‹ Richard Wagner d'apres lui-méme (volume 3)Chapitre 12 sur 30 · RICHARD ^V.\G^■ER · texte numérisé non relu

RICHARD ^V.\G^■ER

des deux Siegfried, lui semblait épuiser le conten dramatique du mythe des Nïbelungen et, en tou cas, atteignait pleinement le but auquel il visait de puis qu'il avait reconnu dans « le bel homme dégag de toutes conventions historiques et sociales », 1; seule base qui pût réunir musique et poésie. C« drame, il le voyait maintenant avec assez de nettet pour être en état de l'exécuter : la peinture minu tieuse qu'il vient de nous en donner, ne laisse aucu» doute à ce sujet. Mais le tableau non moins précis de ce que deviendrait un organisme aussi complex( et aussi délicat, entre les mains de chanteurs, tel: que ceux dont il pouvait disposer, n'explique qu<' trop ce qui le paralysait encore. Un moment, il aile même jusqu'à penser que la représentation de Siegfried, ne ferait qu'obscurcir la description qu'il ve^ nait d'en donner et que le mieux était de s'en tenii là. « Opéra et Drame sera mon testament, écrivaitil à Uhlig (1). . ., car tout ce que je pourrais faire de plus n'est qu'un luxe inutile. » Simple boutade, direz-vous, qui devait être aussi vite oubliée qu'énoncée. — J'en conviens. Siegfried qui existait dans le cerveau du maître voulait vivre, et le temps n'était pas éloigné où il faudrait que celui-ci lui donnât le jour, quoi qu'il en pût advenir. Toutefois, en attendant que l'ivresse de la conception se soit emparée de ses facultés, AVagner voulait faire un der-

[\) B. an Uhlig, p. 81

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ier effort pour effectuer soit à Zurich, soit à Weilar, la réforme théâtrale indispensable.

Du reste il fut poussé dans cette voie par les cir- )nstances mêmes. Ayant sollicité la direction de Dpéra de Zurich, en vue seulement d'enseigner la )nduite de l'orchestre à un jeune homme dont la mille l'assistait généreusement, il fut agréableent surpris de se trouver en présence d'un personîl excellent, plein de déférence pour lui, et de sectateurs que sa façon de dramatiser l'opéra semait intéresser vivement. C'est alors qu'il imagina 1 plan de longue haleine, pouvant le mener au it dans la ville même qu'il habitait. — 11 résolut, )ur commencer, de borner le répertoire du théàe de Zurich aux œuvres françaises de l'école de luck. Par là, il arriverait, espérait-il, à former les lanteurs au point de les rendre capables d'inter- 'éter ses premiers opéras, et à éveiller dans le puic un désir assez vif de les entendre pour qu'on i fournît le moyen de les monter dignement. Alors donnerait tour à tour le Vaisseau Fantôme, Tanneuser et Lohengrin, puis lancerait son fameux apil de fonds pour le grand festival dramatique, oij 3 deux Siegfried seraient représentés.

Voilà de beaux projets, de beaux rêves ! Malheuusement, la première partie n'en put même pas re exécutée. Il fut impossible de limiter les repréntations du théâtre de Zurich aux œuvres des dispies de Gluck. Les habitués des galeries deman- .nt à cor et à cri de grands opéras parisiens,

l'imprésario enjoignit à Wagner de monter Robert le Diable, les Huguenots, etc. Qu'on juge du dépil qu'il ressentit. Toutefois, il ne se tint pas poui battu. Comme les opéras de Meyerbeer exigent ur luxe scénique (1) qui n'est possible que sur lej grands théâtres, en les donnant sous une forme in digente, le directeur éloigna tout le public intelligent et riche et, finalement, l'entreprise fit de mauvaises affaires. Wagner partit de là pour faire pa raître une brochure dans laquelle il s'efforçait df démontrer qu'il fallait à Zurich un théâtre origina> où l'on n'accueillerait que des œuvres écrites en vu( des ressources dont la ville disposait, et dont le personnel, qui devrait interpréter à la fois la comédi( et l'opéra (2), se recruterait comme en Grèce, dan^ les rangs mêmes de la société.

Tout cela devenait bien chimérique, n'est-ce pas',

(^IjDans les opéras de Meyerbeer, l'action dramatique disparaî presque derrière tous les accessoires scéniques, chorégraphiqueet musicaux, qu'un petit théâtre ne peut pas reproduire convenable ment.

(2) Wagner demandait que ce personnel unique eût d'abord i interpréter seulement la comédie afin de se familiariser avec « 1; base de l'art dramatique en général ». Ensuite, on représenterai tout ce que l'opéra a produit de réellement sain, puis, finalcnieai on se limilerail au répertoire original qui ne tarderait j-as à si former, grâce k l'élan qu'un théâtre semblable ne pouvait manquei d'imprimer à la production locale. Wagner espérait même que l'in térêt excité par une semblable institution serait si vif que toute b bourgeoisie, aspirant à y coopérer, les comédiens de professioi pourraient être remplacés par des amateurs. Double avantage affirme notre réformateur, car l'art dramati(|ue gagnera à avoir deinterprèles doués d'une culture générale, et l'art, s'infiltrant en U vie même, lui donnera la beauté qui, aujourd'hui, n'existe que souj forme de notion abitraite. G. S. T. V, p. 27-64.

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