ACTE II, SCÈNE XIII
SIR JOHN
On ne se marie pas tous les jours. Où est la princesse?
SCROOP
La princesse ?. . . [Gravement.) Là, sérieusement, la nciain sur la conscience et devant Dieu, vous l'épouserez?
J'aurais mieux aimé rtiôîesse de la taverne d'à colé. Mais a la guerre comme à la guerre.
SCROOP
C'est cela, on prend ce qu'on trouve. — Ainsi , vous y êtes décidé, vous l'épouserez ?
SIR JOHN
Il le faut bien.
SCROOP
Et l'on vous a remis l'acte de déchéance ?
SIR JOHN
Oui, je l'ai la.
SCROOP, le palpant.
Là, sur votre cœur?... c'est vrai! — Ainsi vous allez dire adieu k Londres, à Baynard, à toutes les tavernes appétissantes et mal famées de la cité et aux joyeuses commères de Lud-Gate?
SIR JOHN
Que veux-tu ? j'aurai deux mille couronnes el une bonne ferme pour me consoler.
SCROOP
Deux mille couronnes et une bonne ferme, ça ne se trouve guère dans les pas... de la vertu. (Montrant le tableau de droite). Voilà un certain seigneur qui n'a pas l'air d'être de mon avis... {Lui prenant le bras) ni du vôtre, sir John.
SIR JOHN
Je te crois. C'est un Wydeville, à qui l'on avait confié un coffret rempli d'or et de pierres précieuses; il a mieux aimé mourir de faim sur un grabat que d'y toucher. L'imbécile ! Adieu.
SCROOP, le retenant.
Elle va venir. Vous êtes amoureux. Mais si violent que soit votre amour, vous laisserez bien à votre fiancée le temps de changer d'habits. Vous n'aimez donc pas la peinture?
La peinture ? Si , si !
SCROOP, montrant le tableau de l'oubliette. Tenez, voila un chef-d'œuvre. Vous connaissez cette histoire? Approchons, vous verrez mieux.
SIR JOHN
J'en ai une vague idée... C'est un fou.,.
SCROOP
- Sir John, vous n'y êtes pas. C'est une histoire curieuse et qui mérite toute votre attention.
SIR JOHN
Histoire curieuse, histoire longue. J'écouterai après la noce.
SCROOP, le retenant.
Non, c'est l'affaire de deux minutes. (Montrant le tableau.) Ce fou n'est rien moins qu'un gentilhomme qui a pris ce déguisement pour sauver deux femmes que poursuivait un tyran.
SIR JOHN
Ah! c'est juste, la mémoire me revient...
SCROOP
Tout en parlant avec ce misérable...
SIR JOHN
Il pose la main sur un boulon...
SCROOP, posant la main sur le bouton.
Caché dans la colonne.
SIR JOHN
Puis...
SCROOP, le poussant dans l'oubliette.
Voilà!
SIR JOHN, poussant un cri en disparaissant. Ahî...
(Scroop ferme l'oubliette.) SCROOP.
Ah ! le dernier cri d'un homme est terrible.
(La reine etlady Elisabeth accourent en désordre et sans se voir.)