‹ Richard IIIChapitre 254 sur 259 · ACTE V, SCÈNE II. J · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II. J

LA REINE, se réveillant, avec un soupir éiouffé.

OÙ SLiis-je ? {Elle regarde autour d'elle, sur le cénotaphe ; puis elle reste un moment muette et immobile; ensuite elle aperçoit son enfant quon emporte^ elle s'élance au milieu des deux hommes et saisit sa fille. — Forrest lâche le premier les pieds et se met un peu à l'écart.) Ah ! ma fille !

DIGHTON.

Vos cris el vos larmes sont inutiles, madame. Les quarante heures sont passées. Est-ce notre faute si vous avez dormi ?

LA REINE

Passées!... passées !... oh ! elle est morte ! [A Dighlon qui veut reprendre Elisabeth.) Ah! laissez-moi l'embrasser! [Elle s'asseoit par terre et prend sa fille dans ses bras.) 0 mon Dieu ' elle est donc morte !... Oh ! soyez tranquille, je suis sa mère, je l'ai si souvent portée dans sa jeunesse, que j'en ai l'habitude, allez !

DIGHTON, à Forrest.

Allume le fourneau, moi je m'occuperai de la pierre. (Il descend dans le caveau ; Forrest allume le fourneau.)

LA REINE

Morte!... dix huit ans!... ma pauvre fille !... Laisse-moi le regarder pour un siècle. — C'est donc fini ! Oui, morte ! Où est-elle cette lèvre aimée qui me souriait ? où est-elle cette main amie qui me soutenait ?

DIGHTON, remontant.

Passe- moi le grand ciseau.

(Il redescend dans le caveau et on l'entend cogner de nouveau.) LA REINE.

Plus rien! [Appelant.) Ma fille!... [Les coups de marteau de Dighton attirent son attention. Avec égarement à sa fille.) Entends-tu ?... c'est ta dernière demeure qu'on prépare. — Allez, allez, ce ne sont pas ces pierres, c'est mon cœur qui éclale

lis HICHAUD 111.

sous vos coups! — Mon Dieu, mon Dieu ! — Et j'ai pu dormir près de Ion cadavre... Et mon sommeil n'a pas été la mort! [Elle rit.) Oui, ris, déplorable mère, ris... j'ai vu des insensés qui riaient a l'agonie de la personne aimée... si j'allais rire en voyant retomber le couvercle de pierre sur ma fille? Rire ? {Portant les mains à sa tête.) Ah l malheureuse, calme-toi, calme-loi.

(Elle reste comme anéantie dans sa terreur.) DIGHTON, remontant du caveau, à Forrest.

La crise est passée, nous pouvons nous risquer.

(Ils prennent Elisabeth avec précaution, l'un par les pieds, Taulre par la lète, et l'emportent dans le caveau.)

LA REINE, dans la même pose, l'œil hagard, sur la limite de la folie.

C'est fini ! c'est bien fini! En voila trois! Mes trois enfants! Edouard, Richard, Elisabeth. [Comptant sur ses doigts. )lïoh\ cl je vis, moi... je vis!

^(Forrest et Dighton reparaissent.) FORREST.

C'est égal... ça n'a pas l'air d'une vraie morte.

Tu étais né pour être sacristain. Allons, viens.

FORREST

Je ne scellerai pas la pierre, lu me la ferais étouffer comme les autres!

LA REINE, se levant.

Sceller la pierre! sur mon enfant ? Et moi? [Elle se place devant le caveau.) Et vous ne m'enterrerez pas vivante avec elle? Ah! toutes deux, vous dis-je ? toutes deux... Que vous a-t-on promis pour cela? Cent, deux cents, trois cenis couronnes... Eh bien! je vous en offre le double... Oui, le double. . une fortune enfin, voulez-vous ?. . . vous ne scellerez pas la pierre ?

DIGHTON, à Forrest.

Emmène-la, je me charge du reste. — Qu'atlends-lu ?

FORREST

Je ne veux pas !

Page 1