‹ Richard Wagner et le drame contemporain; introductionChapitre 10 sur 43 · Walkure, acte I, scène iir, Siegmund seul · texte numérisé non relu

Walkure, acte I, scène iir, Siegmund seul

a bâti une période entière sur l'allitération d'un très petit nombre de consonnes [deux essentielles) et les similitudes de quelques voyelles simples ou diphtougues :

IUntersti'irme it;ichen Dem n'onnemond, Tn nii/dem Lichte Leuchtet der Lenz; Au/' /inden Lnften, Leicht und liehiich (l'under ;t'ebend Er sif'h wiegt !

Durch n'ald und ^uc JTeht sein ^them, ITeit ge/iffnet Lac ht sein Aag\

Il n'est pas nécessaire de multiplier ces exemples; ce n'est d'ailleurs qu'en écoutant une exécution complète de la Tétralogie que l'on arrivera à se rendre compte des avantages et des inconvénients de l'allitération. En français, un tel système serait sans doute très difficile à appliquer, et risquerait d'amener des cacophonies intolérables. Cependant, certaius cas se produiront où des répétitions de sonorités et des symétries de consonnes pourront donner d'utiles et dramatiques harmonies '.

1. Quant à la valeur poi'-ticiue du te.vtf» de la Tétralogie, au point de vue des idées, du mouvement des vers, des images, de l'expression des émotions, j'ai jugé inutile d'en parler ici, les quatre drames du Hiinj devant être complètement analysés quelques chapitres plus Idiu.

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Mais le mérite de la forme est la moindre grandeur poétique de Wagner. Déjà, en analysant divers passages du texte de ses drames, j'ai noté plusieurs inspirations extraordinaires : la supplication d'Elisabeth, les doux reproches de Lohengrin, l'abandon d'Iseult,la compassion de Parsifal, le charme du vendredi saint. Il y faut pourtant revenir, car c'est là que réside, sans nul doute, la cause de l'invincible attraction exercée par Wagner sur un si grand nombre d'àmes.

« Richard Wagner, écrit M. Camille Benoît S est avant tout un poète , un grand poète dramatique, dont les ancêtres spirituels ont habité rinde et la Grèce...

« 11 s'est trouvé qu'avec sa vaste et vive intelligence, ce poète d'une nature spéciale a fait d'abord de la musique comme il eût fait de la peinture ou de la philosophie. Mais déjà l'adolescent prédestiné avait donné des marques précoces de ses instincts poétiques. Ce qui décida de sa vocation, ce qui détermina son génie l^ropre, fut précisément celte rencontre du poète et du musicien. Comme Siegfried éveilla Brunnhilde, le poète tira le musicien de sa léthargie... «

Dans l'étude des conceptions poétiques de Wagner, il y aurait lieu d'examiner en détail

\. Souvenirs de Biclinrd W'arjner, traduits par C. Benoît. — Paris, Cliarpentier, 1884. — Préface, page vi.

l'origine première des sujets, l'invention des types moraux, l'expression des émotions générales, et, enfin, les symboles. Pour ne pas redire ici des considérations qui ont trouvé place lorsqu'il s'est agi du drame wagnérien, je me bornerai à un petit nombre de remarques sur l'origine des sujets et la signification des symboles.

L'invention poétique est grande chez Wagner, encore qu'il ait utilisé des légendes ou des mythes connus depuis longtemps. Siegfried est dans la légende, dira-t-on peut-être, donc il n'appartient pas à Wagner. Et Faust, n'était-il pas également dans la légende, lorsque Goethe le prit pour en faire le héros principal de son chef-d'œuvre?

Prenons l'Anneau du Mbelunff comme exemple.

Wagner est parti d'un drame purement humain, la mort de Siegfried (telle que la lui donnait le Nibelungen~]\ot, la Détresse des Nibelungen), très probablement dans l'édition célèbre publiée en J827 par Simrock. Lorsqu'il a voulu élargir son plan, tenter de remonter aux origines et de grouper tous les événements auxquels fait allusion le poème germanique, il a dû consulter les chants Scandinaves qui traitent des Héros — la Wd/sunga-Saf/a, les ]Vilkina-Saga et iMfflunga-Saga — et enfin les Eddus elles-mêmes.

De ces poèmes, c'est la WiUsunga-Saga qui

lui a sans doute le plus servi pour le gros œuvre dramatique, du moins lorsqu'il lui a fallu passer des dieux aux héros, de Wotan à Siegfried. On trouve, par exemple, dans cette Saga fameuse, le récit du glaive enfoncé par Wotan dans le tronc du frêne.

Les Eddas nous donnent l'origine de toutes ces traditions. Il y a deux Eddas, ou plutôt deux recueils de fragments religieux ou héroïques, attribués, l'un à Soemund le Sage, prêtre chrétien islandais qui vivait à la fin du XI'' siècle; l'autre, à Snorre Sturleson (xiii^ siècle). Ces deux recueils sont aussi connus sous le nom d'ancienne et de nouvelle Eddas.

Ouvrons l'Edda islandaise de Soemund :

parmi les pièces qui la composent, presque toutes en vers allitérés, nous en voyons trois consacrées à Sigiird (le Siegfried des légendes germaines). Dans le premier poème, Sigurdarkvida Fafnirsbana (premier chant de Sigurd vainqueur de Fafner), le héros chante au sage Griper :

« Je suis Sigurd, fils de Siegmund ; Hioerdis est la mère du héros.

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