I^J:^ RICH\RI> WAGNER
tre <Micouragoante : relie <Iu vieux Sphor, l'auteur <le Faust et de Jessoutfn. On se souvient combien relui-ri avait a<lmiré le Vaisseau Fanfnnir : Tdnnhœtiscr n'avait pas refroidi son enthousiasme. Avec une pt»rspicacité et une générosité, «jui en font une exception parmi les maîtres de son temps, il avait reconnu et il proclamait bien haut qu»- \\'aj,nier était le plus grand musicien de l'époqu»'. ( >n peut se tif^urer tout le bien que fit a celui-ci la vue d'un artiste qui avait de lui une opinion aussi favorable. Ces bonnes dispositions furent encore augmentées à son retour à Dresch»; Tannhœuser fut repris et reçut un accueil beaucoup meilleur (jue la première fois. Le public se montra même par numients. si chaleureux que \\';igner se confirma dans la pi»n- .sée que, sans la rritiqu»*. il parviendrait certainement à faire adopter son point de vue aux gens naifs. Ce fut sous ces bonnes impressions qu'il entreprit la iv<laction «léfinitive de Lahciif/rin. Il commença par le troisiènu» acte, attiré d'a)H)rd, probal>lement. par le grand récit du Graal, comme, avant d'écrire le Vaissrnii /•'/fu//...>.«, j) l'avait «'té par la hnllade de Senta.
Ce travail fut vite interrompu; la direction de !'( )péra «le Dresde ayant «lécidé «le monter ////»#ffthiir m Auiirir, Wagner oublia compb'tement son Lohnifjrt'n pour n«' plus songer qu'à préparer une représentiition m<^dèle du chef-«r«puvre de Gluck.
ÉMANCIPATION DL (iÉNIE 233
Lorsque Spontini était venu diriger à Dresde les études de la Vestale, il avait dit à Wagner: « J'ai entendu dans votre Ricnzi un instrument que vous appelez basse-tuba ; je ne veux pas le bannir de l'orchestre : faites-ni'on une partie pour la Vestale. » A^'agner pensa qu'il devait agir pour Gluck, connue Spontini l'avait prié d'agir pour lui-même, er mettre l'orchestration d'Iphifiénie en état de produire aujourd'hui, l'rffet qu'elle produisait à l'époque oii l'on ne connaissait d'autres instruments que ceux qui s'y trouvent. Ce travail, il le fit de la façon la plus consciencieuse. Se méfiant df la partition de Ber- \\\\ qui avait été retouchée par Spontini, il fit venir une copie de la première édition parisienne. Sûr d'avoir sous les yeux un texte authentiqu<\ il s'eiforça de se pénétrer d'» la pensée du maître, au point de n'apporter à son instrumentation d'autres modifications que celles (ju'il rut eff'ectuées lui-même s'il avait eu à sa disposition un r)r<"hestre moderne. Ceci achevé, Wagner passa a la révision complète du texte alh^nand qui était détestabl(\ Mais ce n'est pas tout; par le double travail qu'il venait de faire, il s'était idfMitifié si complètement avec Gluck, qu'il ne put résister à la tentiition d'apporter à la «'onclusion de son opéra la même modification (|u'il vimait de se décider à faire subir à celle dr TfDuihœusei'.
Ce (|ui distingu*' l'art dramatique d«* tous jos
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autres, rVst qu'il permet seul de réaliser complètement une idée, (^uand vous lisez un roman il faut que vous imaginiez les scènes qui n'v sont que décrites; quand vous regardez un laldeau vous devez vous figurer le mouvement des personnages; enfin, si une symphonie exprime des émotions, elle ne peut «ju'en suggérer les motifs. .\insi donc, seul panni les artistes, le poète dramatique peut faire apparaître ses conceptions, palpables et vivantes devant nos yeux. C'est 1î\ un privilège très gran<l. mais dont il doit savoir user. Il faut (pie jamais il ne se borne h de simples inclications: il doit rendre smsiblc tout ce qui est important dans son œuvre.
I']ii ISK), Wagner n'était pas encore arrivé au moment où ses idées sur le drame, prirent une forme théorique, mais, d'instinct, il avait senti rinsulllsance de la conclusion «le Tnnnhœuser, et s'était décidé à faire apparaître, sur la .scène. \'éuus et le convoi funèbre d'Klisabeth. Ne fallait-il pas traiter Gluck aussi bien que lui-même, ♦H faire intervenir au.ssi Diane elle-même, au lieu de laisser Calchas annoncer simplement qu'à des signes certains il voit quo la d«*esse apaisée ne demande plus le .sacrifice? Mais l'apparition de Diane n'est pîis la seule modification que Wagner apporta à la conclusion (Vljf/n'f^thiie m Aith'ffr. Dans cette j>ièce, Gluck, .s'écartant de la version du tragique grec, à laquelle il devait revenir quand il composa Ijthipthuc en Tauriffe, marie l'héroine
avec Acliille. Ce (lén(3uement présentait pour lui un double avantage. D'abord il était conforme à celui de Racine, ({ui, au XMII" siècle, devait sembler à Paris plus satisfiiisant que celui d'Euripide. Enfin il j)ermettait de respecter la convention, qui voulait alors qu'un opéra se terminât gaiment, par des chœurs et des danses. Mais au XIX'' siècle, et notamment en Allemagne, la situation était renversée. A Dresde la tragédie qui faisait autorité était naturellement celle de Troethe, dont la donnée repose sur l'enlèvement dlphigénie par la déesse. De plus, connue il ne parait plus nécessaire aujourd'hui (pTun opéra se termine par d«'s danses, celles-ci ne peuvent ({u'afTaiblir l'effet produit p.ii* une scène aussi tragir^ue que celle nii Iphigénie est sur le point d'être égorgée. Mettant Gluck d'accord avec lui-même, Wagner fit donc enlever par Diane la j<Mnie fille, et termina rapidement l'opéra, par le chant de guerre des Grecs, qui s'empressent de profiter du vent, devenu favorable, pour cingler vers Troie. En principe je crois que nul n'a le droit d<' retoucher, couper ou remanier un«' (inivre dont il n'est pas raut<*ur. Mais l'homme n'i'st pas un automate: un principe étant donné, il ne convient pas de rappli<iurr av<*<* une rigu»'ur mé«'ani(jue. .h> m» j)uis rlonc condanmer les cU'orts «ju»' ^^ .<gner a fait pour rajeunir un chef-d'cruvre, comme je condamiHM'ais la même tentative si elle était entreprise pai- un lionuiu» (pii n'eût |>as la eom-
'ZVt RICHARI» WAGNER
pêtPHce de l'auteur de Tannhœttser sous le donl»lc» rapport de la poésie et de la musique. Eiitin (juaud je vois Wagner aliandonner la coinpoMtion d'un ouvrage qui K* passionnait pour se consacrer entièrement à un travail qui n'a d'autre but que celui de glorifier un de ses devanciers, il me semble qu'il y a là un act€r d'abnégation auquel il est impossible de ne pas ren«lro bommagf».
Du reste la pein<' (|ue Wagner avait prise ne fut j)as perdue. Ijthiffénir ru Aith'ffe excita î\ Dresde le plus grand enthousiasme. Quelques mois après. Tnnuluviiscr revint en scène avec sa conclusion nouvelle. La criti(|ue trouva que l'ouvrage nVtiiit aucunement am«dioré. Mais le public parut d'un autre avis. L'accueil qu'il lit à Tannhœuser, fut encore plus bienveillant qu'à la précédente reprise. Ce n'était pas encore le succès, mais c'était une preuve pour Wagner, que ses œuvres même les plus personnelles feraient la conquête du public, si elles lui étaient présentées de Udle façon (|ue. dès le début de la représentait ion. il se trouvât placé au point de vue convenable. Comment en arriver là ^ Voilà c«» dont Wagner n'avait alors nul souci, car son Lohn\gri)ï !•• fa.scinait à tel point, qup. indifférent au sU< il ne désirait que le recueillenuMit nécessaire pjnir être tout à son rruvre. Mais des cin:onstances douloureuses ne tardèrent pas à le ram«»ner sur le terrain brûlant do la réaliti*.
Comme on le sait, A^'agner était marié ; il fallait qu'il songeât à sa femme. De plus sa mère étant gravement malade, il voulut probablement l'assister. Il sentit un besoin d'argent pressant, et avant d'avoir complètement terminé Lohen- Q/Hn, il dut chercher à s'en procurer. Il se mit alors en campagne pour faire représenter à Berlin Rienzi, qu'on n'y connaissait pas encore. Il ne faisait plus cas de cet ouvrage, mais il le croyait propre à faire de belles recettes et c'était tout ce qu'il voulait. Pour atteindre au but il se résigna aux démarches les plus humiliantes. Il flatta une quantité de gens qui pouvaient avoir quelque influence sur le succès de son ouvrage, bien qu'il les méprisât du fond de son conir. Il fit le bon apôtre près des amateurs bien pensants, qui voyaient en lui un révolutionnaire* dangereux, un Marat de la imisique, qu'il ne fallait encourager d'aucune faron. Mais le pire c'est que toutes ces démarches, il les faisait maladroitement. Nul n'est gauche comme l'artiste, l'artiste véritable, (juand il veut se conduire en politique. Malgré tous les efforts que faisait ^^'agner pour cacher son sentiment intime, il n'y pouvait parvenir: «'«dui-ci stî faisait jour d<* lui-même. Ainsi à la répétition g«'»nérale de Rienzi, il eut la maladresse insigne de prier les exécutants d'excuser !♦* d«*ploiement de force trop contiim. que cet ouvrage réclamait d'eux. « C'était là, dit-il, un défaut qu'on pardonnerait, il l'esp^M'ait.
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dans une oHjvre de jeunesse. » Natui'ellement le lendemain, au début de la repi't'sentiition, on répétait, dans la salle, que Rienzi était un ouvi'age roniplétement manqué, de Vaveu niéme de son auteur. Qu'on juge si le public fut indigné contre ce Saxon, qui osait lui pr«'senter un opéra, dont il ne faisait pas cas lui-même ! Il voulut lui montrer qu'aussi bien que lui, le public de Herlin savait recomiaitn' ••• «(iii est mauvais! Rienzi tomba.
Ce fut un coup tt»rrible pour le pauvre Wagner. Après s'être abaissé, Innnilié, après avoir renié son idéal, il eut fallu, pour le relever à ses |)r(>pn*s yeux, les cliaudes et unanimes acclamations du puldic. Celles-ci manquant, il se trouva livré au remords et à la honte d'avoir failli à sa haute mission, sans avoir même pu atteindre le résultat inmiédiat et médiocre qu'il avait poursuivi. Peu de temps après, sa mère mourut. Il eut envie de se suicider; mais une cho.se le l'etint: .son art, .son art qui n'était réellement pas pour lui, un moven d'arriver à la fortune et i\ la gloire, mais le langage, avec lequel il pouvait satisfaire îi ce besoin d'épanchement. qui est la passion dominante de l'artiste.
Ce fut alors (ju'il sentit dain^nent, pour la première fois, la nécessitt'î de se créer un organt». qui lui permit de connnuniquer le fond de son âme, à ceux qui pouvaient le r^omprendre. Cet organe c'était le théâtre; celui-ci, pouvant .seul transfor-
mer l'idée du poète en fait directement sensible, lui apparaissait de plus en plus comme un intermédiaire indispensable pour donner à l'œuvre d'art sa forme propre. Ov l'expérience lui avait montré que les habitudes qui dominent le théâtre moderne, y rendaient impossible l'intelligence de ses œuvres. Il importait donc avant tout qu'il fit prévaloir, en quelque lieu, et de préférence à Dresde oii il était établi, les principes sur lesquels, les représentations théâtrales devaient, suivant lui, être fondées.
( )n se souvient que lorsqu'on lui avait offert la place de chef-d'orchestre du théâtre de Dresde, il avait senti pour cette position une répugnance instinctive, dont il ne s'expliquait pas alors clairement les motifs. Il les comprenait maintenant. Après avoir rempU cette fonction pendant cinq années, il savait ce que sont nos théâtres. Ce sont des établissements, dit-il (1), (|ui en général n'ont d'autre but que de pourvoir à des représentations quotidiennes. Celles-ci sont connnandées par l'esprit de spéculation. Le public ne les désire jamais ardemment (2), il les accepte, poussé \Kiv
(1) Gesamnielle Schriften, t. IV, p. 373.
(2) Il faut noter »iu*en s'exprimant ainsi WairntM- p*Minait aux théâtres de IWlli-mag-ne. Qu'out-il dit dans les pavs où Ton fait des vi»ito.«« dan.s les lo^es, non-seulement pendant les entractes, mais ^tendant toute la représentation ! Je cons'oiî» trè« bien, <jUe, comme salon, on préfère un
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l'ennui dont il est arrablê dans nos villes. C'est un divertissement, un passe-temps, qui pourra faire diversion à la partie de cartes habituelle, et en renouveler l'attrait pour le jour suivant.
Tout c*e qui a <*té tenté jusqu'ici pour donner au théâtre une destination vraiment artistique a toujoui*s échoue. Les pièces (|ui peuvent y réussir ne différent l«»s unes des autres que dans la nit^ sure du goût des différentes classes qui composent le public. La populace aime les grosses farces et les grands coups de théâtre : la bourgeoisie veut des pièces de fanùlle toutes morales et toutes sucrées ; enfin les hautes classes, (pisont blasées, ont besoin ib* mets recherches qu'asi saisonne un peu de prétention esthéti(jue. De la trois genres qui imposent au poète connue au musicien des linntes préci.ses. Si le malheureux a ses idées à lui. on sait ce (pli l'attend: c'est
thi'àtiv à \n |»iè<'o CiirriH? i\u\m a vhvi mn Avec '^'- 1» -•«» t>tuf^('i*9, il i*eK«oin))le à un écrin, ù uno jaitlin. t
les feiuinc)* aux voux ôtincelatitj* et aux cpault*» fnilrlu»<*. BOiit U^ flfui** euivraute» vt \i*s pii'rrt»< i "«. Mai*
cela n«' !<«M*ait-il |»aj* plus jitli encore, ««i r»t...j.. i...it !«• <t«rcli> tMichantour. on i>U|>pnui:tit la iMvnof (Mi lii«Mi, ni l'on veut •|U('l<|Ui' rho*«c {tour animer la ciinvei'itation et en aiiubler le» vidi»^ c|U*on faiw** venir un oivheRtrw «le daiine, ou
r«»pivs<>nt«*r «les ta'' .... » m . •.. « \- . ..,^
.\|mllon «loil avoir .
m.iiw Michon» au<.M appKTÎer le frénie de Phomme.
une ironie propre au public de nos théâtres, l'ironie de Teiinui. Du moins, il en est ainsi, jusqu'à ce que le pauvre auteur étant mort, son œuvre soit accueillie à titre d'antiquité (1).
Voilà pour les théâtres en général ; maintenant ce qui distingue les grands théâtres c'est qu'ils n'ont pas seulement affaire à l'une des classes précitées, mais à toutes les trois. Le directeur de ces établissements, dont la tache est avant tout de remplir sa caisse, doit la plupart du temps se contenter de satisfaire alternativement le public du paradis, relui des fauteuils et celui des loges. En ce cas il doit tenir bien compte du jour de la semaine où chacun des trois publics va de préférence au théâtre. Mais pour lui le rêve, l'idéal, c'est de mettre la main sur un ouvrage qui puisse satisfaire à la fois tout le monde : alors il fait salle comble et pleine recette. Telle est la raison sv.lfisante, comme dirait Pangloss du mélimélo plus ou moins musical et dramatique «ju'on appelle le grand-opéra moderne: il venait d'être confectionne, quand Wagner commença sa carrière, et Meyerl)eer (mi **st incontestablement le héros.
Toutes les tentiitives des princes éclairés pour remédier au mal. ont pu seulement montrer que, dans les conditions actuelles, il était incurable.
(1) Gexammelte Sch-ifii'n. t I\'. y. 'M\.
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Après avoir proclamé que le théâtre doit avoir pour seul but, rennoblisseinent du goût et des nionirs, l'empereur d'Autriche Joseph H voulut appli(|uer cette belle uiaxime; d'autres princes l'ont iniit»^: tous leurs efTorts sont restés vains. Cela se conçoit aisément, les cours ne pouvaient agir sur le théâtre que suivant leur propre esprit. D'abonl la direction en fut confiée, non à un homme compétent, mais à un personnage qu'on voulait favoriser. Kn Allemagne, on nomma Intendant des théâtres, un baron (juelconque à qui l'on désirait assurer une place. Knlin les théâtres royaux durent se distinguer par ce luxe et ce faste exU'rieurs, sans lesijuels une cour ne serait pas une cour. Ceci se paie. De là une nécessité pour les théâtres royaux d*en revenir à la spéculation sur le goût du public. Des représentations vides au fond mais brillantes au dehors, et qui pussent â la fois flatter les princes et attirer les moucherons, je veux dire le pul)lic : tel fut le résultat final de la sollicitude «les princes pour le théâtre. Kn sounne aucun avantage réel n'avait été obtenu. Tout autant (jue par le passé, on sp<»culait sur le goût du pu))lic. et par consécjuent, on le flattait, on h» corrompait do plus en p''!au lieu de l'ennoblir. Sur le vulgaire éUibhment industriel, un pompeux manteau de cour avait et«3 jeté: voilà tout.
Qu'on ne récuse pas le témoignage de Wagner. Ce n'était pas du fond d'un cabinet d'étude, par
des raisonnements abstraits qu'il était arrivé à res conclusions. Elles avaient jailli pour lui de Texpérience, de rexpérience faite dans les conditions les plus favorables. Il avait débuté à Dresde par un coup d'éclat qui d'emblée lui avait valu la faveur du public et la bienveillance de la direction du théâtre. Mais quand il avait voidu mettre à profit ces bonnes dispositions pour faire de l'opéra, au lieu d'une vanité fastueuse, un véritable drame commandé par une pensée élevé, il avait vu le vide se faire autour de lui. Ne pouvant donc trouver aucun remède à un semblable état de choses, il en vint naturellement à penser que la situation déploral)le du théâtre n'est pas un fait isolé, qu'elle se relie à 1' ensemble de notre état social et politique. Sur tout notre monde moderne, il lui sembla alors que pesait quelque chose d'analogue à la m<'dodie d'opéra : une forme d'apparence réj^ulière, élégante même au dehors, mais en réalité conventionnelle «'t faussse, nn<' gaine en un mot, qui empêche la noble plante humaine de pousser librement, et de s'«'*panouir sous le ciel bleu (Mi rameaux verts et forts.
Il n'avait eu qu'à écouter la voix d«' la natur«,', il n'avait eu qu'à laisser les héros de ses drames s'exprimer et se mouvoir lil)rement, pour que, t^>ut l'appan'il d*» l'opéra craquant et tombant, des formes nouvelles surgissent, qui sont l'expression même de l'âme humain»». Quan<l la révolution de 1S18 éclata, il crut que c'était
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rinij'UÎM' Ml liit'iii»' il l.jfjtM'in" Il a\.ui «>in-i, »jui, ^f
faisant jour au sein do la soriété. allait lui faire subir la même transformation que, par son intermédiaire, elle avait déjà accomplie dans l'Opéra. Redevenu révolutionnaire, connne en 1830, dans toute l'extcMision du terme, il salua doin! avec joie le mouvement qui après avoir renversé en France une monarchie, s'était étendu en Allemagiu*. et avait porU^ au pouvoir à Dres<ie un ministère libéral.
Tout au moins la révolution lui fournil l'occasion de développer ses idées sur le théâtre. Les réformes étaient i\ l'ordre du jour. La chambre, examinait la liste civile pour la réduire au strict nécessaire, et il étiiit (piestion de supprimer la subvention du th<*âtre-roval que le parti radi«'al considérait comme un objet de luxe. Le seul rôle que Waj^nier put jouer alors, était celui d'arbitre des partis. Il fallait qu'il dit, aux uns: « lais.sez au théâtre la subvention qui, en l'affranchissant de la iKMN's.sité de spéculer sur le goût public, peut seule lui permettre de l'ennoblir ; » et aux autres « réformez votre théâtre de fond en cond)le. et d'un objet de luxe faites-en un véritable institut national. » Ola était beau, assurément, mais, comme on dit vultr.iin'ment. c'était se mettre entre la chèvre et le chou. Wagner ne .sentit pas cela : bien intentionné, comme il l'était, il devait s'illusionner sur les hommes; il mit fjue ce point de départ était excellent sous
tous les rapports, et, vite, il lit tout un plan de réorganisation du théâtre, qu'il se hâta d'aller porter au ministre de l'Intérieur M. Martin Ober- Isender, persuadé que celui-ci serait heureux de l'opposer à la proposition des radicaux.
Pour Wagner il s'agissait de mettre le théâtre en position de commander au goût public au lieu de lui obéir. Afin d'atteindre à ce résultat il fallait un point d'appui. Où le trouver?
Matériellement, ce point d'appui était tout trouvé: c'était la subvention, qui met le théâtre en état «le ne pas dépendre exclusivement de la recette. Wagner proposait d'en faire bénéficier toute la Saxe, en attribuant au théâtre de Leipzig un (juart de la subvention allouée jus(iu'ici à celui de la capitale, et en faisant donner des représentations dans les autres villes' de provmce, par les élèves du grand théâtre.
Mais là n'était pas la difficulté. Ce qui avait manqué jusqu'ici, c'est la direction intellectuelle qui pût faire du théâtre, un institut vraiment artistique. Suivant Wagner, une telle direction, le théâtre ne peut la trouver qu'en lui-même. Pour se convaincre (ju'une aspiration élevée réside en lui, il suffit de remonter à .s«»n origine. Tout le monde sait que la trag«Mlie anti(iue est sortie du culte gr<'C. Au Moyen-Age, les cérémonies catholiques avaient donn«* naissance aux mystères, (jui, sans aucun doute, eussent été le
point lie départ <hi ilraiiio moderne, si des influences étrangères n'eiisseut enipêrhé la société chrétienne d'atteindre, comme sa devancière, jusqu'au t«M'me (le son dj'veloppcinent. Pour que l'idée élevée, qui est l'àme même du théâtre, se manifeste de nouveau, ne suttit-il donc pas de lui rendre une existence indépendante?
Le théâtre vit par deux classes d'artistes : les acteui's et chanteurs (jui en forment le j>ersoimel (Urectement actif: puis les poètes et musiciens di-amatiques qui en sont les membres indirectement actifs. Wagner propose d' applicpier les principes du régime représentatif à cette petite répul)lique artistique. Tous les membres (pii la composent ( 1 ), réunis en ;issemblée |)léniére nomment, ;\ la majorité des voix, le directeur du tln'àtre. dont le pouvoir est aussi limité que celui d'un souverain constitutionnel. Il doit se conformer aux décisions d'une sorte de parlement composé d'un nombre égal de nuMnbres directement (2) et indirectement (',1) actifs élus chacun par leur groupe respertif. Notanunent, ce parte-
(1) Pour donin'i* un»» Uase ^»U^^ laiye à la .SKM»t«' den
autcui-M i»t nuisirioiiB d rftin.it iquos, W • • 'prvpo*» qu'il»
j«*aiJjoij:n«'nt <jU»'1<|U»'î* fcrivain» ««t lu > non drain.i*
tique».
(*J) Liw connHlicn» et chanteui**
(lî) Li»» |M>«te!» ot mu^ioien» Jr«iii;«ii'jiu"«.
ment juge si les œuvres présentées au théâtre, doivent être acceptées ou refusées (1).
Comme on voit, la place qui est faite, dans ce projet, aux comédiens et chanteurs est presque (2) égale à celle qui est attribuée aux poètes et aux musiciens. Il importe de les en rendre dignes. A cet effet, Wagner propose d'adjoindre au théâtre un Conservatoire, où les jeunes gens qui se destinent à la scène apprendront, non-seulement leur art, mais aussi tout ce qui peut faire d'eux des gens cultivés et de véritables artistes. Avec ces élèves seront formées les troupes qui, sous la direction centrale, donneront des représentations en province. Par là on sera débarrassé des compagnies nomades qui contribuent si fortement à avilir le théâtre, et en même temps les jeunes comédiens apprendront la pratique de leur art, et compléteront ainsi leur éducation. Enfin grâce à cette école, le théâtre sera un organisme vivant, rapable de s'alimenter soi-même.
Le théâtre comprend la romédie et l'opéra. Il .se relie donc à l'Institut musical, qui, sous cer-
(i.j (^iiiiii'l il s'ajrit de ju-r'-r si tm npéra a droit à la repré9«'ntatioii, les musiciens du jHU'Utnenf du théâtre peuvent ri'*clamer que celui-ci s'adjoigne le jxirlom'nt de l'Institut musical dont je parlerai tout à l'heure.
(2) Jf dis pii'S<ju«* parce <ju't''taiit moins nombreux <|Uf les |>oi'l»'s et aut«»urs dramatiques, ceux-ci peureut imposer le diri*cteur do leur choix.
tains rapports, en déiwnd. Celui-ci fournit en effet à rCJpéra son orche^stre et ses chœurs. Mais, comme, d'autre part, il donne des concerts et pourvoit au service de la chapelle royale, il a son existence distincte. L'organisation que Wagner propose de lui appli(|uer est la même que celle du théâtre. Connue celui-ci, il est administré par un directeur et une assemblée, élus par le suffrage universel des musiciens exécutants qui y sont employés, et de tous les compositeui*s du royaume.
Telle? est l'économie générale du projet '»«• Wagner. Relevons encore ça et li\ quelques traits saillants. Les représentiitions du théâtre devront toutes être également soigné<*s, car l'esprit de spéculation, et l'idée que le médiocre peut suffire, ne doivent se glisser sous aucune forme, dans l'in.stitut. pour pouvoir atteindre» i\ ce résultait, et aussi, pour (|ue le puldic ce.sse de venir au théâtre par routine, les représentations n'auront plus lieu tous les soirs: «dles seront iv<luites au nomhn» de (juatre ou cimj par semaine. — La vraie nmsifjue c.atholi(jue est la musiipn» chorale, qui est arrivée ;\ son apogée avec Palestrina. Depuis que l'orchestre a éu» introduit dans l't'glise, on a compose* des mess<»s. qui sont «les chefs-el'epuvre musicaux, mais non pas religieux. Leur plac<» est dans les concerts. 11 inq)orte donc de bannir rorchestixi de la chapelle royale. Non-seulenu»nt par li\, le culte retrouvera .sa puret«\ mais on
provoquera une floraison nouvelle d'un art admirable, qui est aujourd'hui malheureusement éteint. — Notons pour rinir un dernier trait, qui donne le fond de la pensée de Wagner: le ministre dont il veut faire dépendre le théâtre, c'est le ministre des cultes. Pour lui, en effet, le théâtre est une annexe de l'église. Il doit même être digne d'en tenir lieu pour tous ceux, qui, de fait, n'appartiennent à aucune communion religieuse.
Ce projet de réorganisation du tliéâtre est long et peu amusant à lire. Wagner s'excuse de l'avoir introduit dans le recueil de ses écrits, en disant qu'il a voulu montrer, en produisant ce document, qu'un poëte pouvait avoir h' souci et le sentiment des choses pratiques. Pour moi, si j'en ai relevé les dispositions essentielles, c'est qu'il s'y trouve des idées dont je voudrais que nous tissions notre profit.
Laissons de côté, si vous voulez, la pensée de confier la direction supérieure des théâtres au ministère des cultes. Certes, il n(^ mainiue pas d'esprits en France, qui, ayant perdu toute foi positive, n'en voient pas pour cela avec |)lus de plaisir le matérialisiiKi le plus grossier envahir notre société, et cherchent anxieusement par quels moyens on [)()urrait conserver au moins le principe bienfaisant qui se trouve au sein de toute religion. Kvid<»nun<Mit le théâtre bien compris pourrait .s«Md r<'m[)lir (!«'tic haute mission : par la réalité qu'il donne aux conceptions les plus
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abstraites, il peut faire prévaloir jusque dans les basses classes une idée élevée de la vie. En idéalisant la douleur, il peut aider à la supporter, en poétisant ce (pi' il y a de traji^ique dans la destinée liuinaiiie, en en montrant la nécessité, il peut rendre la résignation plus facile. Mais avant que le théâtre devienne rétdlenient un institut relij^'ieux, tiint de réformes sont à faire, (pie j'abandonnerais volontiers ce côtii de la question aux rieurs, pourvu qu'ils voulussent bien prendre en considération ce (ju'il y a d'immédiatement applical)le dans le projet de Waj^ner.
D'abord je voudrais (pi'on m'accorde, que, si rarf;(Mit des contribuables est très bien employé, quand on s'en sert pour favoriser l'essor du jçénie national, il l'est fort mal, (piand on le dépense pour subventionner un f,'rand établiss(»inent. qui n'est, en somme, (ju'un salon à tnitsit/ur pour la société élégant(». et une curiosiu» de mauvais aloi pour les étranj^'ei's et les provinciaux (pii vi(»nnent à Paris. Il importe donc de laisser aux gens riches qui se plaisent à rOjH^ra. le soin de subventionner eux-mêmes ce grand endroit, et de réserver les deniers de l'Htit pour un théâtre, (pli. étant assez modeste comme bâtiment pour n'être (pi'un cadre, sera Uniu de représenter dignement les opéras de (lluck. de Spontini (1), de
(l; Un (iit <ju"il nv a plus «i»* rhanti'in-* |>our int«'r|>ri-
ÉMAN'CIPATION DU GÉNIE 251
Berlioz, de Wagner et de tous les compositeurs modernes qui, marchant sur la trace de ces maîtres, ont en vue l'art et non 1<^ succès. Un tel théâtre rendrait un double service. Il ferait connaître les chefs-d'œuvre du drame lyrique, qui sont aujourd'hui complètement ignorés; et sans aucun doute, il ferait surgir des œuvres dignes de prendre place à côté de ceux-ci. Pour pouvoir se produire, nos musiciens sont obligés, actuellement, de composer de la musique de concert (1), ou des opéras avec airs, duos, etc.: ce sont là deux genres épuisés dans lesquels le génie lui-même ne peut que se dépenser en pure perte. Donnez à nos compositeurs un théâtre qui représenterait même les œuvres supérieures, et vous verrez qu'ils en feront. — î'n théâtre; est-ce tout ce qu'il faudrait?... Non; pour arriver à écrire de véritables drames musicaux, il faudrait aussi à nos musiciens, le concours des portes. Il est donc encore un point du projet <le \\'agner. <jue
t«*r k'S œuvres (ie c-es farauds inaitivs. Sov»-/. sans craint»'. Donnez-les, ces eliefs-dViiuvre df l'ancionne trag^t'die lyrique, et VOU.S verrez que les artist»?s pour les chant«*r surgiront d'eux-m»''mes.
(l) Au temps où la syinphonio otait dans sa |dein«« tloraison, il n'y avait pas, à l'aris, do conwrts. Aujourtl'iiui qu'au soin in«''mo de la symphonie se manifest<Mit des tendances dramatiques, nous n'avons pas de th«n\tiv pour l«* drame munirai.
je voudrais bien voir retenir : c'est celui qui soumet Tadmissioii d'un opéra, à la décision d'un jury composé de musiciens et de poftrs. Que ces derniers puissent barrer impitoyablement h* chemin à toute œuvre, qui, sous le rapport de la forme dramatique, n'est pas complètement satisfaisante ; qu'ils obligent nos compositeurs à sortir de l'ornière de l'opéra, pour s'abandonner au rourant même de la vie: ils leur auront rendu le plus grand stTvice qu'on puisse rendre à un artistt». Beaucoup d'entre eux. qui ne se croyaient que «lu talent, seront émerveilles de se découvrir du génie!
Voilà, j'en ai la conviction profonde, des conseils excellents. C'est une raison pour qu'on n'**n tienne aurun compte. Je n'aurai pas, du r le droit de m'en plaindre, car c'est là exactement le sort qu'eut à Dresde, en 1848. le projet de Wagner.