‹ Richard Wagner, poète et penseur (volume 2)Chapitre 99 sur 135 · RÉALISATION SCÉNIQUE DES DRAMES DE WAG.XER · texte numérisé non relu

RÉALISATION SCÉNIQUE DES DRAMES DE WAG.XER

inviterait de même toute la jeunesse de Zurich, étudiants, sociétés de chants, etc. ; l'entrée serait gratuite pour tout le monde. Lorsque tout serait prêt, il ferait jouer trois fois dans l'espace d'une semaine Siegfried^ après quoi le théâtre serait démoli et la partition brûlée. « Aux gens à qui la chose aurait plu, je dirais alors: eh bien I faites de même. Et s'ils voulaient entendre une œuvre nouvelle de moi, je leur dirais : A vous de rassembler l'argent nécessaire » (i).

Au moment même où il échafaudait dans son imagination ce grand projet, Wagner élait le premier à se rendre compte de tout ce qu'une pareille idée avait de chimérique. Aussi, malgré le mépris qu'il ressent pour les théâtres d'opéras, se montre-t-il à cette époque très préoccupé d'assurer à ses drames une diffusion aussi large et aussi rapide que possible sur les scènes lyriques de l'Allemagne : il souhaite ardemment d'être joué et cela non pas seulement pour gagner un peu d'argent, maisaussi dans l'intérêt de sa gloire ; ce désir est même si vif que, comme nous l'avons vu, il lui arrive d'autoriser des représentations vraiment défectueuses de ses œuvres. Son projet de monter un théâtre spécial pour ses drames sur la légende des Nibelungen reste pour lui à l'état d'espoir indéterminé ; mais cet espoir lui est cher et lui donne le courage nécessaire pour continuer son œuvre. Il a le sentiment d'avoir sacrifié Tannhâuser et Lohengrin à ses besoins d'argent, de les avoir vendus au monde d'Albench, à la société capitaliste, h' Anneau du Nibelung ne doit pas subir le même sort : à aucun prix il ne sera l'objet d'un trafic (2).

(1) Lettres à Ulilig, p. F.9 ».

(2) Lettres à Lisit, /, 291.

FORME PRIMITIVE DE l'idÉE DE BAVUEUTII SyS

Dès qu'il a conçu, en i85i, le plan d'ensemble de la té^ tralogie, Wagner renonce de parti pris à toute idée dé représenter cette œuvre gigantesque sur une des scènes lyriques d'Allemagne. Il est décidé à ne pas tolérer* d'exécution partielle de VAnneaii avant d'avoir organisé lui-itiême une fête soleflhelle où les quatre draffiës seront joUés Consécutivement» AUssi écrit-il immédiatement à Liszt à qui il avait promis le Jeune Siegfried pour le théâtre de Weimar, afin de se dégager de cette proffiessc; Il veut consacrer tt*ois ans de sa vie à achever sa tétralogie, puis construire un théâtre sur les bords du Rhin (i), et, après un an d'études, y faire représenter solennellement son œuvre. « Si extravagant que soit ce plan, écrit-il à Uhlig, c'est k lui seul, cependant, que je consacre ma vie et mon at-t. Si je le réalise, j'aurai vécu uiie vie splehdide; si j'échotle, je serai mort à une belle tâche » (2). Deux ans plus tard, son plan s'élargit encore: il rêve d'orgatliser dans son théâtre spécial un cycle de représentations mo^ dèles de tous ses drames y compris VAnfieati (3). Et pen^ dant quatre ans encore il travaille à sa grande œUvre, soutenu par cet espoir incertain, résolu à tout risquer pour la réaliser; s'il meurt avant d'avoir fait jouer V Anneau, il léguera la partition à Liszt avec mission dé la brûler si lui non plus ne parvient pas â la faire exécuter dahs l'esprit voulu (4)- Mais en iSBy il se lasse enfin: devant le refus dé l'éditeur Hartel de lui acheter d'avancé la pàrti^

(1) AVaguer lieut dès l'ori^jine à ce que son théâtre modèle soit édiCé rt;ins tiiie péliUi ville « loin de la fumée et de la peste industrielle de notre civilisation urbaine » (Lettre à Liszt, /, 16l); mais il hésitait encore â ce moment entre les bords du Riiin, Weinial- ou Zurich.

(2) Lettres à Ublig, p. 120 (12 nov. InôI) ; Lettres à Liszt /, 149 (20 nov. 185)). — Les mêmes idées sont exprittiées juibliquement dans la Conimunicalion à mes amis. (Ges. Schr. IV, 3i3).

(3) Lettres à Rùdid, p. 17.

(4 Lettres à Liszt, //, 60.

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