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RICHARD WAGNER'S « NEUE SCHULE

La nouvelle école Richard Wagner (calculée d'après un cours de six ans).

Ire Année.

Man lernt zuerst am « àlt'ren Meister » . — Der Dings— ich glaub', Beethoven heisster, Der macht sich allerfalls nich ubel Als Sàngerknaben anfangsfibel.

On apprend d'abord «l 'affaire» du vieux maître; il s'appelle, je crois, Beethoven, et, à tout prendre, ne fait pas trop mal comme premier abécédaire à l'usage des enfants chantants.

I Ile Année.

Jetz kommt Tannhàuser an die Reihe; Da spùrt man schon die gross'reWeihe, Doch spiiret man auch ebenfalls Ein leises Jucken in dem Hais.

Maintenant c'est le tour du Tannhàuser ; là l'on ressent les effets de la grande inspiration et pareillement aussi une légère démangeaison dans le gosier.

Ile Année.

Die etwas hôh're Kunst, erkennt sie Vor allen Dingen an Rienzi.

Da kriegt man schon den animus Von einem hôh'ren spiritus.

L'art un peu plus élevé se rencontre avant tout dans Rienzi. Là l'on reçoit la première impression d'un esprit supérieur.

IVe Année.

Von nun an macht der Sàngerbold Am edlen Tristan nebst Isold' Den ersten grossen Riesensprung Zur hochdramat' schen Auffassung.

A partir de ce moment, le chanteur initié fait vers le noble Tristan et sa compagne Iseult le premier saut périlleux à la conquête du grand art dramatique.

\re Année.

Hat man alljetz mit Kraft gesungen Die Hauptpartie der Niebelungen.

Dann scheint ein kleines Lungenubel Noch garnieht mal so unplausible.

A-t-on chanté avec quelque force les rôles principaux des Niebelungen, alors apparaît un léger mal aux poumons, point encore si invraisemblable.

Vie Année.

Der Parcival, der bringt die Reife Nebst Lorbeerblatt und Rûhmesschleife.

Und fertig ist man, kranzumlaubt, Mit Studium, Stimm' und uberhaupt !

Parsifal apporte la maturité concurremment avec les couronnes et les rubans de la gloire et, désormais, entouré de guirlandes, c'est chose finie de l'étude, de la voix et de l'homme lui-même.

(Ulk, de Berlin, 27 septembre 1877 )

Ces croquis humoristiques, ainsi que les suivants, furent publiés à propos de la formation de la société dite Bayreuther Patronat- Ver ein, « Société de patronage de Bayreuth », qui visait la création dans la capitale de la musique de l'avenir, d'une « École d'art musical et dramatique », d'après les plans si souvent développés par Wagner lui-même (1).

De nombreux articles avaient paru à ce sujet soit dans les journaux quotidiens, soit dans les recueils spéciaux, et tout naturellement les crayons se firent un malin plaisir d'exposer sous une forme caricaturale les critiques qu'on pouvait apercevoir au travers des appréciations même les plus élogieuses. Certains écrivains demandèrent aussi la création d'un hôpital wagnérien pour soigner les malades atteints de « wagnérisme aigu ».

(i) 11 y existe sur ce sujet toute une littérature spéciale : brochures, circulaires, appels, convocations, le tout, de la main de Wagner, et dont on trouvera le détail dans le précieux Katalog de M. Nicolaus OEsterlein.

PROGRAMM DER WAGNERSCHULE IN BAYRÉUTH

Programme de l'École wagnérienne à Bayreuth-

1. Langnasige und schmalbriistige Sehùler werden nicht aufgenommen.

l. Les élèves au long nez et à la poitrine rentrée ne seront point acceptés.

* Les mauvaises langues disent que le Directeur craignait la concurrence nasale, d'où son acharnement.

3. Damen werden dann nur acceptirt, wenn sie sich ùber eine kraftige Walkiirengestalt ausweisen kônnen.

3. Les dames ne seront acceptées que si elles peuvent exhiber une puissante constitution « walkyrique ».

2. Nach der Assentirung miïssen sich die Aspiranten einer Kraftprobe unterziehen. Einer muss Musik machen, ein Anderer sie aushalten.

2. Les aspirants auront à subir l'épreuve d'un exercice de force. L'un devra faire de la musique et l'autre l'endurer.

Die Tracht der Zôglinge muss dem Geschmack des Meisters vollkommen entsprechen. Ailes Atlas!

4. Le costume des élèves devra satisfaire complètement les goûts du Maître.

Tout en Atlas !

5. Die Schiiler mûssen sich tàglich in der Gymnastikuben,um spàter einmal die Wagner-Gegner niederzukrugeln.

5. Journellement les élèves devront se livrer à des exercices de gymnastique, afin de pouvoir, plus tard, massacrer (abattre avec des chopes, en guise de quilles), les ennemis de Wagner (c'est-à-dire les juifs).

6. Religios Exercitien sind nur gestattet, wenn sie dem Allvater Wotan gelten.

6. Les exercices religieux ne sont tolérés que s'ils s'adressent au père éternel Wotan.

(Der Floh, 29 septembre 1877.)

Le dessinateur du Ulk n'avait visé dans ses caricatures que Vécole elle-même au point de vue de la pratique du chant; le dessinateur du Floh, plus caustique, s'attaque à Wagner personnellement. Voici revenir les allusions directes au goût manifesté par Wagner pour certaines toilettes, moitié historiques, moitié féminines, ayant en elles quelque chose de carnavalesque, ce que les rapins d'atelier, et les gamins ensuite, baptiseront pompeusement du terme d'Atlas ; puis d'autres allusions, non moins lucides, soit à ses préférences, souvent manifestées, pour les femmes d'une certaine corpulence, soit à sa campagne contre les juifs.

Quant à Wotan, il avait sa place toute indiquée clans une école où le chant ne pouvait se concevoir qu'avec trombones et tubas. Et, du reste, Wotan ne s'était-il pas peu à peu changé en Wagner, à moins que Wagner, comme le disait un spirituel humoriste viennois, n'ait été la forme prise sur terre par le Dieu germain ?

CONSERVATOIRE VÉGÉTARO-WAGNÉRIEN

A plusieurs reprises le bruit courut que Richard Wagner s'était fait végétarien (voir plus haut, page 84). La vérité est qu'il prit part, en Allemagne, à des repas de végétariens et qu'il écrivit sur cette importante question de l'alimentation, comme il avait écrit surnombre d'autres questions à l'ordre du jour. N'était-il pas 1' « Omni-science », l'« Homme-Omnibus »?

Quel qu'ait été son degré de a végétarisme », la chose fit assez de bruit vers 1882 pour que le Ulk de Berlin consacrât au a Conservatoire végétaro-wagnérien » l'amusant article qu'on va lire :

« Richard Wagner a déclaré aux siens que la nourriture des plantes était chose indispensable pour la réorganisation de l'humanité, c'est-à-dire pour que les œuvres du Maître puissent être appréciées. Il est bien certain que des gens habituellement nourris de rosbif, d'oie rôtie, de perdreaux et de salade de homard sont dans l'impossibilité de comprendre la plus petite chose aux charmes et aux grandeurs de Parsxfai. C'est pourquoi l'on s'occupe d'établir aux environs de Bayreuth un établissement modèle à l'effet de former de véritables « wagnériens » suivant la formule. D'après ce que l'on dit, voici quelle serait l'organisation intérieure de cet établissement.

« Quatre heures du matin. Les élèves seront arrachés à leur léger sommeil exempt de tout wagnérisme par les trompettes de Parafai. Tous se rendront à la salle dite « de disséquage » où ils Trouveront M. Edmond de Hagenqui, sans attendre, leur fera un discours de deux heures sur la portée philosophico-psychologicométaphysico transcendante de « l'appel-matinal » (1).

« Six heures. Premier repas, infusion de feuilles de chardons. Ce thé matutinal sera adouci par l'exécution de la « marche des Fiancés» de Lohengrin.

(1.) Allusion aux articles publiés par M. de Hagen dans nombre de journaux sur la portée philosophique et métaphysique de certaines productions musicales de Wagner.

«A huit heures apparaîtraM. Albert Heintz qui, jusqu'à l'aprèsmidi, prendra les principaux « Leitmotiv ». Pour exercer l'esprit des élèves, il fera exécuter quotidiennement douze Leitmotiv à la fois sur six pianos. De ce chaos d'un monde de tonalités devront se détacher un à un les motifs séparés. Les motifs ainsi trouvés seront disséqués, analysés par le menu ; puis ils seront appris par cœur et joués jusqu'à ce que chacun arrive aies chanter sans faute, en les prenant tantôt par le commencement, tantôt par la fin, même à oreille fermée.

« Après ces quatre heures de travail aura lieu le principal .repas. Les élèves entreront dans le réfectoire aux accents éclatants de la marche du Tannh'auser et s'inclineront devant la statue, grandeur nature, du Maître.

« Alors M. de Hagen se lèvera et, en une courte allocution, parlera, une heure durant, sur le rôle de Wagner dans la question de l'alimentation. Il expliquera que le véritable wagnérien ne devrait en réalité rien manger, chaque cuiller de soupe que l'on absorbe étant préjudiciable au développement des véritables créations idéalo-artistiques. Après cette délicate invite à ne point trop longtemps s'attabler, il portera Ja santé du Maître et les élèves entonneront le « Salut du Peuple » à Hans Sachs (troisième acte des Maîtres Chanteurs). Après quoi commencera effectivement le festin.

« Le menu, à vrai dire, ne se composera que d'un seul plat, lequel, pourtant, variera suivant les jours de la semaine. On aura ainsi de l'oseille avec des choux poivrés et des bottes d'herbes savoureuses, le tout assaisonné à son propre jus, des chardons à la cuisson moelleuse, des renoncules acres sauce Hollandais Volant (1) (sauce hollandaise). Les repas seront encore renforcés par l'exécution de compositions wagnériennes, afin que chacun puisse sortir de table absolument saturé. Après ce succulent festin aura lieu une promenade d'au moins deux heures nécessaire pour combattre tout engraissement antiwagnérien.

« De trois à quatre heures on servira dans la salle de lecture, de l'eau et du lait chaud. Comme seule pâture intellectuelle

(1) Titre d'un des premiers opéras de Wagner composé en 1841.

seront données les Bayreuther Blàtter dont le contenu sera lu aux assistants en entier, au moins quatre fois. Un orchestre invisible, à la façon wagnérienne, jouera en même temps, vu que les thèses des profonds philosophes de l'école de Francfort ne peuvent être comprises qu'avec accompagnement de musique.

« Par là-dessus on ira prendre, dans le salon de société, un thé musical. Les élèves exécuteront les morceaux capitaux des oeuvres les plus récentes du Maître, tout en savourant une infusion de camomille ou de fenouil.

« De huit heures à onze heures lecture, à livre ouvert, des partitions; après quoi, tous les élèves se jetteront sur leurs matelas et seront mollement amenés au sommeil par l'exécution des plus brillants morceaux du répertoire wagnérien. »

NEUE BEZEICHNUNGEN FUR RICHARD WAGNER. NUMMERN.

Nouvelles qualifications pour les opéras de Wagner.

Statt Duett: Zweige- Statt Einzugsmarsch : Statt Romanze : Schrec-

kreich. Violin-Zerfrausung. kenslaute.

A la place de duo : A la place de marche A Ja place de romance :

:< gueulerie à deux ». d'ouverture : « bris de « cris d'épouvante ». violons ».

Statt Liebeslied :

Harfenruin.

A la place de chanson d'amour :

« démolissage de harpe ».

Statt Quartett: Schreipotenz.

A la place de quartette :

« quatuor de cris » .

Statt Finale : Hôchst unangenehmes Geràusch.

A la place de finale : « bruit désagréable au plus haut point ».

(Kikeriki, de Vienne, 27 juillet 1882.)

Les artistes allemands et autrichiens se sont souvent amusés, comme on le verra plus loin, à essayer de rendre au moyen de la poésie imitative, le bruit de la musique wagnérienne. Certaines feuilles ont même ouvert leurs colonnes à de longues dissertations sur les C dur et les C moll ; sur les sons non encore observés, produits par le brisage (sic) des cordes.

Et que de calembours sur les Leitmotiv! Entre tous il en est un, aujourd'hui populaire, celui qui transforme lesdits leitmotiv en lautmotiv (motifs de sonnerie).

Tel ce personnage qui, au restaurant, sonne vainement un garçon. Et celui-ci, lorsque enfin il s'amène paisiblement, lui dit sans s'émouvoir : « Pour vous entendre, il faudrait d'abord que je sache quel est votre « air de sonnerie ».

D'où la nécessité, conclut le journal auquel j'emprunte l'historiette, de créer un cours de sonnerie, sous la haute direction de Wagner, à l'usage des oreilles privées de lautmotiv.

DIE ZWEI SCHL/EGER IN OPERNHAUSE

Les deux « Schlaeger » à l'Opéra.

Die Schlaeger wird uns in Richard Wag- Der Schlaeger aber nicht.

ner-Opern sehr willkommen sein.

La Schlseger sera pour nous la bienve- Mais le Schlmger, c'est-à-dire le bat-

nue dans lés opéras de Richard Wagner. teur de grosse caisse, point.

Mme Schlaeger est une cantatrice allemande jouissant d'une très réelle réputation aux côtés de la Materna. Elle a interprété le répertoire wagnérien à Vienne mais n'a jamais assisté aux représentations de Bayreuth.

Tout l'esprit de la légende repose, sur le double sens prêté au mot : Schlaeger.

{Kikeriki, 5 novembre 1882.)

SCARIA IN BAYREUTH

Gesungen hat er in — Bayreuth; Wenn er's nur nicht — bereut.

11 a chanté à Bayreuth ; Pourvu qu'il n'ait pas à s'en repentir.

(Kikeriki, 3 août 1882.)

* Le texte allemand a, comme on le voit, un jeu de mots par à peu près sur Bayreuth et bereut. — Emile Scaria, décédé en 1886, fut un des chanteurs en renom de l'Opéra de Vienne. C'est lui qui remplissait le rôle du roi Henri dans Lohengrin, et le rôle du landgrave dans le Tannhduser. Wagner qui estimait tout particulièrement son talent le fit venir pour les représentations de Bayreuth. Il a également pris part aux représentations de Lohengrin données à Berlin, en 1881.

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