DES CAPITAUX
Une autre cause contribue à produire ce résultat. J'ai montré, dans l'introduction, comment les deux moyens par lesquels on augmente la productivité du travail exigent, dans leur progrès, des capitaux de plus en plus considérables. Pour introduire dans une industrie quelconque la division du travail ou l'emploi de moteurs naturels, il faut des avances dont la quotité a une limite en moins déterminée par la quantité de capital non consommable que nécessite le nouveau moyen de production. Ainsi, chaque industrie, arrivée à une certain degré de perfectionnement, exige un certain minimum de capital productif, auquel correspond un maximum du prix de ses produits. Le producteur qui ne dispose point de ce minimum emploie moins productivement son capital; il ne peut dès lors soutenir la concurrence des autres producteurs, et se voit forcément exclu de l'industrie dont il s'agit.
A mesure donc que le progrès s'étendra aux diverses branches de l'industrie, les petits capitalistes en seront écartés peu à peu, et les capitaux productifs tendront à se concentrer entre les mains de quelques produc-
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leurs déjà pourvus de capitaux acquis par dévolution. L'argent attire l'argent, dit la sagesse populaire, et rien n'est plus vrai : la concentration des capitaux est un phénomène qui accompagne constamment les progrès de l'industrie et l'accumulation absolue de la richesse sociale; c'est un nouveau résultat de la loi d'appropriation, un résultat qui rend de plus en plus difficile, pour le pauvre^ l'acquisition de capitaux productifs, le passage si désiré de la condition de travailleur salarié à celle de capitaliste.
La concentration des capitaux n'empêche pas sans doute absolument les petits capitalistes de tirer quelque parti de leurs fonds ; au moyen des entreprises par actions ils peuvent les rendre productifs, les placer tout au moins à intérêt. Il s'en faut bien, cependant, que cette ressource neutralise le résultat que je viens de signaler.
En premier lieu, elle n'est accessible qu'à ceux qui ont un capital quelconque, c'est-àdire à une aliquote imperceptible du nombre total des salariés. Le même progrès qui amène la concentration des capitaux, amène aussi, comme on l'a vu, la diminution, temporaire