SCÈNE PREMIÈRE
EMILIE, en scène; BENOIT, venant du dehors.
(Emilie a une ro')e blanche à petites fleurs. Benoit porte un costume demi-paysan, demi-citadin, grande veste ample, descendant audessous des hanches.)
Emilie, qui travaillait près de la fenêtre. Ah ! (Elle se lève.) Eh bien! Benoit?
benoît. J'en viens.
Emilie. Vous avez payé?
BENOIT. Oui.
Emilie. Mon père n'a plus de dettes?
benoît ; »! lui fait signe de parler plus bas. Elle fait un pas en écoutant vers la porte de Lenoir. Plus! (/( passe (1).
Emilie, revenant. Pendant la cruelle maladie dont ce pauvre père est à peine remis, c'eût été lui donner le coup de la mort, que de lui dire
I Ben. Km.
que les bateaux qu'il avait sur la Loire, chargés de sucre par des négociants de Nantes, ont coulé à fond au pont rie San mur, et que tout est perdu.
benoît. Fondu! (Il remonte la scène et va poser son chapeau sur une chaise qui est entre la porte d'entrée et la cheminée; sur ce chapeau qui est gris, il y a un crêpe.)
émilie. Afin que le bruit de ce sinistre n'arrivât pas jusqu'à lui, nous avons conduit mon père ici, à la campagne, à cinq minutes rie la ville... Ah! je redoute le moment où il apprendra... car nous ne pourrons toujours le lui cacher.
benoît, qui est revenu. Non.
Emilie. Qu'il l'apprenne le plus tard possible.
benoît. Aujourd'hui.
Emilie. Qui donc osera se charger rie cette cruelle nouvelle?