‹ Richard Wagner, poète et penseur (volume 2)Chapitre 19 sur 135 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Projets de réforme

« Victoire ! Victoire ! ô mes bons, mes fidèles, mes chers amis ! Le jour s'est fait ; il luira pour vous tous ! »

C'est en ces termes que, six mois après avoir quitté Paris, Wagner annonçait le succès éclatant de la première de Rienzi (20 octobre 1842) au petit groupe d'amis dévoués qu'il avaitlaissés là-bas. Brusquement, presque sans transition, il connut, après les affres de la misère, l'ivresse du triomphe ; le pauvre musicien qui pendant trois ans avait végété obscurément, écrivant pour gagner son pain des arrangements et faisant de la « copie » pour gazettes musicales, se réveilla un beau jour célèbre, auteur à la mode, grand favori du public de Dresde qui l'acclamait chaque soir avec enthousiasme. Et, tandis que les représentations de Rienzi continuaient leur cours triomphal, la direction de Dresde acceptait le Vaisseau-fantôme dont la partition, refusée à Munich et à Leipzig, sommeillait au fond des

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cartons de rOpéra de Berlin ; le nouvel ouvrage de Wagner, rapidement monté, était représenté le 2 janvier i843 et obtenait un succès aussi complet — en apparence tout au moins — que celui de Rienzi. Et à la suite de ces deux triomphes, le jeune musicien était nommé à la fin de janvier au poste très recherché de Kapellmeister à l'Opéra royal de Dresde, aux appointements de i,5oothalers par an. C'était une position inespérée pour un miséreux criblé de dettes comme Tétait Wagner. Et pourtant il l'accepta sans enthousiasme, presque avec angoisse. Il appréhendait de se trouver de nouveau mêlé par métier à cette vie de coulisses dont il avait connu toute la mesqui nerie pendant les quatre années où il avait été chef d'orchestre à Magdebourg, Kônigsberg et Riga. Surtout il craignait d'aliéner sa liberté en acceptant une fonction officielle qui allait nécessairement absorber une bonne partie de son temps et de son énergie. Et, s'il se décida néanmoins à accepter la place qui lui était offerte, ce fut peut-être moins à cause des avantages matériels qu'elle lui procurait, que parce qu'il espérait pouvoir, coïmae, KapeLmeisler royal, préparer à Dresde une réforme sérieuse de l'opéra et frayer ainsi la voie à la conception nouvelle de l'art qu'il prétendait inaugurer en Allemagne.

L'idée de créer à Dresde un centre artistique conforme à ses idées était bien de nature à séduire l'imagination de Wagner. L'opéra royal de Dresde était, en effet, une des premières scènes lyriques de l'Allemagne. Le théâtre venait d'être reconstruit d'après les plans de Gottfr:ed Semper, et la salle avait été décorée par les meilleurs décorateurs parisiens. L'orchestre était nombreux et composé d'excellents artistes dont quelques-uns comme le violoniste Lipinski, le violoncelliste Dotzauer et surtout le tlûliste Fuistcnau étaient des virtuoses renommés. Les

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