‹ Riche ou pauvre, exposition succincte des causes et des effetsde la distribution actuelle des richesses socialesChapitre 42 sur 86 · DE LA RICHESSE SOCIALE · texte numérisé non relu

DE LA RICHESSE SOCIALE

dernier système différeraient de ceux du premier.

1° Le profit réel ne se trouvant pas concentré dans les mains des capitalistes , mais réparti entre celles d'une foule de travailleurs, l'introduction de la division du travail et de l'emploi des moteurs naturels suivrait peutêtre une marche plus lente; la productivité du travail s'accroîtrait moins rapidement.

Le grand stimulant du progrès industriel , c'est l'intérêt des capitalistes qui , profitant seuls de l'accroissement de productivité d'un travail qu'ils achètent et dont les produits leur appartiennent .sans partage , trouvent dans cet accroissement un puissant moyen d'améliorer leur position. Ce stimulant opérerait sans doute sur la masse des travailleurs, si elle devait profiter du progrès; mais il agirait à un degré moindre sur chaque individu ; d'ailleurs il ne produirait son effet que par le moyen de l'association , avec les lenteurs et les pertes qui en sont inséparables.

2*^ Il s'opérerait un changement dans la nature des consommations, par conséquent aussi des productions. Les capitaux se retireraient en partie de quelques industries improfita-

144 INFLUENCE DE l'aPPROPRIATION , ETC.

bles , auparavant destinées à satisfaire les besoins de luxe des capitalistes ; tandis que certaines industries , jusqu'alors improfitables, deviendraient profitables , parce que leurs produits entreraient dans la consommation habituelle des travailleurs.

3° Enfin , et surtout ;, on éviterait la concentration des capitaux , l'extrême inégalité des fortunes, et la plupart des maux résultants d'une distribution vicieuse des richesses sociales.

Mais de tels résultats ne seraient obtenus qu'à une condition , savoir : que l'épargne dont il s'agit aurait effectivement lieu de la part des travailleurs salariés^ et que la part qu'ils recevraient des produits de leur travail ne les aveuglerait pas sur leur avenir et n'amènerait point un accroissement démesuré de population. C'est là , il faut le dire d'entrée , la condition première de toute amélioration durable dans le système des lois distributives. C'est à ce prix, et dans cette hypothèse seulement , qu'une réforme peut devenir réalisable eî sortir de la classe des vaines utopies.

SECTION II

hÉSULTATS PARTICULIERS DE l' APPROPRIATION DES FONDS PRODUCTIFS.

CHAPIXRC: PRKHIER.

VUE GÉNÉRALE DU StTJET.

Parmi les fonds productifs , il n'y a de complètement susceptibles d'appropriation que ceux dont l'étendue est limitée, ceux qui, dans chaque société , forment l'étendue superficielle du territoire.

Le droit commun des nations de l'Occident consacre , il est vrai , le principe que la pro-

priété du sol emporte celle du dessus et du dessous; mais il ne l'applique rigoureusement qu'aux rapports réciproques des propriétaires entre eux, et il y admet de notables exceptions à l'égard soit du public , soit des individus considérés abstraitement de la propriété. La faculté^de chasser sur le terrain d'autrui^ le droit que s'arroge l'Etat, en plusieurs lieux, à l'égard des mines , sont des exceptions de ce genre, qui prouvent tout au moins que l'appropriation des fonds productifs n'est point d'une nécessité absolue pour régler l'usage qu'il sera permis d'en faire , ou pour obtenir les divers produits qu'ils renferment.

Le sol , voilà donc le principal fonds productif approprié , celui aussi dont l'appropriation devait avoir les plus graves conséquences. Prenant dorénavant cette partie pour le tout, je ne m'occuperai , dans la présente Section, que de l'appropriation du sol et de la condition économique des propriétaires fonciers.

L'existence de la rente , comme revenu ordinaire d'une classe plus ou moins nombreuse d'individus, suppose deux faits distincts, savoir : la naissance même d'une rente prélevée

VUE GÉNÉRALE DU SUJET. l47

sur les produits agricoles, et l'attribution de cette rente. Le dernier fait peut seul être envisagé comme un résultat de l'appropriation privée du sol.

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