‹ Richard Wagner, poète et penseurChapitre 126 sur 192 · IDÉE PREMIÈRE D'UN DRAME SUR LA LÉGENDE DU GRAAL · texte numérisé non relu

IDÉE PREMIÈRE D'UN DRAME SUR LA LÉGENDE DU GRAAL

études sur la légende de Siegfried et l'histoire de Barberousse, il rattache, avec le philologue Gôttling, la légende du Graal à celle des Nibelungen et conçoit le Graal comme le trésor des Nibelungen spiritualisé (1).

Vers la même époque, Wagner concevait l'idée de mettre sur la scène l'histoire de Jésus de Nazareth apportant à l'humanité corrompue par l'égoïsme la loi d'amour qui doit la délivrer du péché (2). Or la figure de ParsifaI telle que Wagner la dessinera plus tard offre* avec le personnage de l'Homme-Dieu, tel qu'il s'était efforcé de le représenter dans l'esquisse de 1848, d'incontestables analogies. Ces ressemblances deviennent tout particulièrement frappantes si l'on considère que Wagner fait paraître dans son projet de drame la pécheresse repentie, Marie-Madeleine, qui joue vis-à-vis de Jésus un rôle assez analogue à celui que Kundry joue à l'égard de ParsifaI. Si nous en croyons les. souvenirs de M1"* Wille, il aurait eu le dessein de nqus montrer Marie-Madeleine enflammée d'un amour coupable pour Jésus comme Kundry pour ParsifaI. Dans l'esquisse telle qu'elle nous est parvenue, ce motif ne se trouve pas développé ; on y rencontre en revanche d'autres traits qui se retrouveront dans le personnage de Kundry : Marie-Madeleine, que Wagner identifie avec la femme adultère de la Bible, se repent profondément de sa vie passée, elle supplie la mère de Jésus de lui permettre de servir dans la communauté du Christ comme la plus humble des servantes; elle se dévoue corps et âme à Jésus qu'elle aime passionnément et dont elle a pressenti avant tous les disciples la mission divine ; au quatrième acte, qui devait rappeler la Cène, elle oint la tôte du Sauveur avec

(1) Voir plus haut, p. 156.

(2) Voir plus haut, p. 164 il.

un flacon d'essence précieuse et lui lave les pieds. Le drame de Jésus de Nazareth, on le voit, contient déjà en germe les principaux motifs de cette scène merveilleuse du troisième acte de Parsifal où Kundry repentante â'em* presse à servir le héros qui a repoussé son amour impur, et lui lave humblement les pieds tandis que Gurnemanz sacre Parsifal roi du Graal

Quelques années plus tard, en i855, la figure de Parsifal se dessine, claire et précise cette fois, dans l'imagination de Wagner. Dès l'abord il voit en lui le héros du renoncement, le représentant de la pure religion chrétienne. Mais il songe au premier moment, comme nous l'avons vu plus haut (i), à le faire paraître au dénouement de Tristan et Iseut et à l'opposer, dans ce drame, au héros de la passion, Tristan. Il ne tarde pas, d'ailleurs, à renoncer à ce dessein : au lied de mettre en présence ses deux héros dajis le même drame, il projette maintenant, après avoir montré dans Tristan comment la passiop égoïste, en se purifiant sous l'action de la douleur, aboutit à la négation de la Volonté, de faire voir dans un autre drame comment le renoncement et la pitié peuvent devenir un principe non plus de mort mais de vie, et conduire l'humanité à la victoire et au salut. A cet effet il ébauche au mois de mai i856 le plan d'un drame bouddhiste qu'il intitule les Vainqueurs (2) et dont le sujet est précisément la rédemption parle renoncement. Le héros, Ananda, est passionnément aimé par une jeune fille appartenante la caste méprisée des Tchandàla,par la belle Prakriti qui se consume

m Voir p. «45.

(2) L'esquisse des Vainqueurs, datée da 16 mai 1836, aété publiée dam Entuurfe, Gedanken, Fragmente, p. 97 s. Le. sujet traité par Wagner e*» emprunté à une lé^eode bouddhique qu'il a trouvée dans t Introduction l'histoire du Bouddhisme indien de Burnouf. Ou trouvera une compan sou du récit de Wagner avec celui de Burnouf dans un article de Heck buyr. Blàtler, 1891, p. 9 ss.

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