‹ Richard Wagner à Mathilde WesendonkChapitre 50 sur 52 · Oct · texte numérisé non relu

Oct

Cher ami!

La pensée de vous revoir bientôt chez nous m'occupe de plus en plus; ce me sera une vraie fête pour mon cœur de vous voir installé le mieux possible. Je crois que notre intérieur possède les éléments d'une véritable intimité, sans gêne ni autre sacrifice pour aucun de nous. La vie est une science — dit un spirituel français — qu'il faut apprendre. De même que sur les vagues de la mer le calme parfois intervient, de même que le ciel est parfois sans nuages, ainsi il y a des moments dans la vie humaine, où la Destinée retient sa respiration. Dieu veuille nous accorder l'un de ces moments!

Ce que je désire si ardemment est en même temps si peu de chose, que vous en sourirez peut-être. C'est de vous voir au moins une fois l'an chez nous, familièrement, pour que vous connaissiez chaque coin de la maison, et que les enfants ne vous deviennent pas étrangers.

Je me suis toujours efforcée de tenir en éveil chez eux le souvenir de notre vie en commun, et aujourd'hui encore ils ne connaissent «l'Asile» que sous ce nom: «le jardin de l'oncle Wagner». La pensée de le voir passer en d'autres mains m'était pénible. Maintenant seulement je suis rassurée, parce que la petite maison

a été incorporée au reste, et est considérée comme appartenant à la grande propriété, par le fait de la création d'un jardin potager etc, mais surtout parce que les chambres du rezde-chaussée ont été aménagées pour les études de Karl et le logement de son précepteur. De cette façon, la petite maison tombe sous ma garde spéciale, et je suis à même de la sauvegarder de la ruine ou de la négligence. J'ai à peine besoin de vous dire que même cela déjà me procure une certaine joie mélancolique. Vous savez par vous-même quelle satisfaction le cœur recherche en ces choses, qui ne sont rien en elles-mêmes, et que la foule si légèrement traite de «futiles». Pour le cœur tout est important ici ; il demeure toujours idéaliste, et le monde n'a point de prise sur lui. Il s'ouvre au moyen d'une clef d'or, et s'échappe quand le monde s'imagine l'avoir bien dans la main. J'espère recevoir bientôt des nouvelles de vous et de vos projets. Les beaux jours merveilleusement purs de l'automne sont passés maintenant, et le froid hiver est devant la porte. A l'intérieur, cependant, tout devient chaud et clair. La guérison d'Otto se poursuit à souhait, et je compte que bientôt les dernières traces de la maladie auront disparu. Ayez bon courage aussi, et aimez fidèlement

votre

Mathilde Wesendonk.

Au «Cheval Noir«, à Prague,* je vous envoie mes amitiés. J'ai lu, hier, votre brochure, et dus en rire: elle me semble tout ironie. Envoyez moi donc de là-bas le programme de vos représentations. La dernière chose que je reçus de Prague, portait Tépigraphe de la symphonie de Faust. Beaucoup de choses dans la vie humaine sont vouées à Toubli, très peu sont inoubliables. Mais d'après celles-ci se calcule finalement la valeur de l'existence sur terre.

«Etre ou ne pas être», telle est la question ici aussi. A l'Existence est infligée la Croix.

Je voudrais bien aller à Carlsruhe; mais Otto n'a pas encore repris toutes ses forces. Il est faible encore, et nous devons lui éviter la moindre émotion. Peut-être sera-t-il possible, toutefois, de venir vers le 14. Lui-même en témoigne le désir.

Recevez mes meilleures amitiés maintenant, et préparez -vous pour le portefeuille vert. J'espère que nous réussirons à vous procurer le repos. Amenez, si vous le voulez, l'un de vos fidèles, Bûlow ou Cornélius: il sera le bienvenu.

J'espère que la «colline verte» vous redeviendra chère un jour!

Votre

Mathilde Wesendonk.

Dimanche soir (Nov. 1863.)

* Voir lettre 143.

La moindre nouvelle de vous, cher ami, est une pensée de vous à moi et, comme telle, la plus chère salutation que puisse désirer mon cœur! Ma gratitude vous est donc acquise pour toute communication, si courte qu'elle soit!^ Nous n'avons plus besoin que de telles communications, comme un lien invisible pour nous conduire à travers la vie, en face de l'immensité du monde sentimental, auquel nous appartenons. Le nœud de la mystérieuse Filandière qui unit les fils de nos destinées est indéliable; on ne peut que le rompre. «Savez-vous comment cela advint? — »

Je comprends votre désespoir, votre épuisement, et sais ce qu'il vous en coûte d'aller en Russie. Je ne trouve nulle part de ressources à votre intention; j'ai beau me creuser la tête, impossible d'aboutir. Alors je me tais, plutôt que de vous illusionner de vides espoirs, auxquels je ne crois pas moi-même. C'est le plus triste sort de l'humanité de voir un mal sans pouvoir l'extirper. Il est né avec nous, et nous le traînons à contre-cœur, comme une maladie contagieuse. Cela me fit du bien de savoir que vous aviez M"^^ von Bissing à Lôwenberg et à Breslau. Heureux ceux qui font du bien ici-bas! Ils sont vraiment les seuls à connaître la félicité!

* Voir lettre no- 144.

L'amie vient de me quitter. Elle avait passé la nuit ici: nous nous remémorâmes des heures très belles, inoubliables!

Le petit Enfant-Jésus y était aussi. Il disait qu'il voulait aller à Vienne, pour orner le logis de l'ami. Je trouvais cela très bien, et j'aurais voulu partir avec lui sur-le-champ. Mais le petit Enfant-Jésus jouit de certains privilèges en ce monde; je le priai donc d'aller trouver qui il fallait, et lui donnai encore sa signature. Maintenant il vous prie de lui faire bon accueil!

Les enfants sont dans la plus vive attente. L'arbre sera allumé dans la salle à manger, entouré de l'auréole raphaëlesque. Cela produit un bel effet.

Saluez Cornélius et souvenez vous de votre

Mathilde Wesendonk.

21 Dec. 63.

Mon ami!

Madame von Bûlow me prie aujourd'hui par lettre de lui envoyer quelques-uns de vos manuscrits littéraires qui sont en ma possession. J'ai examiné tout le portefeuille, seulement il m'est impossible de me séparer de quoi que ce soit, à moins d'un désir exprès de votre part. Comme vous pouvez difficilement vous rappeler quels feuillets épars sont rassemblés dans mon

portefeuille, je vous donne une liste complète,

vous priant de me dire si je dois envoyer

quelque chose et, dans le cas affirmatif, quoi. ^

Je suppose évidemment que vous avez

connaissance de la publication projetée de vos

œuvres par Sa Majesté.^ J'ai été très heureuse

d'apprendre par la lettre de l'aimable Madame

von Bûlow que vous allez bien et avez rassemblé

vos meilleurs amis autour de vous. Recevez

mes amitiés cordiales et pensez affectueusement à

votre

Mathilde Wesendonlc^ 13 Janvier 1865.

Période Parisienne.

Le Freischiitz.

De la Musique en Allemagne.

Caprices esthétiques: extraits du journal d'un

musicien décédé.

Un pèlerinage chez Beethoven : importants

souvenirs de la vie d'un musicien allemand. Un pèlerinage chez Beethoven (fin).

Comment un pauvre musicien décéda à Paris^

(Nouvelle).

Une heureuse soirée.

La Reine de Chypre (Abendzeitung). ^ La Reine de Chypre (suite).

1 Voir lettre no- 146.

2 Voir Glasenapp; III, 1, 60/1.

3 Journal du Soir.

Le Stabat Mater de Rossini (Zeitschrift f. Musik).* Revue critique, Gazette musicale.

Les Fées. Grand opéra romantique en 3 actes. Le Venusberg, opéra romantique en 3 actes.

(Esquisse.) Esquisse pour Wieland le Forgeron.

Esquisse pour le Jeune Siegfried.

Le Jeune Siegfried (poëme).

La Mort de Siegfried (esquisse).

La Mort de Siegfried I (poëme).

Préface pour la Mort de Siegfried.

La Mort de Siegfried II (poëme).

La Saga des Nibelungen.

L'Or du Rhin (esquisse).

L'Or du Rhin (poëme).

La Walkûre (esquisse).

La Walkiire (poëme).

Lettre à Liszt au sujet de la Fondation Goethe. Siegfried (lettre).

A M'^ von Ziegesar.

A propos d'une revue Musicale.

Période de Dresde.

Esquisse pour Lohengrin.

L'Art et la Révolution.

La Poésie etc. La Sculpture etc.

L'Art de l'avenir.

Le Génie de la Communauté.

^ Revue musicale.

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