ACTE m, SCÈNE XV
RUTLAND
Je suis Rulland !
Ah ! ah ! tu changes de voix. Va, va ! je connais ton imagination. Voila deux jours que tu nous glisses entre les doigts comme un serpent. Allons, mets-toi là et écris... écris le lieu où tes trésors sont cachés... Je prendrai cent mille couronnes et pas un penny avec.
RUTLAND^ à part, avec épouvante.
Dieu du ciel ! il est ivre. (A Richard.) Tenez, regardez-moi, . regardez-moi bien !...
RICHARD, sans le regarder.
Tu n'as plus que cinq minutes à vivre, décide-toi,
RUTLAND, perdant la lête.
Me décider ? à quoi ? Qu'ai-je fait ? mon Dieu ! Voilà le froid qui me gagne, et l'étreinte douloureuse du poison qui me saisit !
Tu n'as plus que trois minutes.
Je suis Rutland, je vous le jure !
Le temps passe.
RUTLAND
Sur les os de mes pères I
Jure.
RUTLAND
Sur le salul de mon âme !
Tu n'en as pas.
RUTLAND
Sur Dieu, sur l'iionneur, sur le monde !
RICHARD, levant le bras.
Un mot de plus, je brise le flacon! (Tirant sa perruque.) Rulland a-l-il blanchi en une nuit pour te plaire, drôle ?
RUTLAND, arrachant la perruque.
Ah!... me reconnaissez-vous, rnilord, me reconnaissezvous ?
RICHARD, lui frappanl sur l'épaule
Ah ça! quelle diable d'idée as-lu eue là ? RUTLAND, prenant le flacon.
Ah î permettez, permettez !
(Il boit.) RICHARD, lui retenant le bras, en riant aux éclats.
Tu en bois pour deux.
RUTLAND
Dieu vous entende ! {Il boit de nouveau et respire en pleine poitrine.) Vous êtes sûr de l'antidote au moins ?
Eh oui ! le voilà comme Milhridate. Vois un peu, je n'ai plus que la potence si jamais tu me trahis.
RUTLAND
Ne rions pas, milord. Je connais votre manière de plaisanter. A propos, c'est cent couronnes que vous me devez! Oh! j'ai bonne méinoire : « Si jamais lu me trouves en défaut, je le donnerai cent couronnes! » Al'avez vous pris, oui ou non, pour Samuel ?
RICHARD, lai jetant sa bourse
Plût à Dieu que tu fusses Samuel, tu vaudrais ton pcsaul d'or. (Lui donnant sa bourse.) Tiens; lu sentais le fagot d'une lieue.