SCÈNE III
BENOIT, puis CHALUMEAU.
benoît, d'abord seul. Bonne fille ! (Il tire sa tabatière et y puise une prise.) Mais plus de dot ! (Il se promène de long en large et aspire sa prise enplusieurs fois. Puis il dit avec humeur) : Sotte habitude!... C'est la seconde prise d'aujourd'hui et il n"estquedix heures!... Ruineux!... Quand on se croit à son aise, on est bête... on ne regarde à rien. (Pendant la première partie de la pièce, Benoit tire plusieurs fois sa tabatière , l'ouvre, puis la referme avec humeur sans prendre de tabac.)
chalumeau, entrant parle fond à gauche, en mordant dans un gros morceau de pain (1). Chalumeau a un costume de paysan, petite veste à basques. Mon parrain, qu'est-ce que nous aurons pour déjeuner aujourd'hui?
benoît. Il mange! Dieu me pardonne, il mange!!
chalumeau. Une petite croûte...
benoît. Mais tu as déjeuné, toi!
chalumeau. C'était en me levant, un chiffon de pain dans du lait; un faux déjeuner, parrain, et je grignotte un peu pour me mettre en appétit.
benoît, scandalisé. En appétit !
chalumeau. En attendant le vrai déjeûner.
benoît. Galfâtre ! (ll'lui enlève le morceau de pain qu'il met dans le buffet. (2)
chalumeau. Ah seigneur ! on m'arrache ma subsistance !... Quand vous m'avez fait entrer chez M. Lenoir, qui est un des forls entrepreneurs de la Loire, je me disais : La maison est bonne, je vais me goberger.
benoît. Je ne veux pas que tu te goberges!
chalumeau. Il y paraît. Voilà un mois que vous me mettez à la diète ; je danse dans mon gilet.
benoît, redescendant. Serre la boucle !
chalumeau. Ça ne garnit pas l'estomac.
benoît. Ça soutient.
chalumeau. Ce régime !
benoît. Je vas mettre ordre à tes débordemen ts Je te surveille !
Air : De sommeiller encore, ma chère.
J'ai l'œil sur toi!
chalumeau, à part.
Mon parrain est superbe!
Mais do votre œil je n'ai null'ment besoin.