SCÈNE X
DUJAUDIN, EMILIE.
Emilie, venant de chez elle. Ah! c'est vous, docteur, je ne vous savais pas ici... Je cherche Benoit.
dujardin. Il est allé à la ville, Mademoiselle.
Emilie, jaisanl un mouvement pour se retirer. Alors, je vais...
dujardin. Un mol, de grâce. {Elle s'arrête). J'ai à vous parler... à vous parler de moi... Pardon, une émotion bien naturelle... Il s'agit de mon avenir, de mon bonheur.
Emilie, avec intérêt. A vous, docteur, parlez vite.
dujardin. J'ose à peine vous dire les espérances que Benoît m'a données. lia surpris l'admiration que m'a inspiré votre tendresse filiale, il a deviné que la touchante simplicité de votre abnégation, le charme de votre caractère, vos grâcçsangéliques, ont fait sur mon cœur une impression qui ne s'effacera jamais.
Emilie troublée. Docteur...
dujardin. Oh! ne vous montrez pas offensée de mon audace.
Emilie. Monsieur Dujardin... cet aveu auquel je n'étais pas préparée me louche vivement...
dujardin. Vous m'autorisez donc à parler à Monsieur votre père ?
Emilie, vivement et avec crainte. N'en faites rien, je vous en conjure!... Une raison... puissante, croyez-le, nous sépare à jamais.
dujardin. Je la devine, Mademoiselle. Je n'ai point de position, vous craignez que je me fasse difficilement une clientèle.
émilik, saisissant ce prétexte. Oui... o-ui
peut-être bien... Une femme est souvent une entrave au début d'une carrière.
DUJARDiN, avec amertume. Dites toute votre pensée. Mademoiselle, je mérite cette leçon. Voua êtes riche et je suis pauvre.
émilie , vivement. Oh ! si c'était là le seul obstacle!...
dujardin, avi'c chaleur. Quoi !... ô bonheur!... Emilie, vous, vous m'aimeriez!... (Lenoir vient de paraître à la porte de droite.)
émilie, vivement et troublée. Je n'ai pas dit !.. mais quoi que je pense , ne cherchez pas à le deviner... n'insistez pas , oubliez-moi!
dujardin, avec entraînement. Vous oublier ! maintenant c'est impossible!... (Il saisit la main d'Emilie.)