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mier andante, c le reste étant trop ou trop peu pour une ouverture, trop si Ton comprend et trop peu si l'on ne comprend pas. » Quant au Vaisseau Fantôme il jugea que dans l'ensemble c le coloris était saisissant et d'un grand caractère », mais la déclamation lui parut timide et les formes de l'opéra encore bien prédominantes, c Maintenant que j'ai « en main mes vers rythmiques, écrivit-il, je crois « que je pourrai me comporter d'une façon toute « autre avec l'harmonie. Je ne dis pas que je « serai d'une simplicité patriarcale, mais les mou- « vements de mon harmonie seront plus amples et « mieux caractérisés (1). » Du reste, il obtint de Touverture de Tannhœuser une exécution hors ligne et s'il n'arriva pas à transformer les interprètes du Vaisseau Fantôme en véritables acteurs, du moins les représentations de Zurich furent, dit-il, de beaucoup supérieures à celles de Dresde. Le succès fut très grand. Bien que les abonnements eussent été suspendus et les prix augmentés, le théâtre fut comble pendant quatre soirées consécutives, et si l'on s'en tint là, c'est que la saison était terminée. Plus grand encore paraît avoir été l'enthousiasme soulevé par Fouverture de Tannhœuser, Les femmes surtout « furent mises hors d'elles » et durant l'audition de cette musique brûlante, plus d'une, dit Wagner, c pleurait et sanglotait (2) i.
(1) B nn Uhlig, p. nS-lia.
(2) Ibid., p. 173, 184-185, 297-298. B. Wagner Liszt T. I, p 178.
Voir de jolies femmes mises par lui dans un tel émoi, s'enivrer d'un tel spectacle et en même temps vibrer de sa propre musique, c'en était assez, sembleraitil, pour faire jaillir l'inspiration. Ëh bien, non ; au lieu de se mettre à l'œuvre, le voilà qui se lamente de n'avoir pas assez d'argent pour aller faire un voyage en Italie, t Si je vivais à Naples, en Andalousie ou aux Antilles, écrit-il, je ferais bien plus de musique et de poésie que sous notre ciel brumeux, qui dispose toujours à l'abstraction (i). t Cependant le mois de mai arriva, et, avec lui, la belle saison, pendant laquelle il vaut mieux assurément être en Suisse que sous les tropiques, ou môme sur les bords de la Méditerranée. Par une radieuse matinée, Wagner étant allé se promener avec son élève G. R., les deux amis atteignirent le haut d'une colline d*où l'on jouissait d'un superbe panorama. Et comme, justement, une maison s'y trouvait qui était à louer, ils l'arrêtèrent immédiatement. Ce fut là; dans la paix d'une campagne délicieuse, que Wagner se mit à l'œuvre. Il établit d'abord le plan général de la tétralogie tel qu'il l'avait fixé pendant l'hiver. Puis le 29 mai, il passa à l'esquisse détaillée de la Walkyrie, ce qui lui prit peu de temps car le i"' juin il commençait à écrire le poème qui fut achevé le 1'' juillet (2).
La Walkyrie est le jiivot de V Anneau du Nibelung :
(1) B. Wagner Liszt. T. I, p. 168.
(2) Ibid., p. 178. B. an Uhlig, p. 192, 193.
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c'est là que s'efTectue la soudure des deux drames disparates dont la réunion a donné naissance à cette œuvre extraordinaire. Il s'ensuit que de toutes les pièces conçues par Wagner, c'est celle dont l'ordonnance est la moins satisfaisante. Premièrement il y a manque d'unité, car, au théâtre, c'est, non pas l'idée qui compte, mais l'action visible en laquelle celle-ci s'est incarnée, et, dans la Walkyrie au dernier acte, Wotan et Brunhild ont pris la place qui, au premier, semblait devoir appartenir exclusivement à Siegmund et à Sieglind. Puis, dans quel ordre défavorable s'opère cette substitution! Les poétiques amours des deux malheureux jeunes gens et la musique enivrante qui en est l'expression, avaient excité nos sens et notre imagination de la façon la plus véhémente. Voilà Wotan qui arrive pour narrer et discuter. La musique fait place à la parole et, le sort de Siegmund étant ûxé par les dieux, c'en est fait de l'attrait romanesque. Au troisième acte, il est vrai, l'intérêt se réveille et la musique se relève, mais comme le sujet est de nature plus austère, Teflet produit sur la sensibilité est beaucoup moins grand, de telle sorte que, dans l'ensemble, l'action au lieu de s'animer se refroidit, et ce n'est pas la parole qui s'efface graduellement devant la musique, comme il le faudrait, c'est plutôt le contraire (1). Wagner se rendit-il compte de
(1) Des quatre soirées de VAnneau^ la Walkyrie n'en est pas moins la plas popalaire. C'est qu'il s'y trouve de grands effets
2i2 RICHARD WAGNER
cela ? Non, car l'idée, la grande idée qu'il voulait manifester, exigeait qu'il en fût ainsi, et elle le dominait alors trop complètement, pour qu*il pût désirer autre chose que sa réalisation. Du reste, il faut bien dire que c'est avec une inspiration débordante qu'il donnait corps à sa conception. Pour le premier acte^ la musique se formait parfois, en même temps que les vers, d'une façon si précise qu'il en put noter de suite des fragments importants (1). Et, si les dieux ne pouvaient enflammer à tel point ses facultés créatrices, néanmoins, quelle vie puissante ils prenaient, malgré leur origine abstraite ! Gomme Wotan est bien rhomme de quarante ans, qui se lance en de folles entreprises pour oublier qu'il vieillit. Et Fricka n'est-ce pas le type de l'épouse devenue acariâtre parce qu'elle enrage de n'être plus séduisante ? — Wagner était assurément content de son œuvre. Sa correspondance avec Uhlig le montre bien. « Ma Walkyrie devient terriblement belle», écrivait-il. Il allait môme jusqu'à dire que lorsque la tétralogie serait unie, il n'aurait plus rien à faire, « tout ce qu'il était capable dépenser, sentir et concevoir lui semblant devoir y passer entièrement (2) ». C'était vrai puisque
musicaux et scéniques. Fidèle k ses habitudes, un public d'opéra ne demande pas aulre chose.
(1) Jlouston Chamberlain. Notes Chronologiques sur V Anneau du Nibelung. Revue Wagnérienne, an. III, n» XII.
(2) B. Wagner Liszt, T. 1, p. 178, 200.
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Tristan et Parsifal en sont le complément (1). En revanche, le travail enûévré et acharné auquel il s'était livré pour composer la Walkyrie en si peu de temps Tavait épuisé, et son désir de voir l'Italie n'avait fait qu'augmenter. Les imprésarios des théâtres de Leipzig, Francfort, Breslau, ayant exprimé l'intention de monter Tannhœuser, il résolut de visiter TOberland bernois et les lacs lombards. Ainsi, il se décida à dépenser, pour satisfaire une fantaisie, l'argent que devait lui rapporter cet ouvrage, avant de s'être rendu compte des ressources artistiques qui pourraient lui être offertes^ et de savoir si on serait disposé à entrer dans ses vues. — C'est ici que nous apparaît à son point de départ ce qu'on peut appeler la faute, la faute tragique de Wagner.
(1) Poar plus de détails sur les drames de Wagner on devra lire les excellentes études de M. Maurice Kufferath. La Walkyrie chez Schots. — Parsifal^ Siegfriedy etc., chez Fischbacher.