DUJARDIN, ÉMILIE, LENOIR
• lbnoir, au fond. Allez! allez!... ne vous gênez
pas!
dujardin. Ah! (Il fait un mouvement pour se retirer.
émilie. Mon père!
lenoir, à Dujardin, brusquement. Où allezvous donc? est-ce que je vous fait peur?
dujardin. Monsieur...
lenoir, d'un ton modéré, avec un peu d'ironie. Ah ! vous failos la cour à ma fille, vous?
dujardin. Monsieur., croyez bien...
lenoir, brusquement. Ne niez pas, sacrebleu! J'ai entendu!... (allant à lui (1). Ainsi vous m'abreuviez de juleps, de diacode, de laudanum, vous m'endormiez enfin !... et pendant ce tempslà vous en contiez à ma fille.
dujardin. Je prends le ciel à témoin que jamais...
lenoir. Enfin, vous l'aimez!... et moi, qui ai travaillé comme un nègre pour bien établir celte enfant, je voulais lui faire faire un riche mariage, par bêtise, par gloriole, c'est possible... mais enfin c'était mon idée, et je n'avais pas besoin de vous consulter pour ça!... et vous vous êtes imaginé que c'est pour vos beaux yeux que je me suis donné ce mal-là!
kmii.ie ,'chrrchant à le calmer. Mon père!...
lenoir. Silence , Mademoiselle ! je parlp pour qu'on m'écoule ! Quand on entrave mes projets, qu'un détruit ie rêve de toute ma vie, on nu peut pas exiger que je danse la gavotte, nulle Ion— noms!.. Je n'avais qu'un but, le buulieur du ma lille... il parait que je me ï-uis Iro.npé. — l'renezla , je vous la donne. (Il fait passer Emilie (î).
DiJAHDiN, au comble du bonheur. Qu'ontendsjeî Ah! Monsieur... mademoiselle Emilie I
émilie, bas a Dujardin. Refusez, Muusieur.
m JuiMN, stupéfmt. Quoi!...
lenoir, se retournant, a Dujardin. D'où vient votre étonnemunt?... Vous avez du uiérito, vous
< Dnj, I.i'n Km.
1 linj. Km. Li'ii.
m'avez rendu la santé. (S'animant.) Est-ce parce que je suis plus riche que vous? C'est-à-dire que vous m'avez cru un ingrat, un mauvais cœur!
dujardin. Non , Monsieur, et je ne sais comment vous exprimer ma reconnaissance.
LENOi», à lui-même en descendant vers la droite. Je crois bien ! Pfeu !
Emilie, bas à Dujardin qui fait un mouvement vers elle, en la suppliant. Si vous tenez à mon affection, refusez.
dujardin, à part. 0 ciel !
lenoir, se retournant et voyant la contrainte de Dujardin. Eh bien! voilà tout ce, que vous dites?
dujardin, dans un grand embarras. Monsieur... montrez-vous indulgent... il est des nécessités auxquelles un galant homme... doit obéir... ( En regardant Emilie.) même sans les comprendre... (Avec effort.) Je ne puis avoir l'honneur d'être votre gendre.
lenoir, allant a lui avec animation (\). Qu'estce à dire? lorsque vous cherchiez à vous faire aimer d'Emilie... c'était donc un jeu?
dujardin, vivement. Oh! non, Monsieur!
lenoir. Alors, pourquoi ce refus? quand ma fille vous aime; car j'ai lu dans son regard, elle vous aime!
Emilie. De grâce...
LENOin, virement à Emilie. Ose soutenir que tu ne l'aimes pas?
imilik, vivement et très-troublée. Je n'ai pas dit cela.
dujardin. 0 bonheur!... un si doux aveu!
lenoir, à Dujardin très-surpris. Ah çà, vous l'aimez donc aussi?
dujardin. Plus que ma vie, Monsieur!...
lenoir. Et vous ne voulez pas l'épouser ! ( Emilie placée derrière son père fait signe à Dujardin de dire non. Dujardin fait un geste de résignation.) Mais c'est monstrueux, Monsieur! vous êtes donc un mauvais sujet, un suborneur?.. Ah! vous cherchez à déshonorer ma famille, et vous croyez que cela se passera comme ça!... (Il remonte, Emilie le suit en suppliant.) Benoit! quelqu'un!... un sabre!... des pistolets!...
Emilie. Un duel !.. (Lenoir la repousse et descend à droite.)
dujardin. Monsieur (2)!