ACTE II, SCÈNE VII. M
LA REINE, épouvantée,
Milord !
Vous me haïssez, et votre fille a grandi dans celte haine aveu-gle contre moi !
LÀ REINE
Je vous jure!...
Non ? Eh bien î vous m'aimez. — Tenez, ne jouons pas sur les mots. J'aime votre fille, je vous demande sa main, me i'accordez-vous ?
Sa main ! vous ?
LA REINE
Vous frémissez ? Frémit-on en présence d'un ami ? Qu'ai-je dit? qu'ai-je fait ? Aurais-je à subir l'affront d'un refus ?
LA REINE, à part.
Oh ! l'assassin de mes fils !
RICHARD, raillant.
Voyons, répoudez. Suis-je congédié? le bâtard vous convient-il mieux ? Dites, je me retire.
Milord,,.. la surprise,... l'honneur que vous me faites...
Vous m'acceptez... c'est bien !... je suis le plus heureux des hommes !
LA REINE, avec effroi.
Ma fille n'est pas digne de vous, milord ! — je ne l'ai pas élevée pour le trône... Ah ! ne m'en faites pas un reproche, mon frère; en régnant à sa place, vous m'avez indiqué le rang qu'elle devait tenir. Si vous saviez?... j'ai pris ses espérances une à une, et je les ai brisées pour ne pas laisser de prétexte à son orgueil; j'ai appauvri ses désirs, éteint sa jeunesse, détruit jusqu'au souvenir de ses splendeurs passées. Que dis je ? je lui ai désappris le nom de son père pour mieux la faire descendre jusqu'à moi... Puis elle est si jeune î... N'est-ce pas qu'elle est bien jeune, mon frère ?... Ah ! laissez-la-moi... ne la ravissez pas à mes caresses, Richard, à ma vieillesse qui s'approche... Mon frère, je vous en prie à mains jointes !
Je m'intéresse a votre fille, et vous tremblez... j'en veux faire une reine, et vous pleurez... j'espérais mieux de vous, ma sœur, {Dhm ton bref et froid.) Enfin, remettez-vous. Cette union réunira en un même faisceau les forces dispersées et hostiles de notre famille.
{Lady Elisabeth reparaît sur la scène.) La voici ! {Baissant la voix.) Vous lui expliquerez mes projets. Parlez-lui de mon amour. Surtout faites briller à ses yeux la splendeur d'un trône où votre place est marquée. — Betty, la reine veut vous parler. — [Bas à la rezrie.jVous m'avez compris, n'est-ce pas ? — [Lui baisant la main.) Allons, vous êtes charmante. ^ (11 sort,)