‹ Riche ou pauvre, exposition succincte des causes et des effetsde la distribution actuelle des richesses socialesChapitre 3 sur 86 · DES FONDS PRODUCTIFS · texte numérisé non relu

DES FONDS PRODUCTIFS

Cependant, si la force productive de ces fonds est illimitée, leur production, pour un temps donné et dans un espace déterminé, est souvent lirnitée, selon certaines lois qu'il n'est pas impossible de découvrir el de constater. Cette circonstance est surtout importante à l'égard des fonds de terre, qui seuls peuvent être exactement circonscrits, et, par cette raison , peuvent seuls être soumis à la loi d'appropriation aussi strictement que les produits eux-mêmes. Grâce à l'application qui leur en est faite, un individu, un membre quelconque de la société, commande en maître à cette puissance créatrice indéfinie; il dispose à son gré de tous les produits naturels qui en résultent et que l'espèce humaine semblait avoir reçus immédiatement de la Providence, pour en jouir en commun.

De nombreux essais ont été faits pour étendre la loi d'appropriation aux masses d'eau et même à celles d'air; on a établi en principe que la propriété d'un fonds de terre emporte celle de l'espace qui est au-dessus; des rivières entières ont été appropriées ; on a même été jusqu'à vouloir appliquer à des portions de la mer le droit de souveraineté, ou de do-

maine éminent, qui comprend celui de propriété. Mais la difficulté, quelquefois l'impossibilité absolue où se trouve l'Etat de garantir de tels droits, les rend toujours fort imparfaits. La propriété du sol est, au contraire, facile à protéger, et nous la trouvons établie chez toutes les sociétés régulières, avec des modifications plus ou moins importantes.

Du Vravail productif*

L'homme imite, par Texercice de ses facultés physiques et intellectuelles, les opérations productives de la nature. Tantôt il sollicite artificiellement ces opérations, en combinant de diverses manières les éléments dont l'action réciproque lui est connue ; il met la nature en œuvre. Tantôt il emploie ses propres forces pour faire subir aux produits naturels

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de nouvelles modifications, le tout en vue de donner à ces produits une utilité qu'ils n'avaient pas à leur première création. Cet exercice des facultés humaines s'appelle travail. Le travail est productif comme les forces créatrices de la nature; comme elles^ il modifie des substances, des corps matériels, pour les amener à une certaine forme, à un certain état. Mais le travail productif s'exécute dans un but spécial, celui de créer des produits utiles, des richesses ; et ce but n'est atteint que lorsque les produits sont devenus réellement et immédiatement utiles, c'est-à-dire, lorsqu'ils sont dans un tel état qu'ils peuvent être appliqués directement ou indirectement à la satisfaction de nos besoins, et devenir pour nous des moyens de jouissance ou de production, sans avoir à subir aucune nouvelle modification dans leur forme ou dans leur substance.

On appelle industrie productive la série des travaux nécessaires pour amener un certain produit à cet état de perfection ou à tout autre état intermédiaire.

Il y a deux grandes classes d'industries productives, qu'il importe de distinguer avec soin,

autant du moins que cette distinction est possible. En effet, il faut un premier travail pour extraire des fonds productifs les produits naturels ; il en faut le plus souvent un second pour les rendre immédiatement utiles. Les travaux de la première espèce forment les industries extrac liues , improprement nommées agricoles; ceux de la seconde forment les industries/abricatiçes, improprement nommées manufacturières .

Cette distinction n'est pas toujours matériellement applicable, car il y a des industries qui se composent à la fois de travaux extractîfs et de travaux fabricalifs ; telle est celle du mineur. Il y a même des travaux dans lesquels l'extraction se trouve nécessairement accompagnée d'une première modification d'état dans le produit, c'est-à-dire, dans lesquels la fabrication se confond avec l'extraction. Le chasseur au fusil ne s'empare du gibier qu'en le tuant; il ne peut l'extraire du fonds productif auquel appartient ce genre de produits, qu'en lui faisant subir un premier changement qui le rapproche d'un degré vers l'état d'utilité immédiate. La distinction dont il s'agit n'en est pas moins vraie,

car il est toujours facile de séparer par la pensée les deux opérations qui paraissent n'en faire qu'une dans la réalité. Or, cette distinction théorétique nous conduit à en reconnaître une autre qui sera féconde en conséquences : les industries extractives ne peuvent s'exercer qu'à l'aide d'un fonds productif; les industries fabricatives n'en ont pas besoin. ^

Si le fonds productif où l'extraction doit se faire est de ceux qui ne sont point appropriés, ou qui ne le sont que très-imparfaitement, la nécessité où se trouve le travailleur de s'en servir n'est pas une circonstance bien importante pour lui, ni pour la société dont il fait partie ; mais il en est autrement si le fonds productif a été approprié plus ou moins strictement, sij en particulier, il s'agit d'un fonds de terre à mettre en rapport par l'industrie agricole. La disposition et l'usage en étant exclusivement attribués à une personne ou à l'Etat, et cette attribution étant garantie par les forces collectives de la société, nul ne

• Je fais abstraction de l'étendue superficielle que requiert, sans exception, l'exercice de toute industrie, et qui n'est pas employée comme fonds productif.

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