Fin Janvier
Pogner.
Et toi, mon enfant, tu ne me dis rien?
Eva.
Une enfant bien élevée ne parle que si on l'interpelle !
Ainsi, lorsqu'on parle «à la troisième personne», certains enfants ne comprennent pas qu'on les interpelle.
* A ce quatrain est jointe la chanson de Walther: Am stillen Herd . . . («Au cher foyer . . .»).
L'ancien enthousiasme voulait se raminer. Je pensais vous inviter à une soirée à Bâle pour entendre la lecture des Maîtres Chanteurs. Il m'était difficile de renoncer à la vieille habitude. Il le faut pourtant, et je crois bien que vous m'en remercierez ! . . .
Mais j'ai emballé mon manuscrit^ à votre intention ; il partira tout à l'heure. Voyez à vous y débrouiller ; l'aspect en est parfois terrible; il s'y trouve aussi des taches d'encre. Cela m'amuserait de voir si vous vous en tirez partout.
Souvent il m'était impossible de poursuivre mon travail, tant je riais ou pleurais. Je vous recommande M. Sixtus Beckmesser. David aussi obtiendra votre faveur.
Du reste, ne vous y trompez pas : tout ce qu'il y a là dedans est proprement de moi. Seules les huit lignes de la dernière scène, où le peuple salue Hans Sachs sont empruntées à sa chanson sur Luther. Les appellations des «modes» et des «tons»^ (à l'exception de quelques-unes inventées par moi) sont aussi authentiques: en fin de compte, je suis étonné de ce que j'ai pu faire avec aussi peu de documents.
' Le manuscrit, chargé de nombreuses ratures, portant la date du 25 Janvier 1862, se trouve dans la succession de Madame Wesendonk.
■^ Meister-Weisen und Tône, — formules énoncées par David au premier acte.
Demain, je vais à Mayence, pour chercher de là, à Biebrich ou Wiesbaden, le nid où je pourrai couver musicalement cet œuf des Maîtres que je viens de pondre . . .
Si, avant de recevoir de mes nouvelles, vous désiriez m'écrire, adressez la lettre aux soins de J. B. Schott, fils, à Mayence.
Dieu vous garde, mon enfant !
Amitiés du
Maître.
Biebrich a. Rhein'
13 Février 1862 — 9 Juin 1862.
Vienne
21 Décembre 1862.
' Comme complément voir aussi les Lettres de Wagner à Otto Wesendonk.