‹ Riche ou pauvre, exposition succincte des causes et des effetsde la distribution actuelle des richesses socialesChapitre 31 sur 86 · chapitre · texte numérisé non relu

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DE tA RENTE DES CAPITAUX ET DE LA CONDITION ECONOMIQUE DES RENTIERS.

Parmi les propriétaires et les capitalistes , voués à l'agriculture ou à la vie pastorale dans le premier âge des sociétés humaines, il a dû s'en trouver de très-bonne heure quelques-uns qui avaient accumulé plus de capital qu'ils ne pouvaient ou ne voulaient en employer, tandis que d'autres se trouvaient n'en pas avoir assez. Pour que les premiers consentissent à permettre l'usage de leur superflu aux derniers, plutôt que de le consommer eux-mêmes improductivement , comme ils auraient pu le faire^ il fallait que ceux-ci s'engageassent à leur restituer une fois un capital de même nature et de même valeur, et leur offrissent en outre un avantage quelconque en échange d' une telle concession; or^, l'espèce d'avantage qui dut se

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présenter le plus naturellement à l'esprit des uns et des autres^ c'était une part du produit annuel obtenu par l'emploi du capital cédé. Le prêt à intérêt fut donc une des premières conventions que les lois consacrèrent et régularisèrent après l'échange et la vente, c'est-àdire après les transmissions commutatives de la propriété. Le mancipium et le nexus furent les deu\ contrats primitifs des Romains.

De là on vit naître une nouvelle catégorie des droits, les droits personnels ou les créances , obligaliones des Romains , dont l'effet le plus général , pour celui qui en était revêtu , consistait à pouvoir exiger, 1° la prestation^ à une époque déterminée, d'un capital pareil en tout au capital primitivement cédé, 2" la prestation annuelle d'une certaine quantité de produits, ou d'une portion plus ou moins considérable du produit total obtenu par l'emploi de ce capital cédé.

Les modes de transmission et de dévolution, établis par la loi pour les droits réels ^ ne tardèrent pas à être appliqués aux droits personnels, et quand l'usage du numéraire, c'està-dire d'une mesure commune des valeurs, eut été introduit et perfectionné, les proprié-

tés et les créances , en d'autres termes les valeurs appropriées et les valeurs exigibles^ furent tellement assimilées les unes aux autres et confondues, que les dénominations de capitalj revenu, loyer, biens, fruits, richesses, etc., leur devinrent communes. Dès lors il n'y eut guère de fortune un peu considérable qui ne se composât de ces deux espèces de droits , ni de capital qui ne fût en majeure partie , pour le producteur qui l'employait, sous la forme de valeurs exigibles.

Cependant il importe, sous le point de vue économique, de distinguer soigneusement le prêteur de l'emprunteur, car leur position, relativement à l'attribution définitive des produits dont se compose la richesse, n'est point la même. Il est fort indifférent, sans doute, pour le producteur, d'avoir son capital sous forme de valeurs appropriées ou de valeurs exigibles; il lui convient même le plus souvent de l'avoir sous cette dernière forme. Mais ce qui ne lui est pas indifférent, c'est d'en disposer absolument ou sous des conditions plus ou moins onéreuses.

Or, le producteur ne dispose de son capital absolument et sans conditions que s'il est lui-

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même prêteur, ou s'il a obtenu les droits de prêteur par son industrie ou par dévolution; autrement, il sera obligé de se faire transmettre de tels droits par une autre personne, et cette transmission s'opérera sous les mêmes conditions que la transmission primitive des valeurs appropriées, c'est-à-dire sous les conditions du remboursement et d'une prestation annuelle. Le producteur prendra l'engagement de restituer les valeurs exigibles à une époque déterminée, et de payer jusque-là, sous le nom d'intérêts, une quotité fixe de produits en nature, ou de valeurs exigibles, au prêteur qui lui aura transmis temporairement ses droits.

Quoique le producteur, dans ce cas , fasse valoir un capital qu'il a obtenu par le moyen d'un emprunt, il n'en est pas moins propriétaire de ce capital lui-même , c'est-à-dire des choses qui, en définitive, sont employées par lui comme éléments de production, et qui sont entre ses mains des valeurs appropriées ; en conséquence, il n'en devient pas moins propriétaire exclusif des produits qu'il obtient par l'emploi de ce capital . Seulement, l'excédant de valeur de ces produits sur le capital

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consommé, en d'autres termes, le profit annuel, est diminué pour lui de l'intérêt qu'il doit payer à son prêteur, et lorsque celui-ci exigera le remboursement de la somme prêtée, l'emprunteur devra la distraire de la masse des valeurs exigibles qu'il possédera^ ou l'emprunter à d'autres pour s'acquitter. Il ne pourrait la consommer improductivement ou la perdre sans s'exposer à perdre son crédit, et avec son crédit la possibilité d'obtenir de nouveau la disposition d'un capital productif. Au lieu de continuer à travailler comme capitaliste, il se verrait dans la dure nécessité peut-être de chercher un salaire, de vendre son travail. Le capitaliste emprunteur est donc placé dans une position inférieure à celle que j'ai décrite précédemment, car il ne garde pas la totalité de son profit , et il est tenu de rembourser la valeur de son capital à une époque déterminée. Cette dernière circonstance rend son indépendance moins complète, tandis que, grâce à la première , l'accumulation de la richesse entre ses mains sera plus lente; il travaillera autant pour obtenir un profit moindre; il aura moins de jouissances dans le présent, et moins de chances d'améliorer son avenir.

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