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LES AUTOGRAPHES MUSICAUX

DE WAGNER

L'impôt de la signature et de l'autographe. — Fiancés allemands et collectionneurs américains. — Gomment Wagner savait remercier ses hôtes en musique.

Nombreux sont les autographes de Wagner, lettres ou musique ; plus nombreux encore les faux autographes, car il y a eu tout un commerce de manuscrits wagnériens, créé pour répondre aux incessantes demandes d'un public enthousiaste.

Gomme tous les personnages en vue, comme tous ceux qui, à un moment donné, paraissent incarner en eux le génie d'un pays, Wagner qui, plus heureux qu'un roi, est mort sur son Bayreuth sans avoir eu de Sedan, a passé par l'impôt de la signature et de la pensée manuscrite. Il n'a pas eu seulement à subir le coup de l'album, la traite forcée tirée sans avis, à bout portant ; il lui a fallu encore faire face aux épîtres terriblement suggestives des jeunes fiancés wagnéromanes voulant, en guise de cadeau de noces, offrir à leur Eisa ou à leur Brunhild, quelques lignes de la main du Maître. Un cœur, un piano, le portrait et la signature du créateur

de fart national, n'est-ce pas la félicité céleste pour les couples germaniques épris des clairs de lune et des soirées bayreuthiennes ! « Sois heureuse, ô ma Thilda(Mathilda) » dit une comédie-bouffe jouée à Vienne : « tu pourras de tes propres yeux, contempler l'effigie et la griffe magistrale de ton roi, de ton Richard. »

Et après les fiancés des bords du Rhin, les collectionneurs américains, tous les rastaquouères vivant aux crochets de la célébrité, tous ceux dont la spécialité consiste à braquer sur les hommes célèbres le revolver de la demande d'autographe, tous ceux qui possèdent la collection unique à laquelle ne manque jamais qu'une seule pièce, celle du Maître à qui Ton écrit.

Et timbres-poste d'affluer à Rayreuth pour la réponse désirée, mendiée, quêtée; timbres-poste dont on eût pu, suivant le dire d'un intime du Jupiter musical, tapisser tous les murs de la villa Wahnfried. Ce que sont les demandes d'audiences ou de secours dans un ministère, dans une administration officielle, telles furent les demandes de copie adressées au prince de la musique.

A tout cela l'auteur du Lohengrin répondit peu ou point : on ne saurait l'en blâmer d'autant plus qu'il se réservait pour les intimes.

Comment! c'est ce que nous allons voir.

Comme la peinture, comme la poésie, comme tous les arts d'improvisation et d'inspiration, la musique prête facilement à la pochade, au croquis prestement enlevé, et Wagner, à la façon de ses compatriotes, est un solennel qui ne craint point le rire. Artiste multiple, il passe avec une égale aisance du poème épique à la gaudriole, du drame musical à Tépigramme orchestrée.

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