RÉALISATION SCÉNIQUE DES DRAMES DE WAGNER
tion de VAnneau, le découragement s'empare de lui, en dépit des exhortations de Liszt qui lui garantit que V Anneau sera représenté moins d'un an après son achèvement. Il fcst saisi du désir irrésistible de voir et d'entendre de nouveau un drame de lui sur une scène lyrique de France ou d'Allemagne, Il interrompt l'exécution de la tétralogie, pour composer rapidement Tristan, et, mettant de côté son grand projet de théâtre modèle, il tente de nouveau la fortune sur les scènes lyriques existantes. Mal lui en prend d'ailleurs : car Tannhâuser est sifflé à |Paris ; et tous ses efforts pour faire représenter Tristan à Strasbourg ou à Paris, à Karlsruhe ou à Vienne échouent lamentablement.
Plus découragé que jamais, n'attendant plus rien de l'avenir, presque résigné à laisser VAnneau inachevé, Wagner se décide en 1862 à publier du moins le poème de sa tétralogie. Dans une préface qui respire une profonde mélancolie, il expose encore une fois le grand projet de théâtre modèle qui hantait depuis si longtemps son imagination, et dont il avait, onze ans auparavant déjà, lancé l'idée parmi le public dans sa Communication à mes amis. Ses convictions n'ont pas varié : il veut toujours un théâtre spécial construit non dans un grand centre mais à la campagne ou dans une petite ville ; un orchestre placé en contre-bas et dissimulant aux spectateurs la vue des instrumentistes et du chef d'orchestre ; des représentations solennelles données à intervalles éloignées devant un auditoire d'invités et d'artistes, non devant le public payant, sceptique et blasé des grandes villes. Wagner n'a guère modifié SCS desiderata que sur un point : le théâtre modèle ne doit plus être une construction éphémère destinée à disparaître après les représentations de VAnneau, mais une institution permanente ; il doit devenir le