LE NOUVEAU SIÈGE DE PARIS EN
Composition inédite de Moloch.
* MM. Lamoureux et Gailhard sont vêtus de la livrée au chiffre de Wagner. A leurs cô.tés est le « Maître lui-même <> surnommé par les stratèges de la double croche « le maréchal de Moltke de la musique», et peu rassuré, du reste, sur les suites de l'opération.
Richard Wagner, par Grand-Carteret.
Paris-Artistk. — Apothéose de M. Pasdeloup. Composition de Félix Régamey.
(Paris-Cajiricc, 12 décembre 1868.)
* La femme ici représentée en Japonaise, plaçant une couronne sur la tête de Pasdeloup, est Mme Judith Gautier qui venait de publier le Livre de Jade- Les mains de ceux qui applaudissent la musique de Wagner font fuir les pompiers et leurs sifflets. La jeune école artistique, comme la jeune école littéraire, était alors pour le compositeur du Tannhauscr.
c'est de notre politique que Wagner a toujours été victime.
J'ai montré les « Jockeyclubistes » prenant la tête des « siffleurs » de 1861. Il importe d'ajouter, maintenant, qu'ils ne furent point les seuls. A eux se joignirent nombre d'opposants, nombre de républicains, qui sifflèrent parce que le Tannhauser était joué par ordre de l'Empereur (1), sur la demande de la princesse de Metternich. J'ai sous les yeux les lettres de deux personnages de l'époque rendant compte à des parents de province des incidents de la deuxième soirée. L'une d'elles se termine par cet aveu dénué d'artifice : « Grand admirateur de la musique du Tannhauser, j'ai considéré comme un devoir patriotique de prendre part à une manifestation qui ne peut qu'être désagréable à l'homme du 2 décembre. »
Quelques années après, tout sera changé : le même personnage qui sifflait dans la salle de la rue Lepelletier applaudira au Théâtre Lyrique ou au Cirque d'hiver parce que les entreprises et les concerts Pasdeloup sont une œuvre en dehors de toute attache officielle, considérée, en quelque sorte, comme imbue d'un esprit nouveau et régénérateur.
Ainsi donc, en sifflant le Tannhauser, on sifflait l'Empire; en applaudissant hRienzi, au concert Pasdeloup, on se plaçait à la tête du mouvement progressiste dirigé contre les vieilles perruques, contre les écoles, contre les académies officielles de l'Empire.
Voilà ce que peu d'entre nous savent aujourd'hui, et ce que les Allemands ignorent complètement ; voilà
(1) Fait peu connu, l'ouverture du Tannhauser fut jouée en janvier 1866 à la grande représentation de gala donnée pour le Roi de Portugal, et sur sa demande spéciale.
ce qu'il fallait dire pour montrer les véritables dessous d'une déroute artistique, autrement incompréhensible, pour démêler les influences diverses et les responsabilités multiples dans le si singulier emballement de 1861.
Après 1870, nouveau changement à vue : on ne veut même plus écouter la musique, on siffle le Prussien Wagner (1), et, chose non moins digne de remarque, tandis que le courant libéral continue à amener en masse aux concerts Pasdeloup les gens d'avant la guerre, tous portés vers la musique, tous ennemis de l'opérette et des petits théâtres, développés, protégés par l'Empire, les Impérialistes seront au premier rang des soi-disant « patriotes protestataires » et se poseront en vengeurs de la dignité nationale d'après eux compromise, foulée aux pieds par l'exécution d'ouvertures ou de marches du répertoire wagnérien.
Curieux chapitres pour celui qui voudra, un jour, écrire l'histoire de nos passions et de nos engouements !
Au xvnic siècle, on était Glûckiste ou Picciniste par goût, par genre, suivant qu'on se trouvait plus ou moins imbu de certaines doctrines philosophiques, suivant qu'on prenait l'air de tels ou tels salons, mais le clavecin, de ses notes piquées, de ses cordes aux
(1) Sait-on que pendant l'été de 1880 il fut question du séjour de Wagner dans une ville d'eaux française et que même des démarches furent faites dans ce sens auprès du ministère par l'entremise de l'ambassade d'Allemagne, dans le but de connaître les intentions du gouvernement, au cas où la présence du compositeur amènerait des troubles?
sons comme pinces, charmait tout le monde ; au xixe siècle il appartenait de poser en principe ce singulier aphorisme : « la musique est une des branches importantes de la politique militante », si bien que, chose vraiment piquante , depuis tantôt trente ans