‹ Riche ou pauvre, exposition succincte des causes et des effetsde la distribution actuelle des richesses socialesChapitre 5 sur 86 · DU CAPITAL · texte numérisé non relu

DU CAPITAL

live, comme le blé au meunier, le bois au scieur de planches , le fer au forgeron; quelquefois elle lui arrive après avoir subi déjà une ou plusieurs modifications de la part d'autres industries fabricatives, comme la farine au boulanger, les planches au menuisier, le drap au tailleur d'habits. Dans tous les cas, le producteur fabricant ne peut exercer son industrie que sur des produits antérieurement extraits de quelque fonds productif. Il lui serait tout aussi impossible de travailler sans matière première, qu'au producteur extrayant de travailler sans fonds productif.

Il y a aussi une industrie extractive qui est soumise à la même nécessité : c'est l'industrie agricole. L'homme social a, si j'ose m'exprimer ainsi, perfectionné la nature. Il a découvert en elle des mystères de puissance qu'elle semblait ignorer. Il s'est tellement rendu maître de l'action productive du sol, qu'il la dirige et l'applique à son gré;, lui confiant des germes pour qu'elle les élabore et qu'elle lui fournisse la récolte dont il a besoin. C'est grâce à ce développement artificiel de sa productivité que la terre est devenue presque partout capable de fournir à des sociétés po-

puleuses une subsistance assurée, et qu'on la voit, sous les climats les plus septentrionaux où la civilisation ait pénétré, se couvrir de produits que l'habitant des tropiques obtient à peine sans culture.

L'agriculteur sème donc pour récolter. La semence est pour lui une matière première indispensable, qu'il ne transforme point luimême en produits utiles, mais que la terre, convenablement préparée, multipliera dans une certaine proportion , faisant ainsi fonction de producteur fabricant.

Cependant le travailleur, muni d'un fonds productif, ou d'une matière première, ou de l'un et de l'autre, serait le plus souvent incapable d'en tirer aucun parti s'il était réduit à ses propres forces physiques, à l'usage des seuls organes que la Providence lui ait départis. Tantôt il serait arrêté par la nature de certains milieux dans lesquels son organisation l'empêche de vivre ou de se transporter de place en place , tantôt la dureté et les autres propriétés de certains corps opposeraient à son action sur eux d'insurmontables obstacles. Il ne peut vaincre de telles difficultés (|u'à l'aide d'autres corps solides, liquides, ou

Page 1