PORTÉE MORALE ET NATIONALE DE L'ŒUVRE DE BAYREUTH
Wagner. — Et à ce titre le théâtre de Bayreuth est aussi, pour Wagner, une œuvre essentiellement allemande. Ce qui caractérise en effet d'après lui le génie allemand, c'est l'objectivité et l'idéalisme : tandis que le Français est dirigé dans tous ses actes par l'amour de la gloire et par le souci de l'opinion d' autrui, tandis que le Juif ne considère toute chose qu'au point de vue du profit matériel qu'il peut en tirer, l'Allemand se plaît, lorsqu'il obéit aux instincts profonds de sa nature, à contempler les hommes et
i les objets extérieurs tels qu'ils sont, à les comprendre et à les aimer pour eux-mêmes, à se dévouer pour une personne, pour une cause, pour un idéal, abstraction faite de' tout
! intérêt égoïste. C'est ce génie allemand qui, selon Wagner, s'est manifesté avec un incomparable éclat, dans la noble et touchante figure du grand Sébastien Bach ; c'est lui qui, avec Lessing, Winkelmann, Gœlhe, a découvert et révélé au monde l'art antique ridiculement travesti par les Français du xvu° siècle ; c'est lui qui a compris Shakespeare mieux que les Anglais eux-mômes; lui encore qui, avec Beethoven, a ouvert à la musique un domaine immense. C'est lui enfin qui doit inspirer le drame musical, l'œuvre d'art intégrale, la synthèse harmonieuse de tous les arts particuliers. Le théâtre de Bayreuth où se réalise ce drame, nous apparaît donc, par l'idée morale dont il est le sym-
, bole visible, comme un temple élevé au génie allemand, à cet esprit d'abnégation, de foi ingénue en l'idéal qui a fait la grandeur des maîtres de l'art allemand (1).
(i) Waguer définit ainsi ce qui est « allemand » : Die Sache, die man
treibt* um ihrer selbst und der Freude an ihr wiUen treiben, wogegen
dos Nulzlichkeilswt sert, d. h, dos Prinzip, nach welchem et ne Sache
des auszerhalb liegenden Zweckes wegen betrieben wird, stch als
; undeutsch herausstcilte Die hierin awgesprochene Tugend der Deutsche n
• fiel daJter mit dem durch sie erkannten hôchsten Prinzipe der AJsthetik
zus> mmen, nach welchem nur dat Zwecklose schôn ùt. » (Get. Schr, VIII,
90 s.). — De même, après avoir résumé L'œufre du génie allemand de
Bac* * Goethe, Wagner ajoute : « Dièse Thaten voUbrachte der deutsche