Rf. Ferdinand Bac, chez Louis II de Bavlcro
2. Donner au théâtre un but plus noble, plus clcvc, voilà aui est très louable et bien d'autres avant Wagner y avaient songe — mais cela semble échapper à une action administrative, officielle, exercée directement. C'est affaire entre le public et les auteurs ; comme l'a dît un écrivain humoriste anglais, il faut fournir aux auditeurs des sujets dignes d'être compris et des facultés pour les comprendre. L'Etat ne dispose que des Facultés universitaires.
servatoire de musique fut réorganisé ; TOpéra, ayant pour chef d'orchestre son ami Hansde Bulow, joua successivement Tannhàuser^ le Vaisseau Fantôme^ puis, après une longue préparation, donna avec les époux Schnorr quatre magnifiques représentations de Tristan (juin et juillet i865). Mais les triomphes purement artistiques ne suffisaient pas au maître ; le tribun était toujours prêt à se manifester. A Dresde il s'était montré anarchiste, révolutionnaire ; à Paris, si les circonstances s'y étaient prêtées, il eût indiqué vraisemblablement à Témpereur le moyen de gouverner son peuple ; à Munich, il voulut être — on le prétendait du moins — Monsieur le Premier, conseiller du roi pour les affaires du royaume. Bien que les réformes accomplies eussent provoqué des résistances ou des mécontentements, que les libéralités dont il était Tobjet parussent excessives, certains projets, comme celui de Semper relatif à la construction d'un Opéra modèle étant beaucoup trop coûteux, on s'était incliné quand même devant la compétence indiscutable de Tartiste : le rôle politique qu'on lui prêtait, son attitude franchement hostile envers les ministres soulevèrent une opposition qui réunit tous ses ennemis. Ses relations avec M"" de Bûlow, déplus en plus publiques, surtout pendant les répétitions de Tristan^ bravaient l'opinion et faisaient scandale; on les dénonça au roi qui n'en voulut rien croire et dit naïvement plus tard que
si cela était vrai, ce serait abominable. Il lui fallut céder pourtant. En décembre i865 Wagner reprenait une fois de plus le chemin de la « Terre du Salut », mais cette fois en demi-exil. Sa disgrâce n'était pas complète ; si sa personne était indésirable à Munich, sa musique y était applaudie et le roi lui conservait son amitié \ M°"de Bûlow et Wagner, ce dernier après une excursion à Marseille et en Provence, se fixèrent dans une petite localité près de Lucerne, à Triebschen, où ils demeurèrent jusqu'en 1872 : séjour paisible, infiniment heureux, pendant lequel le maître put travailler tranquillement et dont quelques amis partagèrent Tintimité. Un des plus assidus fut Nietzsche qui débutait alors à Baie comme professeur. Ce fut pour Wagner un charmant compagnon de promenade, et pour maints petits services M"^ de Bulow fit a appel à ses vingt ans ».
Les Maîtres Chanteurs achevés, les répétitions commencèrent aussitôt à Munich ou Wagner se rendit plusieurs fois ; elles furent interrompues pour une question d'interprétation et n'aboutirent que Tannée suivante. La première, menée avec
I. Au début le Roi voyait Wagner tous les jours, il lui écrivait des lettres passionnées, enthousiastes dont quelques-unes furent publiées. A vrai dire dans celte amitié il entrait quelque sentiment de vanité ou d'orgueil. Dans la protection donnée à l'œuvre le Roi voyait une sorte de collaboration, de cocr.éation. En s'associant à la fortune du maître, il s'associait à sa gloire et la postérité joindrait son nom à celui de l'illustre compositeur.
grand éclat et en présence du roi qui avait fait asseoir près de lui dans sa loge le musicien, fut un triomphe aussi grand, sinon plus grand que celui de Tristan, Malgré que ces deux succès consécutifs eussent consacré le génie du maître, il manquait à sa gloire la représentation de la grande œuvre, C Anneau du Nibelung. Huit années s'écoulèrent avant qu'elle pût avoir lieu.
Sur les instances du roi qui fit d'ailleurs tous les frais, TOpéra de Munich donna bien en 18G9 et 1870 de médiocres exécutions des deux premières parties, l'Or du Rhin et la Walkyrie^ mais au grand déplaisir du compositeur, déplorant que l'œuvre fût ainsi fragmentée.
En 1870 Wagner pouvait enfin régulariser ses rapports avec M"*'' de Bûlow \ 11 avait obtenu que le divorce fût prononcé « pour cause d'abandon de la femme du domicile conjugal » ; lui-même était veuf depuis 1866, la mort de Minna avait interrompu la procédure de divorce que de son côté il avait engagée à cette date. Sa future femme s'était convertie au protestantisme, le mariage eut lieu le 25 août dans la petite église luthérienne de Lucerne, en présence de quelques amis. Liszt était absent ; mécontent de ce mariage il battait froid à son nouveau gendre. Les deux hommes ne se revirent qu'assez longtemps après, mais beau-
I. n était d'ailleurs menacé d'expulsion par les autorités de Triebschen, à cause du (x scandale de sa vie privée s.
coup moins souvent. Lés lettres de Wagner s'espacèrent et cessèrent même pendant plusieurs années ; il est vrai que le kapellmeister de XVeimar était devenu Tabbé Liszt et qu'il ne pouvait plus rendre les mêmes services. Des relations avec M"** de Bulow trois enfants étaient nés : le dernier peu avant le mariage et qui portait le nom de son père, Siegfried Wagner, deux filles plus [âgées, YseultetEva, qui étaient officiellement des Biilow, mais qui réclamèrent une illustre paternité en 1914 par un procès vraiment scandaleux.
Ce fut pendant la guerre franco-allemande de 1871 que Wagner crut devoir souiller son nom et sa plume en écrivant Une Capitulation^ un pamphlet ignoble, en forme de comédie antique où ne brille pas l'esprit d'Aristophane, mais dont la sottise de la conception n'est égalée que par la stupidité des paroles. Il assouvissait ainsi une vieille rancune contre Paris : peut-être espérait-il conquérir les bonnes grâces du jeune empire, s'assurer un appui plus considérable que celui du petit roi de Bavière, prendre enfin la part qui lui revenait de droit — il l'écrivit naïvement — dans la grosse indemnité versée par le vaincu au vainqueur. Cette subvention, sollicitée, lui fut refusée : il ne pouvait « compter que sur lui et ses amis ».
L'opposition persistante des gens de Munich rendant impossible la construction dans cette ville de l'Opéra modèle, Wagner avait dû chercher
Pl. IV.
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Lettre de R. Wagner a Edmond Roche (1860].
(Bibliothèque du Conservatoire National de musique de Paris.)
ailleurs et après avoir parcouru la Bavière il choisit la petite ville de Bayreuth, dont Tallure rococo évoque quelque vieille douarière de Tancien régime, oubliée par le temps. Il accepta les offres de la municipalité lui cédant gracieusement deux terrains pour la maison qui devait abriter son œuvre et pour celle où il logerail sa personne. Quant au capital nécessaire, il fit siens deux projets présentés Tun par le pianiste Cari Tausig et M"' de Schleinitz, Tautre par Emile Haeckel. Il s'agissait de constituer un capital de i.i 25. 000 francs divisé en 1. 000 actions de patronat de 1.120 francs chacune, d'autre part d'organiser dans tous les pays allemands des associations [Wagnerverein) ^ destinéesàfaire de la propagande, à faciliter les souscriptions.
Le 22 mai 1872 eut lieu en grande solennité la pose de la première pierre. En présence de nombreux invités qui bravaient une pluie torrentielle, le maître frappa les trois coups de marteau traditionnels et prononça les paroles suivantes, sibyllines, fort peu compréhensibles :
J'enferme ici un mystère, Puisse-t-il y reposer des centaines d'années, Aussi longtemps que la pierre le recouvrira
11 se manifestera au monde.
« 11 était, dit M"* Adelheid von Schorn *, pâle
I. Franz Liszt et la Princesse de Sayn-Wittgenstein (Paris^ X904)«
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comisie la nrort, tous nous éprouvions une émotion indescriptible ». .. Lesoir il y eut dans la salle rococo du. petit théâtre de Bayreuth un concert où Ton entendit la Kaisermarsch, composée par Wagner à Toccasion des victoires allemandes, l'ouverture des Maîtres et la Neuvième Symphonie de Beethoven, dont Forchestration avait été retouchée, renforcée çà et là.. Malgré le grand retentissement de cette cérémonie, rafTaire au point de vue financier ne marcha pas. En 1878 Nietzsche fut chargé de rédiger un a appel en style napoléonien » * il s'acquitta fort mal d'une tâche pour laquelle il n'avait pas trouvé de collaborateur et qui lui répugnait à lut si ennemi du public, de la foule. Le manifeste fut refait et n^ut pas plus de succès ; il en fut de même d'un projet de loterie, ou de représentations à bénéfice proposées aux directeurs décent scène» allemandes ; trois seulement répondirent et par un refus. A grand'peine on avait pu placer le tiers des actions de « patronat ». L'entreprise semblait définitivement perdue, lorsque le roi de Bavière, mis au courant de la situation, s'offrit à parfaire la somme. En réalité ce n'était pas un don, mais un prêt gagé sur les décors, les costumes, le matériel^ ainsi que sur les tantièmes des représentations wagnériennes à Munich, et dont l'amortissement ne put être achevé que longtemps après la mort du maître.
A partir de ^872 l'activité de Wagner s'employa
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presque tout entière * à Bayreuth où il s'était installé et où le théâtre achevait de se construire, d'après le projet de Semper. Les dispositions en sont trop connues pour qu'il soit nécessaire de s'y arrêter. La principale innovation, ce qu'on appela « Tabyme mystique », c'est-à-dire l'orchestre placé tout à fait en contre-bas, et prolongé sous la scène, de manière qu'il fût invisible et sa sonorité plus fondue, réalisait une idée déjà émise par (Jrétry. Et l'on peut ajouter que l'auteur de Richard Cœur de Lion avait pressenti également, non le système thématique même, mais le commentaire symphonique continu, composé librement par le musicien, avec toutes les ressources de la polyphonie instrumentale, complété après coup par les parties de chant. En d'autres termes Grétry proposait dans ses Essais de mettre des paroles sur une musique dont la valeur aurait été éprouvée au préalable par une exécution symphonique, et le résultat n'apparaît pas très différent de celui qu'obtient Wagner dans sa symphonie thématique accompagnée d'un récitatif mesuré, ayant la forme d'un discours continu.
La dated'inauguration du théâtre des «Festivals » , annoncée pour 1875, avait été ajournée à l'année
I. En mars 187$ conoert à Pest, à la lin de l'année Tannhàuser à Vienne et en mars 1876 Tristan à Berlin. Wagner composa pour TExposition de Philadelphie (1876) une grande marche de fête qui lui fat bien payée, mais dont la valeur musicale est plutôt mince.
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suivante. Après de longues répétitions dont la dernière fut accessible au public payant, V Anneau du Nibelung se trouva enfin prêt en août 1876. Trois séries de représentations, trois cycles furent donnés du 1 3 au 3o août. L'affluence fut considérable. Le vieux Guillaume fit acte de présence : Wagner le reçut à la gare, dit Schiemann, comme Odin eût reçu Arminius, vainqueur d'Auguste.
L'empereur partit dès le second jour. D'autres grands personnages vinrent, l'empereur et l'impératrice du Brésil, des princes ouprincipicules allemands — à l'exception de Louis II qui avait assisté aux répétitions, ne voulant pas se rencontrer avec l'Empereur ou avec les membres de sa famille. Outre ces hauts personnages, des artistes et des critiques, quelques Français et les « patrons » de Bayreuth : foule cosmopolite, — d'après M. Runciman % assez étrangement mêlée. A la fin de chaque cycle, Wagner prenait volontiers la parole et au nom du grand art allemand que l'Allemagne possédait enfin, remerciait le public et les interprètes. Le succès était énorme. Jamais un effort aussi prodigieux n'avait été tenté par aucun artiste dans aucun genre ; dans cette œuvre gigantesque qui appelait à la vie du théâtre toute une épopée, un seul individu venait de réaliser le travail anonyme de plusieurs générations ; l'événement, sans
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exemple jusque-là, resterait unique. Malheureusement il en résultait financièrement un gros déficit, qui rendait impossible la reprise de ces belles fêtes d'art les années suivantes.
Bayreuth restera fermé jusqu'en 1882, pas complètement pourtant à en croire les petites chroniques. Certains soirs les portes du théâtre s'entr'ouvraient discrètement et Louis II avec quelques invités y venait entendre de très médiocres... opérettes. Les pèlerins qui se rendirent à Bayreuth en 1882 pour Parsifal ignorèrent la profanation infligée au temple où avaient retenti de vulgaires flon-flons et des couplets égrillards.
Si les représentations de V Anneau ne pouvaient continuer à Bayreuth, dès 1876 des offres furent faites à Wagner pour qu'elles eussent lieu ailleurs, dans d'autres villes d'Allemagne ou à l'étranger. Les plus importantes furent celles des deux directeurs de rOpéra de Leipzig, Forster et Angelo Neumann qui obtinrent pour la ville une sorte de privilège, plus étendu ensuite et dont les termes restèrent toujours mal définis. Ce ne fut d'ailleurs pas sans peine : les pourparlers rompus et repris durèrent plus d'un an. Mais l'absolu dévouement de Neumann à la cause wagnérienne — dont il ne fut pas toujours récompensé — son énergie, sa patience purent vaincre toutes les difficultés, de quelque côté qu'elles provinssent et celles qui suscitaient l'humeur capricieuse, très irritable du
maître n'étaient pas les moindres : elles survenaient à propos d'engagements d'artistes ou de chefs d'orchestre, des décors, du matériel, de très petits détails que Wagner réglait impérieusement de loin \ ou encore de questions d'argent où il se montrait homme d'affaire méticuleux, et pas très sûr. A Londres, Neunaann se verra en effet concurrencé par un privilège déjà accoixié à la tournée rivale Franke-Pollini. A Leipzig, à la veille même des représentations, les directeurs durent subir l'enquête de deux émissaires de Bayreuth, Hans Richter et Seidl, munis de pleins pouvoirs pour exiger des modifications, des pemaniements... L'exécution de V Anneau à Leipzig en 1878 — en deux fois (avril et septembre) — fut très belle ; il en fut de même à Berlin en 1881 avec les décors et partie de l'orchestre de Leipzig, au théâtre Victoria, à défaut de TOpéra, qu'on n'avait pas obtenu malgré de longues négociations. Cette fois Wagner quitta Wahnfried et surveilla les dernières répétitions ; malgré son âge, il avait conservé une activité et une agilité étonnantes ; Neumann le retrouvait tel qu'il l'avait connu en 1875 à Vienne, un incomparable metteur en scène, un merveilleux comédien, jouant des scènes entières avec une
I. « Mon, très honoré maître, restez à votre poste élève, soyez le roi qni édifie, et laissez les ouTriers, charpentiers, maçons... faire la besogne qui leur incombe. Ce qui est petit demeure petit, même quand un grand homme y met la main ù, (Lettre de Forster à Wagpier, du 16 juin i88i.^
mimique admirable. Le dernier cycie fut troublé par un incident inattendu. Après la scène finale du Crépuscule^ comme on avait organisé une cérémonie en l'honneur du maître qui était sur la scène entouré de tout le personnel, comme Neumann, commençant son discours, remerciait de leur présence les augustes membres de la famille impériale, Wagner tourna subitement le dos à la salle et disparut. Cette fuite, qui semblait protester contre les paroles de l'imprésario, causa un grand désarroi. Wagner fit dire le lendemain qu'une crampe ressentie au cœur l'avait forcé de quitter la scène ; Neumann ne fut pas convaincu, resta très offensé de cet affront, d'autant plus que quelques jours après, une lettre de Wagner, contredisant les éloges qu'il avait faits lui-même des représentations, accumulait critiques sur critiques, menaçait Neumann de lui retirer à l'avenir tout privilège, si elles restaient lettre morte. L'incident fut cependant assez vite oublié et Neumann revit peu après le maître pour lui soun>ettre de nouvelles propositions, entre autres celle de la fondation — non réalisée — d'un théâtre Richard Wagner à Berlin.
En revenant de Londres où il avait préparé les représentations de V Anneau pour mai 1882, Neumann s'occupa de Paris. Leptojet d'une exécution entièrement allemande qui, au début, avait été bien accueillie dans les milieux officiels, fut aban-
donné, tant à cause des difficultés provenant des engagements antérieurs de Wagner pour la France que d'une campagne de presse qui, dans certains journaux, s'annonçait très hostile. Wagner pressait Neumann de « renoncer absolument » à la chose, à une entreprise impossible « dans cet arrogant Centre de culture^ et qui ne lui inspirait que du dégoût ». Plus tard les Parisiens surent pourtant donner la preuve qu'ils étaient au moins aussi capables que les Teutons de comprendre les beautés de l'art wagnérien, et à Wahnfried on ne dédaigna pas les tantièmes que l'Opéra de Paris fournit régulièrement jusqu'en I9i4«
A partir de 1876, Wagner allait se reposer tous les ans en Italie. En 1876*, il avait choisi Sorrente, où il eut pour voisins un groupe d'amis et d'admirateurs, revenant eux aussi de Bayreuth , et parmi lesquels se trouvaient M^'* Mathilde de Meysenbug, et le pauvre Nietzsche, très souffrant et ([Xk^V Anneau avait complètement déçu.
En 1877, Wagner donna à Londres des concerts dont les résultats furent pécuniairement médiocres pour lui et désastreux pour les organisateurs. Sa personne eut sans doute un vif attrait de curiosité ; mais ce n'était plus le vaillant chef d'orchestre de jadis ; il conduisait faiblement, sans vigueur et
1. Vers la même époque, Wagner eut à Rome la visite de Gobineau dont il appréciait fort les théories et qui, à diverses reprises, devint son hôte à Wahnfried.
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manquait souvent de mémoire. Son coadjuteur Hans Richter dirigea au contraire merveilleusement.
En Italie, comme à Bayreutli, Wagner travailla à Tachèvement de son Parsifal^ dont le poème avait paru vers 1877 et qu'il réservait exclusivement, malgré toutes sortes de sollicitations, à Bayreuth. Dans l'intérieur familial où une femme intelligente, dévouée, écartait toute agitation inutile, secondant le maître dans les lettres d'affaires, aplanissant souvent bien des difficultés, « Wagner, dit M. Julius Kapp, trouvait la paix d'esprit et de cœur, aussi la flamme créatrice qui lui ont permis de nous laisser son noble chant du cygne* ».
Parsifal fut terminé en janvier 1882 à Palerme, où l'avait rejoint le peintre décorateur Joukowsky pour régler avec lui la mise en scène et les décors. Seize représentations furent données à Bayreuth du 28 juillet au 3o août 1882, devant une assistance nombreuse, enthousiaste. L'œuvre apportait des sensations profondes,^ inconnues au théâtre ; il semblait aux spectateurs qu'ils prenaient part à un service solennel divin, et on avait aussi l'impression que c'était une cérémonie d'adieu. Ce fut sous l'empire de cette idée que, à un souper d'artistes, Forster, un des anciens directeurs de l'Opéra de Leipzig, s'écria subitement : « Vous verrez que