‹ Richard Wagner d'après lui-mêmeChapitre 23 sur 47 · ET L'ART · texte numérisé non relu

ET L'ART

Difficulté que présente la conception d'un opéra pour Paris. — Installation à Zurich. — Première société que fréquente le maître. — Madame Wilhelmine consent à venir le rejoindre. — Bonté de Liszt. — Enthousiasme. — La Société de l'Avenir et TArt. — Double nécessité artistique à laquelle répond la condensation philosophique de la thèse révolutionnaire. — Le luxe. — Egoïsme et communisme.

— La mode. — La prépotence de l'esprit et le sentimont instinctif. — L'Etat remplacé par l'Art. — Formule de la société de l'avenii*. — Origine de l'erreur de Wagner. — Les véritables résultats de cette étude.

— Le fond psychologique de V Anneau du Nibelung,

— La pierre de touche qui permettra au maître d'en dégager la forme.

Art et Révolution contenait la matière de six feuilletons, destinés au National. Quoique ce ne fût pas là « l'article solide sur le théâtre de l'avenir « que Wagner avait résolu de faire paraître, c'en était assez pour qu'il fût grand temps de penser sérieu-

sèment à Topera nouveau auquel les études littéraires ne devaient que préparer la voie. Malheureusement, cette partie essentielle du programme arrêté à Zurich était de beaucoup la plus difficile. Pour concevoir cet opéra, il fallait, écrivait le maître, qu'il devînt un autre, tout en restant lui-même (1). Et quoique ceci signifie simplement qu'il devait trouver un poème qui, tout en étant l'expression de ses propres convictions, pût convenir au goût français, pour un artiste comme lui, dont le développement s'était fait en vue de l'Allemagne : voilà une tâche singulièrement malaisée. D'autant plus que la difficulté, déjà si grande en soi d'une telle entreprise, était encore accrue par la perspective, au plus haut point rebutante pour Wagner, d'avoir à établir sa musique, non pas sur son propre poème, mais sur le masque parasite dont l'affublerait le rimeur quelconque, par lequel il serait obligé de le faire traduire en vers français. Ainsi s'en allait la possibilité d'atteindre à cette fusion des arts dont il poursuivait la réalisation, depuis tant d'années, et qu'il se sentait maintenant capable d'accomplir. Ainsi l'œuvre qui lui était imposée par les circonstances prenait à ses yeux un caractère d'opprobre qui, pour ne pas le paralyser, devait s'y refléter, afin que, du dégoût et de l'indignation même qu'il ressentait, pût naître l'inspiration Parmi les nombreuses esquisses qu'il avait en

(1) B. Wagner Liszt. T. I, p. 42.

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portefeuille, ii en était bien une qui atteignait au but. C'était Jésus de Nazareth^ poème du renoncement imposé par l'indignité de la société environnante et long plaidoyer en faveur de la révolution sociale (t). Mais comment espérer que ce drame, reconnu par lui-même irréalisable en Allemagne, pourrait être accepté par un théâtre de Paris I Force lui était donc de concevoir un sujet nouveau. Pour ranimer son imagination, toujours déprimée par la cohue d'une grande ville, il alla à Rueil, espérant sans doute y retrouver l'entrain avec lequel il avait naguère composé à Meudon le Vaisseau Fantôme. Cet espoir ayant été déçu et le souvenir du bonheur parfait qu'il avait goûté durant son passage à Zurich lui inspirant un désir fou d'aller se fixer dans la jolie ville suisse, il s'y rendit, non toutefois sans avoir demandé à Liszt pour faire le voyage, trois cents francs que l'excellent homme lui avait envoyés aussitôt.

Voilà donc Wagner à Zurich. Mais il avait laissé à Dresde sa femme, une jeune belle-sœur, puis toute

(1) L'esqui83e de Jésus de Nazareth a paru en 1887 chez Breilkopf et Hsertel. Leipzig. Elle se subdivise en trois parties : 1^ un bref récit de la pièce, (eu cinq actes) ; 2o quelques pages d'explication suivies des discours que Tauleur comptaU faire prononcer à Jésus, avec numéros indiquant les actes où ils prendraient place; 3* les passages des évangiles, épîtres, actes des apôtres qui devaient être cités. La seconde partie est la plus intéressante. Elle montre que Wagner voulait faire de Jésus purement et simplement l'apôtre du communisme et de l'anarchie régie par Tamour, en un mot de la société de l'avenir telle qu'il la comprenait luimême.

une ménagerie, parmi laquelle il faut citer le gros chien Peps, un véritable ami; en outre un petit perroquet auquel il avait appris à siffler des motifs de Beethoven et qu'il considérait comme « son génie familier ». Maintenant que Wagner était dans la ville de son choix il fallait faire venir toute cette colonie, car le maître était ainsi fait qu'il ne pouvait se passer delà compagnie des femmes et... des hôtes. -^ Ne riez pas de ce rapprochement. Quoique irrévérencieux, il est sérieusement motivé. Wagner dont le héros était alors Siegfried (1), l'homme purement instinctif, n'aimait pas seulement les femmes à cause de leurs grâces et de leur beauté, mais aussi parce que^ beaucoup plus que l'homme, elles sont restées près de la nature. Or il est certain que, sur ce point, les animaux l'emportent encore sur elles. — Wagner eût donc voulu avoir près de lui, femme, belle-sœur et ménagerie. Mais, pour le moment, inutile d'y songer, car Madame Wilhelmine était furieusement irritée contre son mari, à qui elle n'avait pas encore pardonné d'avoir sacrifié si légèrement un emploi qui leur donnait à tous deux de quoi vivre, et flattait son amour-propre. Bon gré mal gré, il fut donc obligé de se contenter de la société qui, dans les pays germaniques, se rassemble le soir dans les brasseries. Du moins choisit-il ses amis dans Tâge où l'homme conserve encore la

(1}ËQ alleadanl que ce soit le reine Thor (Parsifall.

spontanéité de la femme. A l'exception de M. Millier, son camarade d'enfance, le petit groupe dans lequel il s'introduisit était composé d'adolescents dans leur vingtième année. Et, chose digne de note, un seul était musicien : c'était M. Wilhelm Baumgartner, auteur de lieder, dont le maître parla plus tard avec éloge (1). Des quatre autres, deux étaient avocats, et deux employés dans l'administration cantonale. Wagner nous a fait savoir que le plus intelligent était « un radical à la vue longue ». Gela sufût pour caractériser le groupe.

On comprend qu'un tel milieu pouvait stimuler notre idéologue à poursuivre sa campagne littéraire de démolition, mais non pas à composer le fameux opéra parisien . La première chose qu'il fit, fut, en effet, de terminer Art et Révolution. A la fin de juillet, il en adressait une copie au National^ puiS; le 4 août, une autre à Liszt, destinée à l'éditeur de Leipzig, Wiegand, qui devait publier cet opuscule en allemand, sous forme de brochure Et, tandis qu'il achevait ce travail, l'idée de faire une grande étude sur le théâtre de l'avenir, non seulement devenait plus pressante, mais s'était élargie, car il avait reconnu que, avant de pouvoir décrire l'art de Tavenir, il fallait dégager d'abord avec netteté l'essence de la société qui le déterminerait. Sur la

(i) Dans un article de journal, reproduit dans une letiie. B. an Uhlig, p. 154.156.

première page du petit ouvrage qui allait paraître, il écrivit donc (1) :

I Art et Révolution^

II La Société de V Avenir et VArt (2),

III L'Œuvre d'Art de PAvenir,

indiquant par là, la trilogie littéraire dont il avait tracé le plan.

Pendant ce temps, les sentiments affectueux de M™' Wilhelmine, avaient triomphé de son courroux. Dans le courant de juillet, elle écrivit à son mari, qu'elle désirait le rejoindre, car elle était tout à lui dans la mauvaise comme dans la bonne fortune. Wagner, très touché, eût voulu, non seulement la faire venir de suite à Zurich, mais l'y recevoir dans des conditions où elle n'eût rien à regretter. Naturellement, il était sans argent, n'ayant rien fait pour en gagner; aussi le voilà implorant encore une fois l'assistance de Liszt. C'était bien indiscret, mais la lettre qu'il lui adressa est très touchante.

« Je cherche activement, disait-il à son ami (3), de « roccupation et des ressources afin de n'avoir plus à « t'importuner désormais... Mais, maintenant, au nom «< de tout ce qui t*est le plus cher, tâche de rassem- « hier de Targent, le plus d'argent qu'il te sera pos-

(1) B. Wagner Entwûrfe. Gedanken. Fragments. Leipzrg Breilkopf und Hserlel, p. 49.

(2) KuQsllerIhum der zukuaft. Il n'y a pas de mots français correspondant à kunstlerthum. Je traduis d'après le contenu de Touyrage Ici qu'il nous est révélé dans les Esquisses et dans la première partie de V Œuvre d'Art de l'Avenir,

(3) B, Wagner Liszt, T. 1, p. 31-35.

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« sible, et envoie-le, non pas à moi, mais à ma « femme... Vois-tu, je ne tiens à aucun foyer, moi, « mais je tiens à cette pauvre femme, bonne et fidèle, « à qui je n'ai encore presque rien donné, que des '< peines... et qui pourtant se sent à tout jamais liée à « moi, vilain diable mal appris. Donne-la-moi ; et tu « m'auras tout donné. »

Puis viennent les belles promesses, qui semblent §i faciles à tenir, alors que l'esprit enfiévré par un seul désir ne voit d'autres difficultés que celles qu'il faut vaincre pour le satisfaire.

« Tu verras alors comme le travail ira de soi ! Mes « plans pour Paris, mes articles brochures ! Deux «< scénarios seront prêts le mois prochain... Quant à ce « que tu pourrais vouloir de moi, et que je ne. puis pas <« faire, je te convaincrai; je te le promets. En atten- « dant, donne-moi ma pauvre femme. Fais que, bien « vite, elle puisse venir me trouver, gaie et confiante « dans l'avenir. Oui c'est ainsi que je suis, je puis « mendier... Je pourrais môme voler pour donner un « peu de joie à la malheureuse, ne fût-ce que pour de « courts instants !! Ah, toi, cher et bon Liszt, vois ce « que tu peux faire, et aide-moi. Aide-moi, cher Liszt. « Adieu et aide- moi ! »

Pour n'être pas touché par ces lignes ardentes, il eût fallu avoir le cœur froid, et Liszt était la bonté même. A ce moment-là, il n'avait pas d'argent disponible, mais il sut en trouver; et peu de jours après, il annonçait à Wagner qu'il avait envoyé à sa femme cent thalers (375 fr.) offerts par un admi-

rateur de Tannhœuser qui voulait rester incouDu (1). Voilà Wagner ravi! Déjà les quelques semaines passées à Zurich, avaient confirmé la bonne impression que cette ville lui avait causée dès l'abord. Au charme de son lac, à la splendide promenade de rutliberg, à l'air pur des Alpes, au sentiment de liberté qu'il éprouvait dans la vieille cité républicaine, s*était ajouté le plaisir toujours vif pour un artiste, de découvrir qu'il y jouissait déjà d'une certaine célébrité. La certitude que sa femme viendrait le rejoindre, quMl allait ainsi définitivement s'installer dans cette ville de son choix^ et que tous les biens qu'il y avait trouvés ne lui échapperaient pas, doubla sa joie. Ce fut alors que, pour la première fois, depuis sa fuite de Dresde, il écrivit à Théodore Uhlig (2), l'ami le plus intime qu'il y eût laissé ; et voyez en quels termes !

« Je vis à la façon communiste, lui disait-il (3) le « 9 août 1849, grâce à l'argent que Liszt m'a prêté. Je « n'en suis pas moins joyeux, je puis même dire heu- « reux, car ce qu'il y a de meilleur en moi est satis- « fait... Gomme vous savez, j'avais prévu depuis long- « temps, la catastrophe de Dresde, mais je n'avais nul M pressentiment du coup de vent qui m'a emporté. Eh

(1) Gertainemont la Grande Duchesse de Weimar, qui ne pouvait pas protéger ouvertement un réfugié politique.

(2) Musicien et écrivain, Théodore Uhlig faisait partie de l'orchestre de rOpéra de Dresde, et était rédacteur de la ifeue Zeit ■ schrift fur Mitsik où il travailla à la diffusion des idées de Wagner.

(3) B. an Uhlig, p. 3,6.

« bien, soyez-en sûr, nulle amnistie, ni restitution « d*emploi, ni quoi que ce soit au monde, ne pourrait « me décider à redevenir n'importe où, ce que j'ai été « à Dresde pour mes plus grandes soufifrances... Qu'est- « ce que Je souci de ce que le bourgeois appelle son « avenir en comparaison de la conscience de n'être « plus tyrannisé dans sa plus noble activité I £1 com- « bien peu d'bommes savent se préférer eux-mêmes à « leur estomac. Pour moi, le choix est fait, et je suis « délivré du tourment qu'il entraîne : aussi je me sens « libre dans le plus profond de mon être et je puis « mépriser les coups qui viennent du dehors. »

Ces lignes sont curieuses, car elles nous montrent combien Wagner était alors possédé par Tutopie socialiste, et comme il était résolu à dédaigner toute suggestion extérieure, pouvant s'opposer à sa libre manifestation. Si j'ajoute à cela qu'il s'était plongé de plus en plus dans l'étude des doctrines de Feuerbacb, on pourra se représenter d'avance les traits distinctifs de cette Société de VAvenir, qui n'a pas vu le jour, mais dont la substance a passé dans VŒuvre d'Art de l'Avenir. Cet écrit devait se distinguer des précédents par l'abandon de toute retenue dans l'énoncé de ses convictions révolutionnaires et par Teffort tenté pour leur donner un tour plus philosophique. Ce double caractère, disons-le de suite, répond strictement à l'objet même des recherches du maître, qui était toujours d'établir les bases de son grand œuvre. En vérité, c'est là chose essentielle, car je vous le demande, quel intérêt présenteraient les élucubrations socialistes de Wag-

ner, si elles ne nous faisaient vraiment assister à la formation de V Anneau du Niôelung ! Et comme la philosophie passe généralement pour être aux antipodes de l'art, il faut que je commence par montrer la nécessité qui s'imposait au maître de réduire ses doctrines révolutionnaires à leur essence philosophique, afin de pouvoir arrêter la forme et compléter le fond du grand drame.

D'abord lebutcow5c/en^, voulu, de ses recherches, c'était de dégager absolument la forme de Siegfried^ de celles qui lui étaient suggérées par rhabitude(i). Et en vérité, c'était la chose des plus ardue. Ce qui fournit à Tartiste le moule dans lequel il doit jeter sa pensée, c'est, comme je l'ai déjà dit, le public qui Tenvironne, ou, plus exactement, le sentiment qu'il a du mode d'expression à employer pour s'en faire comprendre. Mais le public auquel Wagner devait s'adresser pour créer celte œuvre révolutionnaire n'existait pas, c'était le public de l'avenir, c'était un public imaginaire. Et quelque effort qu'il eût fait pour en éveiller l'image en son cerveau et lui donner toute la vivacité possible, une simple image cérébrale ne pouvait avoir sur ses facultés créatrices,

(1) 11 est indispensable, disait-il k Uhlig au moment d'entreprendre VOEuvre d'Art de l'Avenir, que je fasse et publie ce travail ayant d'en revenir h la production artistique. Je dois, et ceux qui s'intéressent à mes efforts doivent avec moi^ en venir à une explication précise. Autrement nous pataugerions tous dans un demi-jour nauséabond, qui est pire que la nuit absolument bornée, où, n'y voyant pas, on s'accroche k la vieille rampe accoutumée. B. an Uhlig y p. 10.

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cette puissance impérative que possède la réalité, perçue avec les sens. Il fallait donc que le maître procédât d'une façon artificielle. Il fallait qu'il soumit les formes d'art qui s'offraient à lui, à ce véritable triage, qu'il leur a fait réellement subir, comme nous le verrons plus tard, dans VŒuvre d'Art de V Avenir. Mais pour effectuer cette sélection, il était indispensable qu'il eût en main une pierre de touche^ grâce à laquelle il pût distinguer aisément et rapidement, ce qui devait être retenu ou écarté. Orque pouvait être cette pierre de touche^ sinon la notion précise du mobile essentiel qui commande tout aujourd'hui, et, d'autre part, de celui sur lequel tout devra reposer dans la société de Tavenir ?

On a compris maintenant, je l'espère, comment pour reconnaître clairement la forme de son grand drame, Wagner avait besoin de réduire la thèse socialiste à son expression abstraite. Mais à côté du but conscient de ses recherches, il en était un autre qui, pour être encore inconscient^ ne s'imposait pas moins impérieusement: c'était la nécessité confusément ressentie d'achever la construction du fond môme de son drame. Vous vous souvenez, n'est-ce pas, que ce poème, tel que Wagner l'avait esquissé en d848, comportait deux parties, dont la première encore à peine ébauchée, devait figurer la tragédie de l'humanité. Or, pour réaliser un aussi vaste dessein, il fallait inévitablement se comporter en philosophe. Premièrement, parce que, pour faire une œuvre d'art, d'un drame qui a pour acteurs des

milliers d'individus^ et s'est manifesté pendant des siècles par une infinité de cas particuliers, il n'y a qu'un procédé : c'est de saisir les motifs essentiels, pour en faire ensuite la base d'une action symbolique. En second lieu, parce que, pour réduire un drame quelconque à la forme musicale, il n'y a pas encore d'autre façon de s'y prendre (1). C'est là un fait que^ malheureusement, Wagner seul paraît

avoir bien compris : l'unique moyen de modeler un sujet dramatique, en vue de l'expression musicale, c'est d'extraire et d'accuser fortement le fond éternel et immuable qui, se cachant sous l'apparence changeante des phénomènes, constitue en même temps que leur essence philosophique, tout ce que la musique en peut représenter, et ce que, seule, elle peut représenter.

Ceci dit, pour que le lecteur ne perde pas de vue la direction dans laquelle nous marchons, par des voies en apparence si détournées, tâchons de suivre Wagner dans l'élaboration de \ai Société de r Avenir.

Pour commencer en philosophe : u La nature, dit-il avec Feuerbach, n'est qu'un vaste enchaînement, qui contient en soi-même sa cause et sa

(1) De ceci, Wagner avait déjà la conscience très claire, quand il écrivit, en 1841, an article sur VOuverture, où il dit : « Une conf ception purement musicale peut très bien embrasser les idées « fondamentales d'un drame, mais non pas le sort de chacun des « personnages. Dans un certain sens, le musicien procède comme a le philosophe qui ne saisit que Tidèe même ». G. S. T. I. p. 255.

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fin (1). Elle engendre spontanément, sans dessein, uniquement poussée par le besoin qui Taiguillonne. Ce besoin, reconnaissable par la véritable contrainte qu'il exerce sur l'individu : voilà donc, le fond de la vie. » Et c'est de cette dernière proposition que Wagner part pour commencer contre la société moderne, une série d'attaques, qui aboutiront à en déterminer le principe, aussi bien que celui de la société de l'avenir.

« Là, où il n'y a pas de besoin véritable, s'écrie-t- « il (2), aucune activité n'est nécessaire. Or, là où « aucune activité n'est nécessaire, règne l'arbitraire; « et là où règne l'arbitraire, fleurissent tous les vices, « toutes les infractions à la nature; car le besoin faux, « le besoin imaginaire, naît alors, qui ne peut se satis- « faire qu'aux dépens du besoin nécessaire.

« La satisfaction du besoin imaginaire, c'est le luxe « qui est égoïste, inhumain, sans cœur, tout comme le « besoin auquel il s'efforce de répondre, mais en vain ; « car ce besoin étant imaginaire n'a pas de contre- (( partie dans la nature en laquelle il puisse se résoudre. « La faim a sa contre-partie, qui est la satiété, mais il « en est autrement du besoin imaginaire, du besoin du « luxe, qui, déjà, est un luxe lui-même. En lui, le « besoin ne peut jamais se résoudre dans la suffisance. « 11 martyrise, consume, brûle et torture, toujours a insatiable. En vain, il fait languir l'esprit, le coeur, « les sens, et bannit de la vie paix, joie, bonheur. Pour « un moment d'apaisement qu'il ne peut jamais trou- « ver, il dévore l'activité et les forces vives de milliers

(2) Ibid. p. 60-61.

<c de misérables. 11 vit delà faim inassouvie de milliers « de nécessiteux, sans pouvoir, un seul instant, assouvir « Sa propre faim. 11 retient tout un monde dans les « chaînes de fer du despotisme, sans pouvoir rompre, « un seul instant, les chaînes dorées du tyran qu'il est « est en vérité pour lui-même.

« Et ce démon, ce besoin qui n'est pas un besoin, ce « besoin du besoin — en un mot ce besoin du luxe, qui « est déjà un luxe lui-même, il régit le monde ! 11 est « Tâme de notre industrie, qui tue les hommes pour « en faire des machines, Tâme de notre Etat, qui dif- « famé Fhomme pour pouvoir ensuite l'agréer gra- « cieiisement à titre de sujet (1) ; il est Tâme de notre « philosophie qui jette l'homme en pâture à un Dieu

immatériel, ce dernier rayonnement de tout luxe « intellectuel; il est Tâme, hélas ! et la cause détermi- « nante de notre art. »

C'est là, direz-vous, bien plutôt la harangue d'un tribun que le langage d'un philosophe. Je conviens que le mot luxe^ que Wagner retient, parce que, pour lui artiste, il fait image, n'a pas la dignité voulue. Il n'en est pas moins vrai que, par le sens étendu qu'il lui a donné, Wagner est arrivé à s'élever au-dessus des faits particuliers et à embrasser toute une vaste généralité. Ce n'est donc plus assez de s'en prendre, comme il l'avait fait l'année précédente, à une simple institution, il lui faut remonter maintenant jusqu'à la cause première dont celle-

(1) Ceci n'est pas très clair. Wagner veut dire que l'Etat mécoanaît la bonté originelle de l'homme afin de pouvoir lui ravir sa liberté, tout en se donnant l'air de lui rendre service. Voir G. S, T. IV, p. 82.

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ci n'est qu'une conséquence. En effet ce n'est pas seulement à la propriété que Wagner s'attaque ici, c'est à ïégoîsme^ dans lequel il reconnaît l'origine de la stérilité dont la société est frappée, et de l'éternelle tragédie dont elle nous donne le spectacle. L'égoïsme isole l'individu de tout ce qui, dans la nature, pourrait déterminer l'explosion de ce besoin contraignant, qui est la force créatrice. L'égoïsme enfin est une erreur fatale (1) car, pour pouvoir se satisfaire, il faudrait qu'il détruisît l'amowr, et comme c'est impossible, il n'a pu que donner lieu à un éternel conOit, qui conduit l'humanité à se déchirer perpétuellement elle-même. Voilà pourquoi, plus que jamais, Wagner réclame rétablissement du communisme. 11 y voit maintenant la forme sociale qui répond à l'antithèse de l'égoïsme, à l'amour. Et l'amour est, à ses yeux, la grande, Tunique force constructive qui, après avoii* uni les cellules microscopiques dont le corps humain est formé (2), réunit l'homme à la feaime, crée la famille, puis la société, et peut seul en maintenir la parfaite harmonie.

En vérité, Wagner était, à cette époque tellement convaincu que le communisme est purement l'application à la société d'une loi de la nature, qu'il va jusqu'à comparer la révolution sociale à la révolu-

{\)B. Wagner Liszt. T. I, p. 236.

(2) Pour WagDor la force d'attraction n'est qu'une forme élémentaire de l'amour. Voir G, S. T. IIl, p. 84.

tioD cosmique qui, jadis, précéda rapparition de la vie sur terre (1). L'état actuel de la société lui semble présenter, avec la période chaotique, cette ressemblance que les forces de l'humanité s'y trouvent groupées en masses isolées, comme l'étaient alors celles de l'univers; et, dans un cas comme dans l'autre, le résultat lui paraît être un mouvement brillant et bruyant, mais complètement stérile. Enfin, et c'est là ce qui est essentiel dans la comparaison, la révolution sociale attendue par Wagner, lui semblait devoir être, tout comme la révolution cosmique, qui s'est accomplie naguère, Tœuvre d'une force absolument inconsciente. Il ne craint même pas d'affirmer que, pour pouvoir y participer, l'homme cultivé doit commencer par « renier son intelligence (2) ». Voilà une allégation bien faite pour confondre. Elle est pourtant formelle, et le second chef d'accusation de Wagner contre la société moderne, c'est précisément d'avoir attribué à Tesprit humain un rôle dirigeant qui, suivant lui, doit être réservé à l'instinct. De là, de nouvelles diatribes qui, aboutissant à proclamer la nécessité de l'anarchie, font, en vérité, de Wagner, un précurseur du prince Kropotkine.

H s'en prend, d'abord, violemment et lourdement

{2j Enttoiirfe, p. 15 et G. S. T. m, p. 65.

à la mode (I), quoique^ de toutes les formes prises par la pensée pour commander à la nature, ce soit là celle qui semble le moins se prêter à un examen sérieux. Mais la mode est la rivale de Tart. Cherchant à introduire dans la vie un élément de beauté, elle prend sa place ; de pluH, elle le rend impossible, car elle s'oppose aux manifestations de la nature qui seule pourrait l'inspirer. En voilà assez pour qu'elle soit condamnée. Mais comment détruire la mode ? Il n'y a qu'un moyen : détruire les racines qu'elle a dans la vie. — C'est ici que la chose prend des proportions formidables. La mode, avons-nous dit, est une des faces de la tyrannie exercée par l'esprit humain sur la nature. Or il en est une autre beaucoup plus grave, qui est la cause de la première : c'est l'Etat, véritable abstraction de la pensée qui, devenue puissance matérielle, a supplanté le principe de l'individualité. « L'Etat, dît « Wagner (2), est une puissance roidement dogma-

(1) « La mode, dit Wagner, est Tappàt artificiel qui éveille ud « besoin factice là où il n'en est pas de naturel. Or, ce qui n'est (( pas déterminé par un besoin véritable est arbitraire, absolu, ty- « rannique. Aussi, la mode est-elle le tyran le plus insensé, le a plus monstrueux qu'ait fait surgir la perversion humaine.. . Son « essence est l'uniformité la plus absolue^ tout comme son dieu est i< on dieu impuissant... La mode n'est donc pas créatrice comme « l'art ; elle n'est qu'un dérivé factice de son antithèse, la nature. « Car, au fond^ c'est à la nature seule qu'elle s'alimente, tout comme c le luxe des classes riches est le résultat du besoin des classes « pauvres... Tous ses produits quelque embrouillés et tortillés « qu'ils soient ont toujours leur prototype dans la nature. »

2) G. S. T. IV, p. 83.

« tique et impérieusement despotique, qui détermine « d'avance l'individu. Dès le berceau, il s'empare de « lui, fixe la place qu'il devra occuper dans la sort ciété et le degré d'indépendance dont il pourra « jouir. Il lui impose sa morale, et, par là, le prive « de toute spontanéité de jugement. » Bref, de l'homme, l'Etat a fait un bourgeois, c'est-à-dire « un être qui n'a d'autre personnalité que celle que l'Etat lui prête » (i). Ainsi incarné dans l'Etat, l'esprit humain se substitue donc réellement à la source vive d'où découle toute activité naturelle, et comme il a la prétention de soumettre la vie à une règle immuable, il tend à la pétrifier, à en faire, comme dit Wagner, un monument. On ne saurait pourtant aller jusque; là, c'est pourquoi cet esprit omnipotent a dû se charger de lui imprimer un mouvement artificiel et automatique. De là, la mode. Elle est, on le voit, uniquement la conséquence du régime de l'Etat, et, pour la faire disparaître, il faut détruire l'Etat.

Wagner n'hésite pas (2). Et comment hésiterait-il, lui qui croyait alors à la toute-puigsance et à la toute-bonté de la nature ? Il avait une foule de raisons pour ne voir dans l'Etat qu'une inutilité nuisible. D'abord, comme l'esprit humain ne peut supprimer la nature, il devait nécessairement échouer dans sa prétention de l'assujettir à des règles fixes.

(1) G. S. T. IV, p. 85.

(2) Jbid., p. 83.

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li n'est arrivé, en effet, qu'à donner naissance à un conflit qui, sous une autre forme, renouvelle celui de l'amour et de Tégoïsme. Enfin c'est en pure perle qu'une semblable expérience a été tentée, car la nature, ayant en soi tout ce qu'il faut pour atteindre à ses fins, il eût suffi de la laisser faire pour que, se corrigeant elle-même à mesure que le besoin s'en fait sentir, elle arrivât par sa propre évolution, à constituer une société harmonieuse. L'Etat doit donc disparaître. Mais il sera remplacé, il sera remplacé, affirme Wagner, par Vart (1). Vous croyez à une plaisanterie ? Pas du tout, je cite textuellement. Et Wagner s'est même donné la peine de justifier très sérieusement cette assertion extraordinaire. « Si l'Etat est mauvais^ dit-il en substance, c'est parce qu'il prétend imposer le résultat de l'expérience et que, par là, il détruit l'individualité humaine. Mais si le fruit de l'expérience des hommes qui nous ont précédés ne doit pas nous être imposé, il est bon qu'il nous soit transmis. Or, c'est ce que l'art seul peut faire, car pour qu'une telle transmission soit réelle, il ne suffit pas qu'elle s'adresse à no tre intelligence, il faut que, par les sens, elle pénètre directement jusqu'au plus intime de notre être, jusqu'au sentiment. Et c'est là le privilège exclusif de l'art, du grand art qui dispose de tous les moyens par lesquels une idée peut être réalisée devant les sens. »

(1) Entwiirfe, p. 16-19, G. S. T. IV, p. 90-96.

TT

Art, communisme, anarchie : voilà donc la formule de la société de l'avenir. Et ce sont là, pour Wagner, trois termes qui se commandent réciproquement, dérivant tous, du principe amour; de même que tout le système actuel s'appuie sur le principe égoïsme. Le règne de l'Etat ou, ce qui revient au môme, le règne de Vesprit, s'érigeant en cause première, n'est en effet qu'une forme de Tégoîsme : l'égoïsme d'une faculté de l'homme ou, si l'on veut, de la classe sociale chez laquelle cette faculté a obtenu une prédominance absolue. Et si le communisme est l'ordre social commandé par l'amour, l'art est le fruit de l'esprit humain, réconcilié par l'amour avec la réalité sensible (1), tandis que Vanarchiè est le règne même de l'amour (2). Ainsi quelque absurde que soit l'utopie de Wagner, elle repose sur une seule erreur : c'est d'avoir cru que Tamour avait une puissance assez grande , assez universelle, pour pourvoir à tous les besoins sociaux. Et cette erreur, disons-le tout de suite, avait sa racine dans la confusion qui existait alors dans Tesprit du maître entre les acceptions très différentes que comporte le mot amour, « L'Amour « rédempteur, écrivait-il à cette époque (3), ce a n'est pas Tamour abstrait qu'enseigne le Ghrisu tianisme, c'est la plus forte manifestation de la

(2) Jbid. p. 83-84, Jésus de Nazareth, p. 27-40.

« nature humaiDe non défigurée, qui, ayant sa « source dans la joie de l'existence sensuelle, part « de l'attrait qui réunit les sexes, pour s'étendre « aux enfants, aux frères, aux amis et finalement à 11 l'humanité entière. » Autrement dit, ce que Wagner prend pour type de l'amour, c'est la passion qui attire Tun vers l'autre l'homme et la femme, et lespousse ensuite à s'identifier avec leurs enfants. Il fallait hien en effet envisager cet amour-là, pour pouvoir lui attribuer sur tous les hommes un empire tellement fort qu'il devînt le mobile principal de leurs actes. Seulement ce sentiment violent loin d'être, comme Wagner l'imaginait alors, l'antithèse de l'égoïsme , n*en est, sous bien des rapports , qu'une des plus profondes racines. Aussi, bien loin de pouvoir servir de base à une société communiste, il est en vérité la cause déterminante de l'organisation actuelle. Quiconque aime une femme prétend s'en réserver la possession exclusive, quiconque est attaché à ses enfants veut leur laisser ce qu'il possède. De là, le mariage et la propriété ; de là, aussi, la nécessité de la loi et des gendarmes. L'amour véritable, dans le sens moral du mot, l'amour absolument pur de tout égoïsme, c'est la compassion de Schopenhauer, c'est la charité chrétienne. Seulement, ce sentiment, loin d'avoir « sa source dans la joie de l'existence sensuelle », part au contraire de la conviction que le fond de cette existence n'est que souffrance. Et, au lieu d'être une affirmation de la vie, et de pouvoir engendrer une

utopie, il est la négation de la vie, et tend vers un paradis qui, quels que soient les prestiges dont on le pare, ne saurait consister que dans le retour à Vunité, par la destruction de toutes les barrières qui ont constitué des individualités, régies par Tégoïsme. Voilà ce que Wagner reconnaîtra lui-même plus tard. Alors il comprendra que Siegfried n'est aucunement le Rédempteur et que, dans son ensemble, V Anneau du Nibelung n'est que la tragédie de la vie, ou, pour me servir d'une expression dantesque, Tirnage de V Enfer. Alors, aux rêves utopiques, succéderont les rêves métaphysiques qui, ne pouvant être définis par les mots, ni représentés par les formes visibles, constituent le domaine si entièrement méconnu, au moment où nous sommes, de la musique absolue. Alors, pour exécuter son plan, qui était bien d'écrire une Divine Comédie de ce temps-ci et de porter, en même temps, tous les arts jusqu'aux dernières limites de leur puissance, il s'apercevra qu'il lui restait à faire le Purgatoire et le Paradis ; et il concevra Tristan et Parsifal. — Mais ceci ne pouvait et ne devait venir que plus tard. Avant de songer au couronnement de Tédiâce, il fallait en asseoir solidement la base. Avant d'en arriver à la Chanté^ cette suprême épuration de Tamour, il fallait avoir connu l'amour dans toute son acre et virile puissance. Avant de songer à la rédemption métaphysique, il fallait avoir épuisé toutes les voies d'une délivrance terrestre , et s'être convaincu que, fatalement^ la tragédie était au bout.

PREMIÈRES ASSISES DU GRAND ŒUVRE d'aRT 71

Enfin, avant de laisser la musique prendre son envolée dans les sphères, où, seule, elle peut planer, il fallait que, en assurant son union intime avec la parole et le geste, il eût établi le terrain stable d'où elle doit toujours partir pour pouvoir s'élever sans cesser d'être intelligible. En un mot, il fallait qu'il eût arrêté la forme de Siegfried et achevé le poème de V Anneau du Nibelung, Or à ce double objet, suffisamment vaste pour l'tibsorber complètement, répond Tutopie socialiste. Nous avons déjà commencé à le montrer, en analysant l'esquisse des Nibelungende 1848, puis Art et Révolution. Maintenant, efforçons-nous de discerner clairement le progrès notaDle opéré dans cette double poursuite, grâce à la condensation philosophique que vient de ^ubir cette utopie.

Voyez, premièrement, quel pas considérable, dans la formation du grand drame qui, symbolisant la tragédie de l'humanité, devait précéder l'épopée de Siegfried. Dans l'esquisse de 1848, nous avions deux faits matériels : Tàpparition du despotisme et Tavènement de la propriété qui, pour le drame, ne pouvaient donner lieu qu'à de simples récits. Maintenant, sous ces faits, nous voyons surgir le double conflit de Tamour et de l'égoïsme, puis de la loi immuable et de la vie; ou, pour aller au fond des choses, la lutte de l'égoïsme sous sa forme active qui est Venvie (Neid), et sous sa forme passive, qui «îst l'inertie, la coutume, la loi — contre l'impulsion première de la nature qui est, avant tout, l'amour

mais devient, dès qu'elle rencontre des obstacles, la force héroïque. Or, voilà bien la racine, à la fois psychologique et musicale, d'un véritable drame. Car si la loi, à quelque point de vue qu'on envisage son principe, ne peut jamais devenir un sujet bien musical (i), au contraire, Venvie, l'amour, la force héroïque (2), ont dans la musique leur expression ' la plus directe. Et assurément, dans le combat de ces forces vives de l'humanité, il y a, si Ton peut dire, la substance d'un drame latent, qui est susceptible des incarnations les plus diverses. Enfin, on peut ajouter que, sous la forme philosophique qu'elle vient de prendre^ la thèse socialiste de Wagner, comporte déjà la motivation et la conclusion de ce drame. Celui-ci trouvera, en effet, nécessairement, son point de départ dans l'idée que, pour avoir les jouissances de Tégoïsme, il faudrait renoncer à l'amour; et renseignement devant en ressortir sera que, ce renoncement étant impossible, il faut demander toute joie à l'amour seul.

Vous voyez le progrès accompli dans la formation du grand drame. Mais c'était là, je le répète, un progrès inconscient et qui ne produira ses fruits que lorsque Wagner, s'étant remis en présence de son étoffe poétique, la verra sous l'action involontaire de ses idées, désormais fixées, se dilater d'ellemême. Pour le moment son but préconçu était,

(1) Qu'on pense au thème dit de la lance de Wotan.

(2) Thôme dit de Vanneau^ Ibème héroïque de Siegfried etc.

comme je Tai dit, de dégager l'essence fondamen-

taie de la société de l'avenir, aussi bien que de celle du présent, afin de se procurer ainsi la pierre de touche^ qui devait lui permettre de reconnaître ce qui, dans les formes artistiques du présent, était à prendre ou à laisser. Sous ce rapport l'objet est complètement atteint. Tout ce qui répond à Végoîsme devra être rejeté, et tout ce qui obéit à une tendance communiste devra être retenu et développé. Nous en jugerons, du reste, en analysant VŒuvre d'Art de P Avenir.

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