‹ Riche ou pauvre, exposition succincte des causes et des effetsde la distribution actuelle des richesses socialesChapitre 6 sur 86 · DU CAPITAL · texte numérisé non relu

DU CAPITAL

fluides, revêtus de diverses formes et doués de diverses propriétés, produits eux-mêmes d'une ou de plusieurs industries , et que l'on désigne sous le nom générique d^ instruments de la production. En fait, dans nos sociétés civilisées, il est impossible de trouver une seule industrie, quelque cliétive qu'elle soit, qui ne fasse usage de quelque instrument. Presque toutes, elles en emploient de deux sortes, qu'il importe de distinguer, parce que leurs rôles dans la production ne sont pas absolument semblables.

Les instruments proprement dits sont les outils et les machines , corps solides auxquels l'industrie humaine a donné une forme particulière pour les rendre propres à imprimer aux forces de la nature une certaine direction. Il y a, entre un outil et une machine, cette différence essentielle, que le mouvement est imprimé à l'outil par la force humaine tandis qu'il est imprimé à la machine par quelque autre moteur. L'un et l'autre ont pour effet de mettre à la disposition du travailleur des agents mécaniques naturels, tels que les courants d'eau, les fluides élastiques, la gravitation des corps pesants; ou bien de lui faciliter l'usage de cer-

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taines propriétés physiques des corps ^ en particulier de leur dureté, de leur ductilité , de leur imperméabilité. C'est par leur forme que les instruments rendent ces divers services ; c'est à leur forme qu'est attachée leur utilité. Tout ce qui altère cette forme altère en même temps l'utilité de l'instrument.

J'appelle matière instrumentale les corps d'une nature quelconque dont le travailleur emploie les propriétés physiques ou chimiques, sans que leur forme entre pour rien dans l'usage qu'il en fait. De ce nombre sont les matières combustibles employées pour développer de la chaleur, les diverses espèces de teintures, les liquides dont on se sert pour délayer d'autres corps ou pour les dissoudre. C'est par leur substance que les matières instrumentales sont utiles. Tout ce qui altère leur substance altère aussi en général leur utilité.

On pourrait désigner la matière instrumentale sous le nom à^ instrument substantiel , et appeler instrument formel les outils, les machines , et tout ce qui joue le même rôle dans la production, en particulier les animaux en vie qu'on emploie comme moteurs intelligents, y compris l'homme lui-même, lors-

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qu'il est réduit, par l'esclavage ;, à l'état de chose.

Enfin, l'homme qui se livre à un travail quelconque doit vivre pendant que ses facultés sont ainsi exercées. Le sauvage ne travaille que pour extraire, des fonds productifs qui sont à sa portée, les produits capables de satisfaire immédiatement ses besoins. L'homme social travaille pour créer des produits incapables de satisfaire ses appétits les plus pressants , ou quelquefois de contribuer en rien au soutien de son existence. Cette spécialité du travail individuel est un des caractères essentiels et distinctifs de l'état de société ; l'agriculteur même, qui tire du sol les choses les plus nécessaires à la vie, n'en obtient la part dont il a besoin que longtemps après l'achèvement de ses opérations de culture. Le sauvage n'a donc pas besoin de s'approvisionner avant d'entreprendre son travail. L'homme social , au contraire , doit être pourvu de tout ce qui lui est nécessaire pour vivre pendant la production à laquelle il consacre son activité.

L approvisionnement des travailleurs forme ainsi une troisième et dernière condition de tout travail productif, une troisième espèce

de choses dont le producteur doit avoir la disposition :

Les matières premières , L'instrument , L'approvisionnement.

Ces trois éléments constituent le capital.

Récapitulant ce qui vient d'être dit, je conclus qu'il faut pour exercer une industrie :

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