‹ Richard Wagner et le drame contemporain; introductionChapitre 42 sur 43 · Lohengrin. TrhtaneA Iseult, Pcirxifah · texte numérisé non relu

Lohengrin. TrhtaneA Iseult, Pcirxifah

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à mieux aimer, à mieux utiliser nos richesses, le merveilleux trésor de nos vieilles poésies, de nos traditions, de nos légendes. La connaissance des ouvrages de Wagner n'aurait-elle que ce résultat, éminemment national, de nous pousser à étudier nos origines artistiques, à rechercher les qualités qui font notre originalité propre, qu'elle s'imposerait, urgente, nécessaire, aux lettrés comme aux musiciens.

Ici, je cède la parole à Wagner lui-même, qui s'est nettement expliqué sur cette question, un jour, à Bayreuth, dans un entretien avec M. L. de Fourcaud ^ :

« Le Français sent et comprend le théâtre beaucoup mieux qu'aucun autre peuple... Le premier souci d'un compositeur français, décidé à s'arracher à l'ornière, doit être de se procurer un poème simple, humain, expressif, et, surtout, conforme au génie de sa nationalité.

<c ... Le Germain aime l'action qui rêve, le Français aime le rêve qui agit.

« Ne vous attachez, poètes français, qu'à prendre vos types nationaux.

« ... Au fond, il n'y a qu'une règle : c'est qu'il faut faire exactement la musique du drame qu'on s'est assigné et ne pas souffrir une note dans sa partition qui ne soit l'écho d'une parole ou l'expression d'un sentiment du poème.

1. Ilayreuther FestbldUer (1884). Articles français; conversation en date du 26 octobre 1879.

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Plus on ira, plus on se convaincra que le drame lyrique de l'avenir est, par excellence, lYeuvre de Vérité. »

Oui, le drame musical, en France comme ailleurs, plus qu'ailleurs même, sera une œuvre de vérité ; ainsi le voudra la logique de notre tempérament, du jour où nous aurons repris l'entière possession de notre vivant génie. Mais il faut descendre maintenant à des considérations moins générales, et voir pratiquement ce qui nous reste à faire.

Les sujets une fois choisis, les caractères seront développés d'une manière nette, franche, sans ambiguïté aucune. Notre musique, libérée des routines par Berlioz, peut se prêter désormais aux psychologies si complètes, si réelles en même temps, que Wagner a su mettre à la scène. Mais notre drame sera plus rapide dans son ensemble que le drame de Wagner. Moins symbolique, moins profond peut-être, il progressera d'une façon plus vive, condensera sans doute plus d'événementsdansunemoindredurée.

Le discours musical sera prosodique, même en ses mélodies les plus amples... J'entends par là que, du jour où nos compositeurs auront résolu d'adapter strictement la musique aux paroles, ils iront jusqu'au ])out de cette réforme, et arriveront, autant que cela est possible, à l'absolue justesse d'accent du dialogue chanté. Notre langue, d'un débit si prompt et si aisé,

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semble vraiment faite pour ce rationnel usage ; plus que toute autre, elle répugne aux dislocations de mots, aux extensions intempestives de syllabes, et c'est grand sujet d'étonnement qu'il n'y ait point un seul de nos opéras où la prosodie normale soit respectée.

Les mélodies mères et les motifs typiques auront leur emploi nécessaire dans la musique de drames avenir. Ils constituent aujourd'hui l'organisme obligé de toute symphonie accompagnant une action. Gela est au mieux, et l'on ne saurait trop engager nos jeunes compositeurs à s'attacher à une telle méthode, sous condition toutefois de ne jamais prendre le moyen pour le but. Une partition bourrée de leitmotive peut demeurer inférieure au moins bon des opéras. Le système des motifs conducteurs est le plus riche, le plus logique, le plus clair, le plus dramatique des procédés d'expression; mais s'il devait mal remplir ce rôle expressif, ne pas répondre en tout instant aux intérêts et aux émotions du drame, mieux vaudrait sans doute l'ancien hasard des thèmes! Aussi, point de hiératisme musical, pas d'alphabet conventionnel devenant indispensable à l'intelligence de la symphonie dramatique. Que toute mélodie caractéristique, que toute sonorité déterminante soit une réponse à de claires paroles, à d'évidents effets de scène, à des émotions surtout, certaines, significatives, infailHbles.

Nos jeunes musiciens ont appris de Wagner à user logiquement des thèmes caractéristiques, à tendre vers un emploi symphonique régulier de l'orchestre , à donner une valeur musicale réelle à toutes les parties de leurs drames. Ils ont très heureusement mis à profit la technique du maître, toutes les inventions, tous les progrès dont il a enrichi l'Art. Qu'ils apprennent de lui maintenant à ne considérer leur savoir que comme un moyen supérieur d'expression. Tout est subordonné à la pensée, au sentiment. La musique est une langue, qui doit rester pleinement intelligible ; au théâtre , sinon même ailleurs, le contrepoint le plus ingénieux ne vaut que parles idées qu'il exprime, parles émotions qu'il suggère.

N'essayons pas d'imiter le glorieux auteur de Parsifal; il ne nous sert de rien de copier ses œuvres, d'y chercher des sujets de drame, d'y prendre des formules scéniques ou musicales. Wagner ne saurait être déclaré chef d'école sans en éprouver un amoindrissement. Honorons-le en proclamant l'universalité de sa méthode, mais apphquons cette méthode à nos sujets propres, selon le tempérament qui nous est particulier.

Soyons de notre race et de notre sol. C'est en prenant cet assuré point de départ, suivant l'exemple de Wagner, que nous pourrons atteindre à l'humanité ofénéraie.

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Hâter la connaissance, la diffusion des œuvres immortelles de Richard Wagner, c'est hâter ces progrès nécessaires qui ont été signalés plus haut. Notre seul désir est d'aider à cette tâche, de travailler à élargir un mouvement dès longtemps commencé, et au sujet duquel notre espérance est grande.

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