ma mère, elle?...

LA REINE

Belty!

ELISABETH

Oh ! comme il te torture, cet homme !

LA REINE

Betty!

ELISABETH

Non, c'est ainsi que cet homme m'appelle... non, ta fille l la fille!

(La reine rencontre le regard de Richard.)

Page 1