‹ Riche ou pauvre, exposition succincte des causes et des effetsde la distribution actuelle des richesses socialesChapitre 25 sur 86 · AVANTAGES DU PHOGRÈS POUR LES SALARIÉS · texte numérisé non relu

AVANTAGES DU PHOGRÈS POUR LES SALARIÉS

Le progrès économique des sociétés, en tant qu'il est caractérisé par l'accroissement absolu du capital productif et par un changement de proportion entre les divers éléments de ce capital, offre bien aux travailleurs quelques avantages en compensation de l'insécurité qui en devient pour eux l'inévitable conséquence.

D'abord, l'efficacité du travail, indéfiniment augmentée par la division qui s'y opère, et surtout par l'emploi des machines, amène un accroissement si rapide du capital productif, que malgré l'altération survenue dans le rapport de l'approvisionnement aux autres éléments du capital, cet élément lui-même ne

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tarde guère à recevoir un accroissement absolu, qui permet, non-seulement d'employer le même nombre de travailleurs qu'auparavant, mais d'en occuper un nombre additionnel ,* en sorte que^ à tout prendre, et sauf quelques interruptions momentanées, le résultat du progrès se résume, pour les travailleurs, en une augmentation du capital productif et de la demande de travail.

Ensuite, la plus grande productivité du capital tend à diminuer considérablement la valeur d'une foule de produits^ à les mettre par conséquent à la portée du travailleur, dont les juissances par là se trouvent augmentées.

Ces avantages sont réels, sans doute, et l'on ne doit point en faire abstraction lorsqu'il s'agit d'apprécier la condition économique des prolétaires sous le régime de la loi d'appropiation. Cependant l'importance de ces avantages est singulièrement atténuée par les considérations suivantes :

En premier lieu, quelque peu durable, quelque partielle que puisse être la diminution temporaire de l'approvisionnement qui formait le prix d'une espèce de travail, elle

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n'en produit pas moins des effets désastreux. Ce sont des familles entières privées du salaire qui les faisait vivre, et réduites à se passer du nécessaire, ou à l'obtenir par la mendicité ou par le crime. Puis, à cet effet immédiat, il faut ajouter l'influence qu'exerce, sur toute la classe des prolétaires, le sentiment d'insécurité que de tels accidents leur inspirent, à eux qui sont journellement menacés d'un sort semblable! Un tel sentiment est fait pour empoisonner toutes les joies de la vie, pour énerver les caractères les plus fermes, pour paralyser le développement moral chez les êtres le mieux doués de la nature.

En second lieu, les circonstances qui favorisent le progrès économique d'une société sont en grande partie accidentelles, indépendantes du vouloir des producteurs capitalistes. L'action de ces causes ne saurait donc être constante, et l'expérience a prouvé que les sociétés les mieux organisées industriellement sont sujettes à des crises temporaires qu'aucune mesure de prévoyance, de la part de ceux qu'elles intéressent, ne pourrait détourner. Alors, les industries sont tout à coup frappées de stérilité: les productions qui avaient fait

la fortune des capitalistes cessent d'être avantageuses, et les capitaux qui s'y trouvent engagés en sont retirés pour être envoyés hors du pays, ou pour rester oisifs jusqu'à nouvel ordre. Alors, par conséquent, une foule de travailleurs se voient privés de l'approvisionnement qui les avait fait vivre ; leur travail n'est plus demandé, n'est plus acheté, n'est plus payé.

En troisième lieu, c'est moins la consommation absolue du travailleur que la consommation relative qui rend sa condition heureuse ou malheureuse. Qu'importe à l'ouvrier de pouvoir se procurer quelques produits auparavant inaccessibles à ses pareils, si le nombre des produits auxquels il ne peut atteindre s'est accru dans une proportion encore plus forte, si la distance qui le sépare des capitalistes n'a fait qu'augmenter, si sa position sociale est devenue plus humble et plus désavantageuse? A part les consommations strictement nécessaires au maintien des forces et de la santé physiques^ la valeur de nos jouissances est essentiellement relative.

On oublie trop souvent, dans l'examen de ces questions, que le travailleur salarié est un

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homme pensant, doué des mêmes facultés, mu par les mêmes mobiles, capable des mêmes sentiments que le travailleur capitaliste. On en fait une classe à part, sur laquelle on raisonne à peu près comme s'il s'agissait de bêtes de somme.

Pourvu que le cheval ait une ration suffisante de foin et d'avoine, que sa litière soit fraîche, et qu'il ne soit ni exposé à trop de fatigues, ni mené trop rudement, voilà un animal heureux ; son maître peut compter sur l'approbation et la reconnaissance des amis les plus ardents et les plus exagérés de l'espèce animale.

Le prolétaire a quelques besoins de plus^ auxquels certains philanthropes ne paraissent guères songer. Le prolétaire a une âme qui se nourrit de sentiments et non de pain, qui cherche le repos et la paix, non dans les jouissances du présent, mais dans la sécurité sur l'avenir, et qui redoute plus la dépendance et l'humiliation que la fatigue et la douleur.

Ou bien, n'aurait-il plus cette âme immortelle? Sa position précaire et le manque d'éducation l'auraient-ils abruti au point de ne lui laisser que la nature animale du cheval? Oh !

POVR LES SALARIÉS. Hi

alors, que n'en faites-vous un esclave? H achètera volontiers, au prix de sa liberté, la litière et le foin pour le reste de ses jours.

En définitive, quelques avantages que puisse procurer aux travailleurs salariés un rapide accroissement de la richesse sociale, il ne remédie point à la cause de leur misère. Leur position économique reçoit sans doute quelques adoucissements pendant les périodes où un tel accroissement s'opère; mais elle n'en est point réellement changée ; leur exhérédation subsiste; ils demeurent privés de tout droit sur le capital, obligés par conséquent de vendre leur travail et de renoncer à toute prétention sur les produits de ce travail , sur la valeur qu'ils ajoutent à ces produits.

C'est là qu'est le vice principal de la loi d'appropriation, ou tout au moins de l'application qui s'en fait de nos jours. Le mal gît dans ce défaut absolu de lien entre le travailleur salarié et le capital que son industrie met en œuvre. Tant qu'on ne rétablira pas ce lien, il n'y aura aucun changement essentiel dans la position économique de cette classe de travailleurs. Les avantages résultant du progrès rapide ne seront jamais pour elle que des pal-

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