‹ Richard Wagner, poète et penseur (volume 2)Chapitre 111 sur 135 · LES CRIMES DE LA SCIENCE · texte numérisé non relu

LES CRIMES DE LA SCIENCE

formidable de machines dont la construction, l'entretien et l'utilisation exigent la misère et l'abrutissement de tout un peuple de , prolétaires (i), de fournir aux détenteurs du pouvoir des moyens de destruction toujours plus perfectionnés pour faire la gvierre et anéantir leurs semblables. Mais il est incapable de mettre fin aux souffrances réelles qui travaillent l'humanité ; il ne connaît pas le moyen de résoudre la question sociale ; il ne parvient pas à empêcher ses concitoyens sans travail de mourir de faim (2) ; il ne sait rien, il ne peut rien eî^ par ses folles prélejTitions, par son ridicule orgueil il retarde l'avènement de la sagesse vraiment libératrice, de la conscience de notre dégénérescence, qui peut seule amener la conversion de la volonté égoïste et, par là, îa rédemption de l'humanité déchue.

La science devient même nettement criminelle quand, sous prétexte de perfectionner l'art de guérir, elle s'arroge le droit de faire périr des animaux dans de lentes et atroces tortures. Wagner se range, sans crainte du ridicule, du côté des adversaires de la vivisection (3). Il use d'ailleurs, pour la proscrire, d'argqjiients très dilïérents de ceux qu'on met d'ordinaire en avant. Les ennemis de la vivisection se placent généralement au point de vue utilitaire et s'efforcent de démontrer que la vivisection est superflue pour l'avancement de la science : ils protestent contre le sacrifice inutile d'animaux ; à la rigueur, ils admettraient la vivisection réduite à un strict minimum et placée

(1) Ges.Schr. T, 246.

(2) « W e»n un.iere WissenscJiaft, der Abgotl dcr modernon Wclt, unscren Staatsverfassiinf)Cn so viid gcsunden Menackcnversluml ziifiUiren honnie, (lasz sic, Z..B. ein MilteL çjegen dus Verhungcrn arheitsloser MithUrger auszufinden vermôchle^ miiszlen wir sie an Ende in Aiistausche fur die impotent (jeivordene kirchliche Religion dahinnehmen. Aber sie kann gar nichla. » {Ges. Schr. X, 124).

(3) Voir sa lettre à Eriist vou Weber. Ges. Schr. X, 194 ss.

SOUS le contrôle de rÉtat, s'il était démontré qu'elle est indispensable aux progrès de la médecine. Wiagner repousse nettement ces considérations utilitaires: s'il condamne la vivisection c'est parce qu'elle est impie et, partant, il la condamne absolument. La sagesse, selon lui, nous apprend à compatir à toute souffrance ; or la soulTrance des animaux nous apparaît comme particulièrement cruelle, parce que elle est dénuée de toute espèce de sens. Pour l'homme la douleur est une éducatrice qui peut le mener à la rédemption ; pour les animaux elle n'est qu'une torture stérile et sans résultat possible. En face de leurs souffrances nous devons donc ressentir au plus haut degré cette pitié instinctive, élémentaire, active, indifférente à toutes les considérations utilitaires, qui est le fondement de toute morale et qui seule peut nous conduire au salut. Si nous sommes incapables de cet élan spontané du cœur en présence des tortures infligées aux bêtes innocentes, il y a tout à parier que nous sommes, d'une façon générale, incapables de vraie pitié et que le spectacle de la souffrance humaine, de la misère des déshérités de la vie nous laissera indifférents ou ne nous inspirera qu'un vague sentiment de commisération inefficace et, au fond, égoïste. Si la pitié active pour tout ce qui souffre peut seule amener la régénération, c'est un devoir impérieux pour nous de soustraire à tout prix les animaux aux tortures de la -snvisection, et de flétrir hautement l'abominable cruauté de leurs bourreaux sans nous laisser abuser par les théories philanthropiques et humanitaires qu'ils mettent en avant pour excuser leurs atroces pratiques.

Nous voyons à présent la position que prend Wagner à l'égard de la science. Si la science ordonne à l'homme de croire qu'il n'y a d'autre vérité que celle que nous atteignons par le raisonnement abstrait et par l'expérience.

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