‹ Richard Wagner, poète et penseurChapitre 78 sur 192 · CONCEPTION NOUVELLE DU RÔLE DE WOTAN · texte numérisé non relu

CONCEPTION NOUVELLE DU RÔLE DE WOTAN

l'importance nouvelle donnée au rôle de WoUn, subir une complète modification. Dana l'esquiase de 184 8, le règne des dieux de lumière était assuré pour toujours par le dévouement de Siegfried et l'Age d'or commençait pour l'univers racheté. La rédaction définitive de Y Anneau se dénoue au contraire par le « Crépuscule des dieux » (1), par la mort de Wotan et des dieux du Walhali qui, leur règne terminé, s'abîment dans le néant, laissant le champ libre à l'humanité victorieuse (2).

Au total, l'œuvre de Wagner, sous sa forme définitive, devait donc comprendre une trilogie, la Walkùre, le Jeune Siegfried et la Mort de Siegfried \ précédée d'un prologue, le Rapt de rOr du Rhin (3). Représenter la série de ces quatre drames sur le théâtre de Weimar, il n'y fallait évidemment plus songer. Cette œuvre démesurée, unique en son genre, ne pouvait être jouée que sur une scène spéciale, à l'occasion de quelque grande solennité, dans un avenir indéterminé, « après la grande Révolution, » comme

(i) Crépuscule des dieux ou QpUerdàmmerung est une traduction selon toute vraisemblance erronée du norrols ragna rôk (littéralement rôk: destinée ultime, fin ; ragna : des dieux), une expressiou qui, daus la mythologie Scandinave, désigne la fin du monde, le grand incendie qui consume l'univers. Or, ou a longtemps vu daqs le second terme de cette expression le motrokkr h ténèbres », et on a considéré la locution « ténèbres des dieux « comme une image graudiose désignant la fin dn monde, la chute des dieux dans les ténèbres du néaut. C'est daus ce sens, aussi, que Wagucr entend le mot Gôtterdàmmerung .

(2; Le philologue von der Hagen, dans une dissertation intitulée DieXibilungen, ihre -Bedeutung far immer, Breslau, 1819, rapproche de la vio de Siegfried la vie du dieu Baldr dont la mort précède Immédiatement, dans lt* s récits Scandinaves, la fin des dieux et du monde. Vou der Haçeu compare de p'ns le crépuscule des dieux daus les poèmes eddiques à la moi t des NilM'Iuugen. — Wagner aurait-il peut-être puisé daus ces rapprochements lidéede faire coïncider la Gôtterdàmmerung avec la mort de Siegfried ?

(3) Le titre général de la tétralogie, Der Ring des Nibolungm. apparaît pour la première fois dans une lettre à Uhlig du 14 oct. 1*52 (p. 236). Dans cette même lettre, le titre primitif du prologue, Der Raub des Hhcingoldes, est déjà changé en Dos Rheingold. Les titres ancieos des deux dernières journées, Derjunge Siegfried et Siegfried* Tod sont encore couservés dans Féditfon de 185$ et ne sont remplacés par les titres actuels, Siegfried et (jôlterdàMmerung, que daua l'édition de 1869.

268 l'anneau du nibelung

récrivait Wagner à son ami Uhlig (1). Il se dégagea donc des promesses qu'il avait faites à Liszt et continua l'édifice formidable de sa tétralogie sans savoir où son œuvre nouvelle affronterait les feux de la rampe, sans soupçonner môme comment il pourrait jamais la soumettre au public d'une manière conforme à ses idées — encouragé seulement par ces belles paroles de Liszt : « A l'ouvrage donc ! travaille hardiment à ton grand œuvre, pouT lequel on ne saurait It tracer d'autre programme qua celui donné par le chapitre de Séville à l'architecte qui construisait la cathédrale : Bàtissez-nous un temple tel que les générations futures disent en le voyant : Le chapitre était fou quand il se lança dans une entreprise aussi extraordinaire. — Et pourtant la cathédrale de Séville dresse aujourd'hui ses tours vers le ciel (2), » La composition du poème marcha relativement vite. Dès le 1er juillet i852 la Walkùre était achevée après un travail soutenu d'un mois. Dans les premiers jours de novembre Wagner terminait l'Or du Rhin. Aussitôt après, il reprenait les deux parties composées avant la conception du plan général de V Anneau, le Jeune Siegfried et la Mort de Siegfried (3) pour les mettre au point et les raccorder au reste du poème. Vers Noël il donnait lecture du grand œuvre à ses intimes et faisait imprimer Y Anneau à 25 ou 3o exemplaires pour l'offrir à quelques amis. Le 1 1 fé-

(i) Lettre du 12 nov. 1851 citée par Santen-Kolff, Bayr. Blàtter 1892, p. 99.

(2) Lettres à Liszt, /, 15 4.

(3) La Mort de Siegfried dut être fortement remaniée. Deux scènes entièrement nouvelles furent ajoutées (scène des Nomes et scèue entre BrûnnliilfJe et Waltraute), d'autres entièrement modifiées, en particulier le dénouement. Sur les 2033 vers de la Gôtterdàtnmerung actuelle, près de la moitié, soit exactement 990, se trouvent déjà dans la Mort de Siegfried de 1848. De plus, beaucoup de vers de la rédaction de 1848 n'ont subi dans le poème de 1853 que des retouches très légères. V. Zenker, Bayr. Btàtler 1896, p. 112. — Entre l'édition de 1853 et la première édition destinée au public et publiée en 1863, il n'y a pas de différences essentielles (Bayr. B latte r 1896, p. 108). — Un certain nombre de variantes intéressantes ont été publiées dans les Bayr. B lutter 1896, p. 205 ss.

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