‹ Richard Wagner en caricaturesChapitre 38 sur 89 · CAR AVANA DEL LOHENGRIN · texte numérisé non relu

CAR AVANA DEL LOHENGRIN

Miracol!... si, miracol portentoso!... Miracle! oui, miracle prodigieux !

Miracolo inaudito, e mai veduto!... Miracle inouï et jamais vu !

Salute, o santo mcsso del Signor... Salut ! O saint envoyé du Seigneur

Dio! Grazie, o cielo, che il debol è protettoî Dieu ! Merci ! O ciel ! (parce que) le faible

est enfin protégé !

Caricature inédite, obligeamment communiquée par M. Grossi, directeur du Papagallo.

(Voir, ci-contre, l'explication de la figure.)

avec les artistes et l'orchestre du « Lycée » de Bologne. Le succès fut immense, vu la valeur des artistes, chanteurs et musiciens. Toutefois, les journaux de Florence ne craignirent point de dire qu'ils eussent préféré des flacons de Chianti (vin de Toscane) à des chopes de bière allemande.

Le dessin ici reproduit représente donc M. Scalaberni en route pour Florence. Le personnage qui se trouve dans la hotte est le chevalier Antonelli, alors directeur du Concert public de Bologne et de l'orchestre du Grand-Théâtre, en même temps fabricant d'eau de Seltz, ce qui se voit aisément à la façon dont il arrose le cygne. Les litres tout autour de la hotte représentent les choristes, qui, en Italie du moins, sont ordinairement de grands buveurs. Les pains placés au-dessous des litres personnifient les figurants, pauvres gens — souvent vagabonds — appelés de l'autre coté des Alpes magnariti (mangeurs). Le magicien qui sort de la poche supérieure de M. Scalaberni est feu M. Mariani, directeur de l'orchestre. Dans l'autre poche sont les acteurs de l'opéra. Le personnage placé sur le cou du cygne représente le chevalier Lohengrin. Il porte une bannière sur laquelle on lit : Luganeghen, mot dont la prononciation se rapproche assez de « Lohengrin », et qui, en patois lombard, veut dire « saucisses ». Les oiseaux placés dans la cage sont l'image des danseuses, souvent hirondelles légères... La lanterne est destinée à chercher les notes qui pourraient s'égarer. Il y a aussi le petit oiseau de l'imprésario, sa chatte (la petite Fanny), le libretto de l'opéra, et jusqu'à un meuble intime à l'allusion assez transparente. Les toiles des scènes, peintes par MM. Bortolotti, Trombetti, Marini, ont été pliées sur le chariot qui se dirige vers Florence à toute vapeur, laissant loin derrière lui les tours penchées de Bologne.

(1) Voici, à titre de curiosité, la reproduction de l'affiche annonçant la première représentation de Lohengrin au théâtre de Bologne :

« Bologna.GranTeatro communale. Mercoledil0 novembre 1871, aile ore 8 préc. PrimaRappresentazione délia grande Opéra Romantica in 5 Atti « Lohengrin» per la prima volta rappresentata in Italia. Editore proprietario dell'opera, Francesco Lucca di Milano. Parole e Musica del célèbre Maestro Riccardo Wagner,

Diretto dal Cavalière A.ngelo Mariani Dapo la suddetta Opéra, avrà luogo

il Ballo grande « La Semiramiçle del Nord » del Coreografo Monplaisir. »

Epig rafe mu sic a la... Composizione dell' avvenire del Maestro X, Y e Z. Épigraphe musicale... Composition de l'avenir du Maëstro X, Y, Z.

Au-dessous de cette très artistique composition du Spiriio Foîletto se trouve une légende dont voici, à la fois, le texte et la traduction.

N.-B.— Avvertiamo i lettori del «Follet- N.-B. — Nous avertissons les lecteurs du

to » , che tutti indistamente, anche i cretini Folletto, que tous indistinctement, même

délia Scala, possono leggere a prima vista les crétins de la Scala, peuvent lire à pre-

questa mus'ica che si adatta tantobene alla mière vue cette musique s'adaptant si

parola. I nostri lettori ci saranno grati di bien aux paroles. Nos lecteurs nous sau-

averli iniziati in quei misteri, la cui igno- ront gré de les avoir initiés à ces mystè-

ranza compromise tanto la riputazione del res, dont l'ignorance a tant compromis

publico del Teatro délia Scala in quest' cette année la réputation du public du

ann0 ; théâtre de la Scala!

(Spirito Folletto, de Milan, 24 avril 1873.)

Cette charge, qui ne manque ni d'intérêt, ni d'allure artistique, a trait à la première représentation de Lohengrin à Milan. La pièce tomba au milieu de sifflets tels, qu'on ne put même pas achever le dernier acte. Les artichauts, les oignons et autres légumes figurés sur le dessin, rappellent la nuée de projectiles végétariens qui furent alors lancés de toutes parts sur la scène.

En effet, tandis que Bologne s'est toujours enthousiasmé pour la « musique de l'avenir », Milan restait partisan convaincu de l'ancien système mélodique. Cette préférence est même si accentuée dans l'antique cité lombarde qu'on a terriblement sifflé le « Mefistofele » du milanais Arrigo Boïto, opéra qui, peu après, devait faire triomphalement le tour de tous les théâtres italiens (1).

Au milieu du dessin, paraissant être de la musique, se trouve l'épigraphe suivante :

« Lohengrin — dramma ed opéra — di Riccardo Wagner — Musica — dell'avvenire — dedicata — a Lucca, Filippi e consorti.

— Edizione proibita — in Italia. »

En voici la traduction :

u Lohengrin — drame et opéra — de Richard Wagner — Musique — de l'avenir — dédié — à Lucca, Filippi et Cie.

— Édition défendue — en Italie. »

Lucca était l'éditeur qui avait acheté le droit de représentation; quant à Filippi, on vient de voir quelles étaient ses opinions musicales.

(1) Arrigo Boïto, poète et musicien de grande valeur, né en 1842. Comme "Wagner il a écrit le livret et la musique de plusieurs de ses œuvres. D'autre part, c'est lui qui a traduit en italien Tristan et Iseult ainsi que Rienzi. Il fut, avec Filippi, à la tête du mouvement wagnérien en Italie.

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