‹ Riche ou pauvre, exposition succincte des causes et des effetsde la distribution actuelle des richesses socialesChapitre 24 sur 86 · LE PRIX DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

LE PRIX DU TRAVAIL

L'approvisionnement, qui formait la moitié du capital employé , n'en formera plus que le tiers.

L'emploi des moteurs naturels produit un effet tout semblable sur une plus grande échelle; car, d'un côté, il exige un appareil considérable d'instruments ou de machines; de l'autre, il multiplie la production, et par conséquent la quantité des matières premières et des matières instrumentales mises en œuvre ou consommées , dans une proportion infiniment plus forte.

Les dix ouvriers, répartis deux à deux sur cinq machines, fourniront peut-être une quantité de produits centuple de celle qu'ils fournissaient auparavant, ce qui exigera une quantité de matières premières et d'instrument centuple aussi. Le capital nécessaire sera de 303,000, dont l'approvisionnement ne formera plus que la lOl*"^ partie.

Dans cet état de choses, un accroissement du capital productif n'entraînera point nécessairement un accroissement de l'approvisionnement destiné à former le prix du travail ; il pourra même, au moins temporairement, être accompagné d'une diminution absolue

i04 DES CIRCONSTANCES QUI DÉTERMINENT

de cet élément du capital , et par conséquent d'une baisse dans le prix du travail.

En effet, le producteur qui veut introduire dans son industrie une nouvelle division des travaux , ou mettre à profit un moteur naturel, n'attendra pas qu'il ait accumulé assez de capital pour employer de cette manière tous les travailleurs dont il avait besoin auparavant. Dans le cas de la division du travail, il se contentera peut-être de produire avec cinq ouvriers ce qu'il produisait auparavant avec dix; dans le cas de l'emploi d'un moteur naturel , il n'occupera qu'une seule machine et deux ouvriers. L'approvisionnement sera par conséquent réduit, dans le premier cas, à 1,500; dans le second^ à 600. Mais, comme le nombre des travailleurs reste le même , leur concurrence fera baisser le prix du travail bien au-dessous de son taux primitif.

Tel est un des résultats les plus frappants de la loi d'appropriation. L'augmentation absolue des richesses, c'est-à-dire des produits du travail, n'amène point une augmentation proportionnelle, et peut amener une diminution dans l'approvisionnement des travailleurs, dans la part qui leur revient de toutes les espèces de produits.

LE PRIX DD TRAVAIL. i05

Entièrement exclus de tout droit sur le capital productif, le travailleur est forcé, pour vivre, de vendre son travail ; par cette vente, il renonce lui-même à tout droit sur les produits de ce travail; dès lors, sa condition n'est plus dépendante que du prix du travail. Mais les causes qui déterminent le prix du travail sont la quantité absolue du capital productif et le rapport qui s'établit entre les divers éléments du capital, deux faits sociaux sur lesquels la volonté du travailleur ne saurait exercer aucune influence.

Et notez bien que toutes les chances à-peuprès sont contre le travailleur: Que les capitaux se perdent et diminuent, le voilà menacé d'une diminution dans le prix du travail. Que les capitaux prospèrent et augmentent ;, le voilà encore menacé du même malheur. Etrange résultat de l'application d'un principe dont la tendance primitive était d'attribuer exclusivement les produits du travail à celui qui les avait créés^ d'attribuer la valeur résultant du travail à l'auteur de ce travail !

CHAJPITRi: III.

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