‹ Richard Wagner en caricaturesChapitre 31 sur 89 · BIBI · texte numérisé non relu

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Et Adrien Huart ajoutait : « On nous affirme que Richard Wagner a l'intention d'aller à la Cour de ce fameux monarque. »

Du reste, littéraire ou graphique, la caricature ne variait pas ses attaques; l'une revenait toujours à la scène du Yénusberg, ce « mont de Vénus » qu'on ne prononçait pas sans faire appel à mille sous-entendus, au chalumeau du pâtre, à sa chanson de Dame Holda, au carillon du troupeau, à la meute des chiens; invariablement, l'autre demandait à Morphée ou au Temps le choix de ses sujets. Chiens, chanteurs, public, tout le monde s'endormait, ou bien l'avenir se mettait de la partie. Il fallut vraiment tout l'esprit de Cham pour trouver des mots drôles, pour donner aux dessins une forme variée.

Commencée en février 1860, avec les concerts, cette campagne par la plume et par le crayon dura jusqu'à l'effondrement du Tannhàuser, mais sans que la satire se soit jamais décidée à complètement abandonner Wagner, dont la réputation de « raseur » ayant gagné chacun, du petit au grand, semblait être désormais un fait acquis.

LE WAGNÉRISME EN FRANCE ET A L'ÉTRANGER. 20o

En parcourant le Charivari, on rencontrera souvent des entrefilets faisant allusion à ce côté ennuyeux de l'œuvre du Maître :

Les déboires du grand Dumas, lisait-on lors de l'annonce des Niebelungen, n'ont pas découragé Richard Wagner qui prépare en ce moment un opéra en trois soirées. Malgré toute ma sympathie pour Fauteur du Tannhàuser, je dois avouer que l'avenir de cette musique commence à m'épouvanter. Je comprends que M. Wagner, qui est entêté pour le bon motif, persiste à faire représenter sous peu ses opéras au théâtre des Italiens, je m'en réjouis même, car je conserve encore quelque espoir de le voir réussir d'une façon éclatante devant le public parisien, mais je ne puis croire que le maestro allemand songe réellement à doter son pays des Niebelungen, opéra en trois soirées. Si Richard Wagner persiste dans cette trilogie, son auditoire se composera de M. Champfleury seul, qui n'a plus rien à craindre après sa fameuse brochure.

On avait sifflé à l'Opéra ; on alla rire aux parodies arrangeant si grotesquement l'œuvre avec laquelle le compositeur avait espéré pouvoir conquérir de haut son paradis musical. Je laisse de côté, volontairement, ceux qui l'insultaient sans rime ni raison, je veux dire ceux qui faisaient sur lui flèche de tout bois parce que, lui triomphant, c'était la mort de leur « petit commerce » encore achalandé d'opéras à l'ancienne mode.

Panne-aux-Airs et Ya-Mein-Herr, parodies, aujourd'hui bien oubliées, jouées en 1861, l'une au théâtre Déjazet, le 30 mars, l'autre sur la scène des Variétés, le 6 avril.

Le Panne-aux-Airs , en deux actes et six tableaux, était une comédie entrecoupée de vaudevilles, avec mu-

sique de M. Barbier. Le Temps, ce brave papa l'Avenir, y était chanté sur l'air de la garde-citoyenne :

Et que m'importe un siècle que je raille, Et qui sera fini dans quarante ans, Non, ce n'est pas pour lui que je travaille, A l'avenir, je consacre mon temps.

Pour être illustre, il faut savoir attendre ; Car l'avenir appartient aux puissants.

Ceux qui, demain, n'auront pu me comprendre, Me comprendront, j'espère, en mil neuf cent.

Eh! eh ! la prophétie est en train de se réaliser.

Ya-Mein-Herr avec son sous-titre pompeux : « cacophonie de l'avenir, en trois actes, sans entr'actes, mêlée de chants, de harpes et de chiens savants », prévoyait également le succès du wagnérisme musical. On aurait bien voulu, pour se distraire, aller écouter les chiens hurler, sans songer que c'était le commencement de la révolution qui allait mettre en présence musique italienne et musique allemande, révolution grâce à laquelle la musique dramatique française pourrait, à son tour, prendre naissance.

Ya-Mein-Herr , vous avez raison ; ce n'était pas de l'amour, mais bien de la rage, et MM. Glairville, Delacour et Thiboust quand ils faisaient défiler sur la scène des Variétés des chiens costumés en chiens de saltimbanques, ayant tous, en bandoulière, de petites harpes, et quand ils leur disaient : « à la niche, les comédiens de l'avenir », ne se figuraient pas que, le temps aidant, les chiens se transformeraient en dragon à vapeur.

Toujours est-il qu'elle était bien parisienne, franche

d'allures, tout à fait dans l'esprit du jour, la pièce dont M. Victor Chéri avait arrangé la musique, introduisant ici et là les airs des Huguenots , du Trouvère, de La Favorite, du Chalet, de La Caravane, de Guillaume Tell,

Ces chants, qu'ils ont osé proscrire, Je ne les ai pas défendus !

et terminant le tout par un « vaudeville final » plein d'entrain, chanté sur l'air de la Ronde du sultan Mustapha.

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