‹ Richard Wagner, poète et penseurChapitre 80 sur 192 · WOTAN ASPIRE AU BAVOIR ET AU POUVOIR · texte numérisé non relu

WOTAN ASPIRE AU BAVOIR ET AU POUVOIR

an© source dont les flots, en courant, chuchotaient la sagesse : pour boire à cette fontaine de sapience, le dieu mit en gage un de 6es yeux. Puis il se fit, d'un rameau sacré coupé sur le Frêne du Monde, une lance : la pointe de cette arme merveilleuse lui confère le pouvoir ; sur la hampe sont gravées des Runes de Loyauté, garantes des Pactes divins. Par la vertu de cette lance, Wotan règne sur l'univers: il a imposé des lois aux géants, subjugué les Nibelungen, asservi à sa domination toutes les puissances malfaisantes (1). En d'autres termes, et pour parler sans métaphores, Wotan ne se contente plus, comme les autres créatures, de suivre son instinct, d'obéir à la loi d'amour. Il conquiert le Savoir qui devra désormais le guider dans la vie (2). Puis par le Savoir il tend vers le Pouvoir ; il soumet le monde à la Justice et à la Loi. Enfin il prétend se soustraire, lui et son œuvre, à la loi universelle de toute vie, à la loi du changement et de la mort ; il veut l'éternité de son règne et fait édifier par les géants le palais majestueux du Walhall qui domine le monde et doit assurer à tout jamais son omnipotence.

Mais le pouvoir de Wotan reposé sur une base chancelante. Il n'a pas payé le juste prix de sa gloire nouvelle. Quiconque veut la Puissance doit, en effet, renoncer à l'Amour. Ainsi le veut la fatalité des choses. Or Wotan n'a

Mais partout où la Tie circula, on a ri de moi : dans les eaux, dans les aii s, sur terre, tout aspire à l'Amour, tous aspirent à la Femme. » {G es. SçAr..F, 223, Rheingold, se. 2). Nos citations sont empruntées pour la plupart du temps textuellement à l'excellente traduction de M. Brinn Gaubast.

(1) Ges. Schr. VI, 37, 104, 179.

(2) L'œil unique qui reste à Wotan est précisément le Savoir qui lui tie ut lieu de l'instinct; l'instinct serait l'œil que Wotan a mis en gage pour boire à la source de sapience. Quand Wotnn dit à giegfried : «Mit aem Auge dos als and' r es mirfehlU erblickst du selber dos eine, das mir zum Sehen

urblieb » {Ges. Schr. VI, 160), ces paroles quelque peu énfgmatique* gnifient que Siegfried regarde Wotan avec les yeux de l'instinct (donc lec l'œil qui manque au dieu), en d'autres termes avec la clairvoyance pontanée d'une nature libre; voir Ernst. VArtdeR. Wagner, p. 430, note.

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