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agner lui-même dut s'avouer que pour qu'une le idée fît son chemin, il faudrait des années. Et mme, juste à ce moment-là, des articles de jourux parurent, qui lui donnèrent une opinion plus iTorable des représentations de Lohengrin à Weiir, comme il étaittoujours sans le sou, il se décida JemanderàLiszt si la Grande Duchesse, ainsi que spoirlui en avait été donné, ne consentirait pas à heter son Siegfried, et à le lui payer d'avance (1). A ai dire, en faisant une telle démarche, en se résiant par conséquent à confier au petit théâtre de eimar lesoin de divulguer au monde \egrand œuvre art de V avenir, il pensait faire une incroyable larsse et ne doutait pas qu'on n'acceptât avec emessement. Aussi, quand après avoir attendu plus m mois, il apprit que l'intendant grand-ducal ulait, avant de rien conclure, savoir ce qu'était Siegfried et quels éléments de succès il pouvait en contenir, le maître eut un accès de colère vioite et de découragement complet. Il relut ses derères parlitions qui ne lui inspirèrent que du goût, et il en vint à penser que le dessein de com- >ser Siegfried était tout à fait ridicule. Mais au ême moment, il reçut la belle étude de Liszt sur yhengrin et ce fut pour lui une joie indicible de se ntir si bien compris par son ami. Comme le •intemps arrivait, comme les germes qu'il portait i lui, ainsi que tout dans la nature, voulaient fleurir,
[1) B, Wagner Liszt. T. ï, p. 118.
ce court moment d'abattement fut suivi d'un véritable débordement d'enthousiasme enfiévré. « Je ne « saurais dire, écrivit-il à Liszt (1), l'impression que <( ton travail amical a produite sur moi. En le lisant (( j'ai fondu en larmes, et j'ai vu qu'il n'y avait pas « de bien supérieur à celui d'être artiste et de faire « des œuvres d'art. Les mots me manquent pour « exprimer ce que j'éprouve. Partout je n'aperçois « que le printemps le plus luxuriant, partout la vie « qui germine et s'épanouit. En même temps, je sens « une douleur si doucement enivrante, une ivresse si u doucement douloureuse... une joie si vive d'être « homme et d'avoir un cœur palpitant, ne fût-ce « même que pour souffrir. Au mois de Mai, j'écrirai a Siegfried, advienne que pourra ! Foin des garan- « ties d'existence ! Après tout je ne mourrai pas « de faim... Nous laisserons en paix la Grande-Du- « chesse; et le diable ne m'emportera pas... pourvu « que ma femme prenne les choses paisiblement. » Evidemment, Wagner ne s'appartenait plus, il appartenait à son œuvre, qui voulait être, et non pas dans les limites resserrées qu'imposeraient les, ressources exiguës d'un petit théâtre, mais pleinement, dans toute l'expansion de la vie qui était en elle. Aussi, quand le maître reçut finalement l'acceptation du théâtre de Weimar, ce fut pour lui, non pas un nouveau stimulant, mais au contraire, une circonstance déprimante. Au lieu de se mettre de
(1) B. Wagner Liszt, T. I, p. 122.
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lite à l'ouvrage, il passa près de deux mois à se abattre contre la pénurie des moyens qui lui aient offerts. Il conjura Liszt de faire à Weimar ! qu'il aurait voulu tenter à Zurich. Il lui recomanda de restreindre exclusivement son répertoire IX opéras de l'école de Gluck (1), puis de se proirer un bon maître de chant, et surtout un régisur, ayant assez le sens du théâtre pour contrainte les chanteurs à devenir acteurs. Enfin, comme s ressources pécuniaires dont on pouvait disposer Weimar, étaient insuffisantes et qu'il était que??- 3n, justement à ce moment-là, d'instituer, en lonneur de Goethe, un prix qui serait distribué ternativement aux plus dignes représentants de laque branche des arts et des lettres, il adressa à szt un véritable plaidoyer, dans lequel il s'éverait à prouver que le prix en question devait être serve au seul artiste qui ne possède même pas la atière nécessaire pour donner un corps à son ée (2). En un mot, cette gratification ne devait LS être accordée au littérateur qui peut toujours 3uver une feuille de papier, ni au sculpteur, qui lut aisément se procurer un bloc de marbre ou ut au moins un peu de terre à modeler, ni au lintre, à qui la toile ne manquera jamais; mais ulement au dramatiste dont les tendances sont
[1) En attendant, cela va s;ins (lire, qu'il existai pour le théâtre Weimar, un répertoire original composé des opéras de Liszt, Raff, et, naturellement de ceux de Wagner lui-même.
;2) Uber die Gœtliestiftung. G. S. T. V, p. 7-2i.
trop idéales pour que les théâtres existants puissent lui fournir la substance animée qui donnera la vie à son œuvre. Ainsi se passèrent les mois d'avri et de mai. Ce ne fut que le 3 juin que Wagner se mit finalement à l'œuvre. Mais alors quelle fièvre de travail, quel embrasement de tous les matériaui que, depuis tant d'années, il portait en lui! Au bout de trois semaines, il écrivait les derniers vers de la Jeunesse de Siegfried.
Enfin, la voilà donc achevée cette épopée de l'homme spontané et juvénilement beau , doni Wagner poursuivait depuis si longtemps la réali sation ! Le voilà terminé ce poème dont les vei conçus sur la base rythmique des mouvements d'ui corps robuste, mù sans cesse par le sentiment, onj pour complément nécessaire la mélodie vivante, Assurément, c'est là un fait marquant dans la vi| de Wagner. Pourtant il en est un autre, dont V'vai portance n'est certainement pas moins grande. Ces l'apparition du drame de Wotan que nous commen çons à voir se dessiner ici, comme la fabulatior symbolique de la grande thèse historique et sociale dont le maître avait découvert le fond psycholo gique, quand il préparait la Société de l'Avenir (1)
Certes, cette nouvelle tragédie qui est en somm< le produit de la pensée de Wagner, sera fort diffé rente de celle de Siegfried, fruit de ses aspiration:
(1) Nous ne possédons pas cette première version de Siegfried Mais on en trouve une description sommaire dans une lotir adressée à Liszt. B. Wagner Dszt. T. I, p. 147-149.
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irtiste. Autant celle-ci obéit au beau mouvement s forces naturelles et s'épanouit librement, autant Ile-là semble voulue et se traîne sous la plus some contrainte. Le jeune héros sent, chante, agit, [idis que le vieux dieu raconte, discute, hésite, i un mot, il faut avouer que si les aventures de egfried sont la mise en action des principes posés ns Opéra et Drame, la triste histoire de Wotan est, à beaucoup d'égards, la contre-partie. Cendant, quelque défavorable que soit le sujet de ce luveau drame, au point de vue purement artis- [ue, comme c'est en lui que se montre réellement qu'on peut appeler la philosophie de Wagner, il liait qu'il fût pour que se satisfît la suprême nbition du maître qui avait toujours été, non ulement d'atteindre au beau absolu, mais de ndre sensible ce qu'il regardait comme les conclu- 3ns de la science.
Et puis, de cette création nouvelle résulteront des nséquences imprévues d'où découlera l'économie éme de VAnueau du Nibelung. Concrétée en un rsonnage unique, la tragédie sociale que Wagner étendait figurer, deviendra en effet simplement le ame de Vhonime en général, sous sa forme la plus rge et la plus claire. Par là, la tragédie de Wotan, i lieu de n'être, comme Wagner l'avait voulu, que préambule des aventures de Siegfried et de son ire Siegmund, arrivera à en former la racine, la ise constante. Le poème philosophique et le poème 'tistique qui s'étaient construits séparément dans
l'esprit du maître, finiront ainsi par se pénétrer au point de devenir les deux faces d'un même sujet et de se compléter réciproquement. Tandis que le drame ;!es dieux, en se prolongeant dans la tragédie des héros, acquerra la puissance de conviction et la beauté, Wotan sera le flambeau lumineux dont les rayons projetés sur tous les incidents romanesques permettront d'en découvrir le véritable sens (1). C'est tellement vrai que Wagner lui-même, comme nous le verrons, sera obligé par là de reconnaître que la douloureuse épopée de Siegfried et de Brunhild, a une signification diamétralement opposée à celle que des circonstances particulières l'avaient induit d'abord à leur attribuer. — Vous voyez donc l'importance considérable que prendra Wotan. Comme dans la Jeunesse de Sleofried, Wagner avait déjà esquissé dans ses traits essentiels, la tragédie dont la complète réalisation va devenir désormais son grand travail intellectuel, il est nécessaire que, dès à présent, nous en donnions une idée au lecteur, et que nous lui fassions saisir le lien qui l'unira à l'épopée des héros.
Notons, premièrement, un trait qui marque d'une façon concrète la différence existant entre les deux principaux personnages du poème des Xibelungen : tandis que Siegfried est le type du jeune homme à tel point que l'ardeur de ses passions doit le faire
(1^ H. S. Chamberlain. Notes Chronologiques sur l'Anneau du Nibeiuny. — Revue Wagnérienne, au. III, n'^ XII, p. :^66.
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rir avant qu'il ait franchi les limites de l'adoles- [ice, Wotan, quand son drame s'ouvre^ est déjà ns l'âge mûr. Il est fatigué de tous les plaisirs e peut donner une activité désintéressée, il est ), même de l'amour. C'est pourquoi, cédant aux incitations de la convoitise égoïste, il aspire à venir le maître du monde. Pour cela, il entre- 3nd, non seulement de le réduire par la force, lis de substituer aux impulsions qui le font mouir, sa propre pensée, figée dans la loi. Voilà qui ; bien, mais pour qu'une si difficile entreprise t quelque chance de succès, il faudrait que le îu commençât par la faire aboutir en lui-même, faudrait que Vidée dont il veut faire le pivot du inde devînt sa propre loi, il faudrait enfin que ^oïsme qui est le mobile de son ambitieuse tenive et doit être l'âme de l'organisation qu'il veut blir, prît en lui-même la place de l'amour. Or ilà ce qui est au-dessus des forces de Wotan. Il est impossible d'étouffer les impulsions toujours ingeantes de son indomptable nature ; il lui est possible surtout de renoncer complètement à la jceur d'aimer. De là, le conflit qui ne cesse de le ihirer, et finalement le conduit à sa perte. D'abord, ne peut se résoudre à livrer aux géants Fréia, il leur a promise comme prix de la construction Walhalla. Pour la dégager il leur donne l'anneau r qu'il a volé à Albérich. Mais cela ne l'avance îre, car. si, avec Fréia il conserve l'amour (1),
[) Fréia, la Vénus gerniaiiique.
en payant les géants avec l'or, il consacre la puissance par laquelle toute tendresse sera maudite à jamais. Alors il décide de recouvrer Vanneau et de le rendre aux filles du Rhin pour qu'elles le dissolvent. Et comme la loi qui en garantit la possession aux géants, lui interdit de s'en emparer luimême, il a recours aux mo^'ens détournés. 11 donne naissance à Brunhild, « l'incarnation de ses souhaits » (Wunschmœdchen) et à Siegmund, l'homme de la nature. La première aura pour mission d'exciter le jeune héros contre la loi, au nom de l'amour, et celui-ci, grâce aux forces qu'il trouvera dans un tel stimulant, reprendra Vanneau et le restituera aux puissances élémentaires. Mais cet expédient ne peut réussir. Du moment que le dieu a assujetti le monde aux rigueurs de la loi, il est obligé de la faire respecter envers et contre tous. Ainsi il se voit contraint d'ordonner lui-même la mort de Siegmund et de plonger Brunhild dans un sommeil léthargique dont elle ne sera tirée que par un homme plus puissant que lui, le dieu ! Et plein d'amertume et de dégoût, il n'attend plus pour mourir que la venue de celui qui détruira son œuvre détestée.
Tel est le drame de Wotan, considéré en soi. Il nous reste maintenant à l'examiner dans ses rapports avec celui des héros. C'est là une tâche qui est naturellement facile pour l'épisode de Siegmund, conçu en même temps que la tragédie de Wotan, de façon à en former partie intégrante. La lutte entre