‹ Richard Wagner à Mathilde WesendonkChapitre 19 sur 52 · Paris, 17 Nov · texte numérisé non relu

Paris, 17 Nov

Encore un bulletin, mon enfant! Cela va, mais très faiblement et lentement: le temps ne veut pas me favoriser, il me rejette toujours en arrière! Cependant j'ai déjà pu faire une première course: — je suis allé chez le relieur. La réduction de Tristan pour piano a enfin paru. J'avais donné l'ordre aux Hârtel d'envoyer quelques exemplaires à Zurich directement, un aussi à madame Wille. Pour l'amie, naturellement, je ne voulais pas me borner à cela: j'avais fait venir un exemplaire à Paris; je voulais qu'il fût relié à mon goût, et vous l'offrir de ma propre main. L'exemplaire arriva tout juste pendant la plus méchante période de ma maladie: figurez- vous mon chagrin! Il me fallait voir cet exemplaire là, près de moi, sans pouvoir m'en occuper. Maintenant, je suis allé chez le relieur: je doute, malheureusement, qu'il travaille à mon goût; ces gens-là sont tous si terriblement dénués de fantaisie et d'invention ! . . .

Il faudra bien me contenter de quelque chose de tout à fait ordinaire ; et vous devrez vous contenter, vous, de la bonne intention.

Cela durera encore assez longtemps, avant que ce soit fini, et il vous faudra considérer mon envoi comme un cadeau d'anniversaire et de Noël ! . . .

Pour le reste, je suis tellement . . . mort! Je ne puis guère appeler mon état d'âme autrement ! Calme absolu, sans le moindre intérêt à l'existence: les futures représentations de mes dernières œuvres, plus rien que rêve et brouillard. Aucune activité, aucun désir ! . . .

Mes pauvres nerfs sont toujours très déprimés et douloureux : ce n'est jamais que l'excitation du moment qui me donne meilleure mine ... Et cependant . . . cela va, cela ira . . . mais comment? Dieu le sait! ... Si du moins il n'y avait pas ces taches au soleil! Un temps clair, c'est encore ce qui me fait le plus de bien . . . Lundi, j'assisterai de nouveau à une répétition : il me faut apprendre à être bien calme . . .

Ah! votre petit chien est tout à fait délicieux! Comment s'appelle-t-il donc? Fut-ce un coup de maître de l'ami Otto? Croyez- moi, vous devrez à cet animal beaucoup de joie: la compagnie des animaux a toujours quelque chose de très calmant. Je vous félicite!

Et, en guise de conclusion, ma profonde gratitude encore pour les bonnes amitiés, qui \inrent me trouver dans ma chambre de malade: qu'il n'en soit pas venu depuis quelques jours,

voilà ce qui m'afflige. Vous n'êtes pas souffrante vous-même, j'espère? Rassurez-moi! . . . Mille compliments cordiaux à Wesendonk!

Il aura bientôt de mes nouvelles.

Adieu, et portez-vous bien !

Votre

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