I 70 PREMIERES ANNEES D EXIL
nières années, rendu le séjour de Dresde presque intolérable. « Quand proscrit, persécute, je ne fus plus tenu à aucun ménagement, à aucun mensonge ; quand j'eus rejeté loin de moi tous les désirs, toutes les espérances qui me rallacliaicnt à ce monde maintenant victorieux; quand je pus lui crier bien haut et sans ambages, .à ce monde hypocritement soucieux d'art et de culture, que moi, l'artiste, je le méprisais du plus profond de mon cœur ; quand je pus lui dire que dans Ses veines ne coulait pas une goutte de sang artistique, que son cœur ne battrait jamais d'un sentiment vraiment humain, que de tout son être ne s'exhalerait jamais un parfum de véritable beauté ; — alors, pour la première fois de ma vie, je me sentis pleinement libre, sain et joyeux, tout en ne sachant pas où je trouverais, le lendemain, un asile où je pourrais respirer l'air du ciel (i). »
Continuer à faire de lapolHique active, Wagner n'y songea pas un instant. Il n'avait jamais cessé de considérer sa mission artistique comme le but unique de son existence. La révolution de Dresde ne l'avait intéressé temporairement que parce qu'il y avait vu le prélude de celle régénération spirituelle qu'il jugeait nécessaire au libre épanouissement de l'art dans la société moderne. Lorsque les faits lui eurent démontré brutalement qu'il s'était trompé en attribuant une importance démesurée à la crise politique dont il avait été témoin, il se désintéressa aussitôt de toute espèce de politique militante pour se confiner uniquement dans sa tâche d'artiste. Et considérée sous cet angle, sa participation à l'émeute de Dresde lui apparut bientôt comme un incident si fortuit, si dépourvu de toute importance réelle, qu'il fut tenté à (oui nislant d'oubher sa
(1^ fifio .'^rh,- JV. 334; cf. Lettres à ROckel, 3: à Fischer, 28S. «te.