THEATRE DE BA YR EU TH
« La ville choisie ne devait pas être une capitale avec un théâtre déjà existant, ni une ville d'eaux, amenant en été un nombreux public absolument impropre à pareil spectacle : autant que possible, il fallait que ce fût au cœur de l'Allemagne, et dans une ville de Bavière, parce qu'il me faut aussi songer pour moi à un séjour durable, et que je puis le trouver en Bavière seulement. »
Vue perspective intérieure de la salle du Théâtre de Bayreuth.
Wagner ajoutait encore que Bayreuth avait le grand avantage d'être un terrain vierge pour l'art et d'appartenir au pays dont le roi lui avait accordé de si grandes faveurs. Wagner entreprit tout aussitôt à travers l'Allemagne un véritable voyage d'exploration à la conquête de son théâtre, — organisant en même temps des concerts, cherchant à passionner les masses. A Mannheim, à Vienne, à Hambourg, à Berlin, à Cologne, furent ainsi donnés des festivals de propagande.
Malgré cela l'argent ne venait que difficilement, et sans un crédit libéralement ouvert par Louis II, on n'eût commencé ni la scène ni les décors.
De toutes les associations, celle qui se remua le plus, celle
qui obtint le plus sérieux résultat fut le Wagner- Verein de Mannheim, qui prit à lui seul cent soixante-dix parts triples à 300 marcks, soit un total de 51,000 marcks.
La salle, comme on peut le voir, est construite en amphithéâtre sans étages, sans les loges, sans les galeries qui existent habituellement. Ce n'est qu'une suite de gradins rappelant les théâtres antiques, avec cette différence que les bancs de pierre des Romains sont remplacés par des banquettes à dossier, simplement cannées, sans appuie-bras. (Ces banquettes ne figurent naturellement point sur le dessin architectural ici reproduit.) Dans cette sorte d'auditorium, il y a trente rangées de sièges et place pour quinze cents personnes.
Les côtés sont occupés par des pilastres en style Renaissance formant coulisse et entre lesquels se trouvent les portes d'entrée et de sortie. Au bout de cet auditorium, presque au même niveau que la dernière rangée, se trouve une succession de loges; c'est ce qu'on appelle la Fùrstengallerie, soit la galerie des princes. Cette partie du théâtre contient environ deux cents personnes.
La toile ne se lève pas comme dans nos théâtres. Quand le prélude est joué on tire deux rideaux, à droite et à gauche, et cette façon de découvrir la scène ne manque pas de charme (1). Dès que la pièce commence, le gaz est fortement baissé et la scène seule demeure éclairée.
L'orchestre n'est pas apparent; il est séparé des spectateurs par un grand auvent. Ne pouvant ni voir ni être vus, les musiciens que dirige un chef d'orchestre de talent et de race israélite (le fait est à mentionner étant donnée l'antipathie de Wagner pour les juifs) ne craignent point de se mettre à leur aise.
Çà et là des affiches imprimées en plusieurs langues ; recommandations à l'usage des spectateurs. Voici, du moins, les deux principales :
1° Le commencement de chaque acte est annoncé par des fanfares.
('!) Les théâtres populaires suisses sont machinés absolument de la même façon.
On est prié de prendre ses places immédiatement.
2° Les dames sont respectueusement priées d'ôter leurs chapeaux après avoir occupé leurs places.
Toutes les places, à l'exception de celles de la Fùrsteng aller ie coûtent uniformément le même prix :?30 marcks (37 fr. 50).
Le public étant pour ainsi dire de plain-pied, la sortie peut, s'effectuer facilement en quelques minutes, même une fois le gaz baissé.
Les représentations de Bayreuth commencent à quatre heures et finissent à dix heures : les entr'actes durent une demi-heure, quelquefois même trois quarts d'heure, ce qui permet de se reposer le corps et l'esprit. Durant ces entr'actes une partie du public va boire et manger à la brasserie, suivant les .habitudes allemandes; les autres soupent après la fin du spectacle.
Au-dessus de Bayreuth.
Les Anges. —Pourvu que ceux d'en-bas ne laissent échapper aucune note !
(Figaro, 14 juillet 1883.)