‹ Richard IIIChapitre 73 sur 259 · ACTE III, SCÈNE XI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE XI

HAWKINS

Richard est-il aussi l'homme qu'il te faut?... Oh! écoute, jeune homme, écoule... Sais-tu ce que c'est que Richard? Ce n'est pas un de ces slupides tyrans qu'on égorge en un tour de main. Il a chevillé sa vie dans sa défiance. Sa vraie cotte de mailles, c'est le soupçon... C'est une araignée, mais une immense araignée qui a tendu ses fils d'un bout de l'Angleterre a l'autre... Vous vous croyez libre, nous avons l'air de combiner un plan, et nous sommes peut-être accrochés a l'un de ces fils, marionnettes grotesques qui se meuvent dans l'imperceptible réseau de sa haine! {A Scroop.) Sais-tu cela? l'y es-tu préparé? sais-tu où tu vas?

(Scroop va visiter le lit et les portes ayaut de répondre.)

LA REINE, le retenant par la main.

Hawkins m'a effrayée, milord ; Richard n'aurait qu'a découvrir notre entreprise... Non, j'y renonce... Venez, milord, venez!

Nous avons trop fait pour reculer, madame. [A Hawkins.) Oui, je sais où je vais, car depuis trois ans je concentre ma pensée sur cet homme... Oui, je le sais, car j'ai vécu de sa vie, j'ai marché dans son ombre, et je me suis fait un refuge de son audace... Oui, je le sais, oui, je le sais!

HAWKINS

Son altesse la reine vient de vous appeler milord... Qui êtes- vous?

SCROOP

Si tu peui avoir confiance dans l'homme à qui lu dois la vie, et dans la souveraine qui te répond de cet homme, ne m'en demande pas davantage... j'ai juré de ne dire mon nom qu'à Richard, mais a Richard expirant, et criant merci sous la pointe de nos épées !

HAWKINS

Bien, bien; on devine de certaines plantes à leurs parfums comme de certains hommes a leurs idées : je te reconnais !

SCROOP, vivement.

Alors, tu as reconnu la main qui ébranle depuis trois ans le trône de Richard... tu as reconnu l'àme du plus formidable complot qui ait enveloppé un tyran I — Le roi de France est pour nous; Dorset, d'Oxford, l'évêque d'Ély sont avec nous; des armes, nous en aurons; de l'argent, nous en avons. Mais tu es nécessaire à l'accomplissement de nos desseins.

HAWKINS

Vous pouvez compter sur moi j qu'y a-t-ii ^ (|ue puis -je ? Ordonnez, je suis prêt.

SCROOP

Es-lQ sûr des philtres que tu emploies, Hawkins?

Oui, j'en suis sûr !

LA REINE

Approche. Si l'on te disait : Voilà quelqu'un, un homme ou une femme, n'importe! à qui il faut donner toutes les apparences de la mort, sans que sa vie en souffre, le pourrais-tu ?

HAWKINS

Je le pourrais.

SCROOP

El l'œil le plus sagace s'y méprendrait !

HAWKINS

Oui, et c'est avec fierté que je vous le dis ! J'ai la une liqueur, un philtre, qui m'a coulé des années de veilles et des travaux opiniâtres... J'y tenais comme à un trésor, car c'était le témoignage de ce que peut la science d'un homme. Entin je vous la donne !

LA REINE

Et cette liqueur ne peut avoir de conséquences fatales ?

HAWKINS

Mal administrée, si!

Dieu!

Explique-toi !

LA REINE

SCROOP

HAWKINS

Prise dans une certaine dose, elle est bienfaisante, dans telle autre, elle est mortelle.

LA REINE, à part.

Ma pauvre fille î

Quels sont ses eff'ets ?

Le délire, un engourdissement subit, la suspension de toutes les facultés de la i'ie, une inertie qui touche à l'anéantissement.

SCROOP

Combien de temps dure son effet?

HAWKINS

Quarante-huit heures.

LA REINE, avec terreur.

Quarante-huit heures ?

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