‹ Richard Wagner, poète et penseurChapitre 11 sur 192 · WAGNER ÉTUDIE LE DESSIN · texte numérisé non relu

WAGNER ÉTUDIE LE DESSIN

il la suivit, une fois qu'il s'y fut engagé, avec une incroyable énergie et sans jamais se laisser arrêter par les obstacles de toute sorte qui s'accumulèrent devant lui.

L'une des premières influences auxquelles fut soumise la jeunesse de Richard Wagner, est, tout naturellement, celle de Geyer son père adoptif . Louis Géyer, qui était acteur de profession et gagnait très honorablement sa vie au théâtre, avait en outre un talent assez modeste quoique réel pour la peinture qui l'avait attiré tout enfant et qu'il n'avait jamais cessé de cultiver avec un amour tout particulier. Il finit même par jouir comme portraitiste d'une assez jolie réputation; si bien que, tout en continuant son métier de comédien, il fit les portraits d'une foule de hauts personnages, entre autres ceux du roi et de la reine de Saxe et de la reine de Bavière. Et comme il était infiniment plus heureux de ses succès de peintre que de ses succès de comédien, il rêva de voir son fils d'adoption devenir un maître dans cet art oh il n'avait lui-môme pu ôtre qu'un amateur. Il chercha donc à faire naître en lui fe goût de la peinture. Mais le jeune Richard fut bien vite rebuté par les débuts forcément arides de l'enseignement technique du dessin. Il aurait volontiers composé tout de suite des grands tableaux comme ceux qu'il voyait dans l'atelier de son père adoptif ; au lieu de cela, « on l'obligeait à dessiner indéfiniment des yeux » et cotte besogne ne tarda pas à l'ennuyer. Mais si ces études de dessin et de peinture ne furent pas poussées bien loin, ce n'est pas à dire qu'elles aient été inutiles au développement du génie de Wagner. On sait en effet à quel point se développa *^»s tard chez lui l'imagination pittoresque. « Chaque ion », dit un critique peu suspect de partialité en faveur, « s'incarne pour lui dans une suite de ta» *ux des plus grandioses, qui, quand ils sont composés

tels que Wagner les a vus avec son œil intérieur, doivent bouleverser et ravir le spectateur. La réception des hôtes dans la salle de la Wartbourg, l'apparition et le départ de Lohengrin dans la barque tirée par un cygne, les ébals des trois filles du Rhin dans le fleuve, le défilé des dieux sur le pont d'arc-en-ciel vers la burg des Ases, l'irruption de la lumière lunaire dans la cabane de Hunding, la chevauchée des neuf Walkiires sur le champ de bataille, Brûnnhilde dans le cercle de feu, ...l'agape des chevaliers dans le château du Graal, les funérailles de Titurelet la guérison d'Amfortas, — ce sont là des tableaux qui n'ont pas jusqu'ici leurs pareils dans l'art. » (1) Qui sait si ce talent prodigieux de « peintre à fresque » que ne lui contestent pas ses détracteurs les plus résolus, n'a pas germé en lui, tandis que, tout enfant, il regardait avec admiration les tableaux de Louis Geyer et étudiait sous sa direction les premiers éléments du dessin.

D'autres influences semblaient devoir pousser Wagner vers la carrière d'artiste dramatique. Son père, Frédéric Wagner, amateur passionné de théâtre, avait joué jadis lui-même à Leipzig. sur une scène d'amateurs et destinait au théâtre l'aînée de ses filles, Rosalie. L'influence que Geyer, qui était acteur de profession, exerça ensuite sur ses enfants adoptifs vint encore fortifier chez eux ce goût héréditaire que leur avait légué leur père. Rosalie Wagner fut actrice comme l'avait voulu son père et débuta à quinze ans au théâtre de Leipzig. Deux de ses sœurs imitèrent son exemple : la première, Louise, joua dès l'âge de dix ans des rôles d'enfants ; la seconde, Clara, fit ses débuts sur les planches vers le môme âge. Le frère aîné de Wagner,

(1) M. Nordau, Dégénérescence ; 4« édition 1896, tome I, p. 346, cf. Preytag, Erinnerungen9p, 204 s. et Nietzsche, Werke; Leipzig 1895-97, tome VIII, p. 26.

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